Guerre selon le Panthéon Germano-Nordique

Comme dans toutes les traditions païennes d’origine indo-européenne, la guerre joue un rôle important dans le panthéon germano-nordique. Contrairement aux monothéismes hypocrites qui parlent d’amour mais ont mené les pires guerres, les traditions païennes ont toujours eu une attitude franche et sincère vis-à-vis de la guerre. Dit en passant, il faut rappeler que les sociétés païennes ont également mené de terribles guerres, mais jamais de guerre de religion. C’est une caractéristique de la tolérance religieuse inhérente au polythéisme, jamais on a cherché à convertir qui que ce soit à ses Dieux. Au contraire, après une victoire, il était souvent coutume d’adopter une ou autre Divinité du vaincu. On ne peut pas en dire autant des monothéismes dont l’œuvre entière avec comme but de convertir et d’imposer leur dieu unique aux peuples vaincus. Chez les païens, qui étaient de farouches guerriers, le motif de la guerre était la plupart du temps d’ordre territorial que ce soit en attaque ou en défense. Les sociétés d’origine indo-européenne ont conservé dans leurs panthéons respectifs une place importante à la guerre. 

 

Les Indo-Européens se sont dès le début distingués par l’importance qu’ils donnent aux valeurs guerrières, car ils ont toujours été des guerriers implacables. Nous savons que dans la structure trifonctionnelle divine et humaine des Indo-Européens, la guerre relève de la 2è fonction, celle de la noblesse guerrière. C’est ainsi que l’on retrouve un Dieu tutélaire de cette fonction dans les différents panthéons indo-européens : Taranis chez les Celtes, Indra chez les Indo-Aryens, Arès chez les Grecs, Mars chez les Romains, Perun chez les Slaves, Perkunas, chez les Baltes, Tarhun chez les Hittites de la première période, Khshathra chez les Irano-Aryens. Mais la guerre et ses valeurs ayant eu une grande importance pour les peuples indo-européens, les spécialistes ont pu rapidement constaté que les valeurs guerrières ont largement débordé le cadre de la 2è fonction. C’est ainsi que l’on retrouve la guerre également représentée dans la 1è fonction indo-européenne : la fonction souveraine, celle qui dans la tradition indo-aryenne est représentée par les Dieux Mitra et Varuna. 

 

Cette première fonction se subdivise en deux sous-ensembles : l’aspect souverain régi par le droit, les contrats sacrés ; et l’aspect magico-religieux de la fonction souveraine. L’aspect juridico-sacré était sous la tutelle d’un Dieu solaire, céleste, dont la droiture était une des caractéristiques principales. L’aspect magico-religieux était quant-à lui sous la tutelle d’un autre Dieu céleste mais avec des caractéristiques plus lunaires, voire même lunatiques, un certain voile d’occultisme magique distingue ce dernier aspect de la fonction souveraine. Dans le panthéon germanique ce sont les Dieux Tiwaz et Wodan que l’on retrouve comme Dieux tutélaires des deux aspects de la fonction souveraine. Chez les Nordiques ce sont les Dieux Týr et Odinn. Les Germains septentrionaux (les Nordiques) ont connu une évolution caractéristique car l’aspect juridico-sacré fut nettement réduit par rapport aux autres sociétés indo-européennes. Le Dieu Týr (héritier du proto-germanique Tiwaz) n’avait plus ce rôle souverain que lui avaient encore attribué les Germains continentaux. Le Týr nordique devient même selon certaines versions très tardives le fils du Dieu Odinn, ce qui ne peut qu’être une dérive par rapport à la structure originelle indo-européenne ne correspondant à aucune réalité historique. 

 

Ces données du panthéon germano-nordique permettent de distinguer pour la guerre une triple structure qui se reflète dans les Dieux des deux fonctions principales : Tiwaz/Týr – Wodan/Odinn – Donar/Thor. La guerre suit en fait d’une manière très logique la structure indo-européenne de la fonction souveraine et de celle de la noblesse guerrière. Voyons à présent ces différents aspects de la guerre selon ces Dieux.

 

-Tiwaz/Týr fut injustement comparé par les Romains au Dieu de la guerre Mars, mais ce n’est pas dû au hasard, car il est clair que le Tiwaz-Tius-Ziu des premiers siècles devait avoir des caractéristiques guerrières très fortes, comparables à celle d’un roi des Dieux comme Jupiter. Les Romains ne le comparèrent pas à Jupiter, ce qui eût été logique selon la structure IE, car ils ont confondu les attributs et les fonctions. Rappelons en effet que l’attribut de Jupiter est la foudre. On peut donc en conclure que la guerre selon le Dieu Tiwaz/Týr avait un aspect juridique et sacré, c’était une guerre régie par le bon droit et la justice, une guerre dans laquelle le Dieu s’impliquait directement. 

 

-Wodan/Odin fréquemment nommé «le père de la victoire» ou «le père des armées» se caractérise par sa non-implication directe dans la bataille. La victoire qu’il apporte est celle qui se base sur la magie. C’est ainsi qu’on le retrouve en train de jeter la lance magique Gungnir au-dessus des troupes ennemies afin de les vouer à la défaite. Cet acte magique est celui qui apporte la victoire au camp choisi par le Dieu borgne. Wodan/Odinn aime manipuler les différentes parties en présence, il utilise souvent le destin des grands hommes et héros afin d’influencer le sort des batailles. Il faut ici aussi mentionner les fameux Berserker (Ulfhednar pour Odinn), des guerriers utilisant de fortes doses de magie pour entrer en combat, lutte qu’ils menaient dans un état de transe animale après s’être consacrés au Dieu Odinn. Tout ceci relève bien de la fonction magico-religieuse dont le Dieu est à l’origine le représentant, une fonction parfois obscure relevant de certains caprices du destin qui échappent aux mortels. 

 

-Donar/Thor est lié à la guerre de manière très directe car il s’implique à 100% dans les batailles. Ses luttes sont légendaires et très nombreuses. Il se caractérise par la force brute. Ici ce ne sont ni le droit ni la magie qui régissent la guerre, mais bien la force pure. C’est cette dernière qui dans le cas du Dieu de la foudre fait toute la différence. Il est aussi le Dieu qui était plus proche des guerriers, des simples soldats dirons-nous, alors que Tiwaz et Wodan étaient bien plus proches des élites souveraines et des responsables militaires de haut-rang. Donar/Thor est le héros guerrier des troupes. Il leur insuffle la force nécessaire pour affronter la guerre. 

 

Pour résumer : 

 

Tiwaz => la guerre selon le bon droit.

Wodan=> la guerre selon les principes magico-religieux.

Donar=> la guerre selon la force.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "Lexikon der germanischen Mythologie", Rudolf Simek
  • "Mythes et Dieux de la Scandinavie ancienne", Georges Dumézil

 

Vendredi 8 Décembre 2017