Christianisation des Vikings...

Après un résumé sur les grandes lignes historiques de la christianisation des Scandinaves païens, nous verrons principalement dans cet article les raisons psychologiques, religieuses, politiques et économiques qui ont poussé les Vikings à se convertir à cette nouvelle religion importée d’Israël. Ces raisons sont essentielles pour bien comprendre comment en quelques générations le christianisme a pu s’implanter de manière aussi radicale chez les Nordiques, causant par là une rupture totale avec la tradition ethnoculturelle de leurs ancêtres. À nous d’en tirer des leçons afin qu’un tel drame ne puisse plus se reproduire dans les temps présents ou futurs avec un autre monothéisme qui est clairement en phase de conquête…

 

Quelques points historiques :

Les toutes premières tentatives de conversion remontent à l’époque pré-viking, entre les années 500 et 600 de l’ère vulgaire. Vers 700, un Northumbrien de naissance, «saint» Willibrord, tenta de convertir le Danemark et l’île sacrée de Helgoland. Les résultats furent pour ainsi dire nuls. Les Nordiques ne voulurent rien savoir de ce dieu étranger nommé jésus-christ. Vers 822-825 s’intensifièrent les tentatives chrétiennes avec une grande campagne d’évangélisation lancée depuis la France et l’Allemagne. Le premier pays touché de par sa connexion géographique au continent, fut le Danemark où le roi Harald-à-la-dent-bleue se laissa gagner par le christianisme. Il obligea le pays à se convertir. 

Les 10è et 11è siècles furent décisifs pour l’évangélisation des Vikings, ce fut le grand boom pour l’implantation du christianisme. Il s’infiltra lentement et sûrement, de manière sournoise, entreprenant un profond travail de sape qui finira par porter ses fruits. Non seulement les missionnaires étaient à l’œuvre, mais également les commerçants en contact permanent avec les étrangers. Au début du 10è siècle (933), la Norvège connut un vaste mouvement d’unification et de centralisation politiques, mouvement qui se fit sous l’impulsion du roi converti Haakon-le-bon. Le peuple résista autant qu’il put à la compagne de conversion forcée lancée par le roi. Les deux rois qui suivirent, Olafr Tryggvason et Olafr Haraldsson («saint» Olaf), brisèrent les foyers de résistance païenne par une violence inouïe accompagnée de tortures et autres massacres religieux si chers aux inquisiteurs de la pensée judéo-chrétienne. Vers 1030, la Norvège toute entière est officiellement convertie au christianisme. Ce pays joua aussi un rôle décisif dans la conversion de l’Islande en 999. On dit souvent que l’Islande a choisi volontairement de se convertir à la nouvelle religion suite à l’Althing de cette même année. Or, ce «volontairement» est un mot qui n’a pas du tout sa place dans ce processus, car l’Islande fut véritablement obligée de se convertir. Elle était en effet sous la pression du roi chrétien et criminel Olaf Tryggvason de Norvège qui retenait en otages tous les fils des grands chefs islandais. Il menaçait de mort ces derniers, si l’Islande ne se convertissait pas. 

Chez les Svear, les Vikings de Suède, la christianisation fut nettement plus difficile, surtout dans les régions reculées où les anciennes traditions païennes survécurent très longtemps. Au 12è siècle, la Suède est officiellement convertie, mais comme nous venons de le voir, dans les campagnes la résistance païenne fut importante. 

En Russie, les Vikings venus de Suède, Varègues et autres Rus, furent très tôt convertis. Parti de Novgorod et de Kiev, le roi Vladimir-le-Grand (Valdimarr) organisa un baptême général imposé à tous en l’an 989. 

 

Les raisons de la conversion :

Deux raisons principales se dégagent lorsqu’on analyse le contexte de l’époque: les raisons psychologiques et religieuses (1), et les raisons politiques et économiques (2). 

 

*(1) Le paganisme nordique, comme tous les autres paganismes européens, était identitaire et collectif. Il était dépourvu de dogmes, de clergé, et n’offrait pas de salut individuel, si ce n’est aux héros de guerre. La structure même de la religion païenne semblait «vide» en comparaison au christianisme ultra-structuré avec son clergé, ses hommes érudits, sa vision totalisante, voire totalitaire, sa promesse d’une vie individuelle au-delà de la mort, une vie éternelle qui ne connaît pas de barrière de clan ou d’ethnie. La tolérance religieuse typique du paganisme où le dieu chrétien n’était qu’un dieu de plus, fut également un point fatal. La fameuse liberté propre au paganisme qui permet de choisir son propre Dieu, devait fatalement porter le Viking à essayer un jour ou autre le dieu chrétien. Pendant que le païen acceptait ce nouveau dieu parmi tant d’autres, le christianisme, lui, n’offrait aucune tolérance religieuse, et imposa de forme intransigeante le culte exclusif à son dieu. Un seul dieu, une seule foi, tous les autres Dieux sont de faux dieux dont il faut supprimer le culte…ceci fut le leitmotiv de tous ces «gentils» évangélisateurs. Face au dynamisme des chrétiens, la religiosité païenne des Vikings ne semblait pas faire le poids. Cette religiosité était au 10è et 11è siècles justement en phase de régression. 

Bien des éléments indiquent que les Vikings avaient perdu en partie la spiritualité de leurs ancêtres, on pourrait presque parler d’une décadence du paganisme nordique. Les nombreuses «attaques spirituelles» des évangélisateurs y contribuèrent fortement. Face aux empires et royaumes chrétiens d’Europe, les Dieux semblaient avoir perdu de leur crédibilité et de leur efficacité. Ce sentiment fut accompagné d’une certaine indifférence par rapport aux Dieux. On continuait à sacrifier aux Dieux, mais sans cette conviction naturelle que connaissait leurs ancêtres. On pratiquait alors le donnant-donnant avec son (ou ses) Dieu(x) tutélaire(s). Cet aspect contractuel entre hommes et Dieux fut l’autre grand point de faiblesse, car pour le Viking de cette période, l’important n’était pas tellement la Divinité à laquelle on s’adresse, mais le bénéfice que l’on pouvait en tirer. Si en vénérant un Dieu, on en tirait aucun profit, alors il était courant d’essayer un autre Dieu. Ce processus mental est typique de cette dernière phase du paganisme viking, une phase qui mit en exergue des points de faiblesse qui permirent le passage à la nouvelle religion. Bref, l’excès de tolérance religieuse, le manque de structure, la spiritualité en régression, le pragmatisme nordique, sont autant d’éléments qui favorisèrent une conversion au christianisme. 

 

*(2) Les raisons économiques et politiques de la conversion sont tout aussi importantes si ce n’est plus. Il faut ici rappeler que les Vikings n’étaient pas que des guerriers mais aussi de grands commerçants. Les pays chrétiens avaient interdit que l’on fasse du commerce avec les Païens. Ce point crucial contribua énormément au passage au christianisme. Pour exercer le commerce avec les autres nations et pour pouvoir subsister économiquement parlant, le Viking païen se vit obligé d’adopter le nouveau dieu étranger. 

Un autre point fondamental fut la structure sociale et politique de la société païenne des Vikings. Cette dernière était communautaire, c’est-à-dire que les Dieux tutélaires du roi ou du chef primaient sur les Dieux particuliers. Les Dieux du roi étaient obligatoires parmi tout le reste du peuple, ils marquaient profondément l’identité religieuse du clan et sa nature civique. En vertu de cette structure hiérarchisée de la société viking, le terrain fut préparé pour une implantation rapide et efficace de la nouvelle religion. Lorsque des membres de la communauté passaient au christianisme, on le voyait comme une souillure et une rupture du sacré communautaire et identitaire. Mais lorsque le roi se convertissait, alors c’est tout le peuple qui devait suivre. Et c’est ce qui se passa dans la très grande majorité des cas. On est en droit à ce niveau de se demander pourquoi un roi put-il choisir de se convertir et d’obliger tous ses gens à en faire de même. La raison principale réside dans le fait que nous avons vu plus haut, représenté par cette claire tendance politique à créer de grandes nations centralisées, car seules des nations unies pouvaient faire face aux défis politiques et économiques imposés par les autres nations européennes. Cet aspect des relations internationales fut le grand moteur de l’expansion chrétienne parmi les dirigeants païens. Et, comme nous venons de le voir, une fois le roi converti, le reste de la nation devait suivre au nom du principe «un royaume, une religion». 

À cela, il faut rajouter le problème des mariages mixtes durant les phases de transition. Ce phénomène fut très important par exemple chez les Vikings de Normandie, des îles Britanniques, et de Russie. Les couples mixtes païens/chrétiens étaient des unions qui entrainaient en général la conversion au christianisme de l’élément païen. Il était rare qu’un époux païen résistât longtemps face aux exigences d’une épouse chrétienne fanatique dans sa démarche religieuse. 

Un dernier élément de poids dans ce processus de christianisation fut les récits des voyageurs rentrant au pays natal. Ces derniers ne manquaient pas en effet de raconter ce qu’ils avaient vu à l’étranger. Les Vikings sensibles à l’or, à l’argent, et aux pierres précieuses, s’émerveillaient des richesses possédées et exhibées par les églises chrétiennes. Óðin, þórr, et Freyr ne donnaient pas autant de richesses à leurs fidèles, une comparaison qui se fit forcément au détriment des anciens Dieux. 

 

Voilà de manière très résumée, ce que l’on peut dire des raisons de la christianisation chez les Vikings, une christianisation qui engendra une perte d’identité, une véritable mort culturelle et artistique, et une rupture du lien sacré qui unissait clans et ancêtres. 

 

Hathuwolf Harson

 

Source : 

  • «Vikings», Bernard Marillier (Collection B.A.-BA)

 

Lien :

  • Pierres runiques de Jelling (Harald-à-la-dent-bleue) :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305430292929119.1073741839.230064080465741/515503275255152/?type=3&theater

 

Vendredi 13 Juillet 2018