Au commencement c'était la Guerre...

Puis la Paix...

Un Mythe Fondateur Indo-Européen...

Réflexions sur le Matriarcat et le Patriarcat...

 

Au commencement était la guerre… puis vint la paix. C’est ainsi qu’on pourrait rédiger la première phrase de la « genèse » selon la mythologie indo-européenne. Car en effet, un des mythes fondateurs de la tradition indo-européenne est le grand conflit armé qui eut lieu entre les deux grandes familles divines au début des temps. Dans certaines traditions païennes d’origine indo-européenne, le souvenir de mythe fondateur s’est conservé de manière presqu’intacte, alors que dans d’autres il faut creuser parfois dans le dédale de certains mythes afin de retrouver le fond de cette « genèse » indo-européenne. Quoiqu’il en soit, les études approfondies de mythologie comparée ont permis d’établir que les peuples indo-européens avaient conservé dans leur héritage le mythe fondateur de l’affrontement des deux grands groupes de Dieux. 

 

Au début des temps, les Dieux solaires et ouraniens entrèrent en guerre avec les Dieux chtoniens de la terre. Ce fut la plus grande guerre de tous les temps. Elle vit l’affrontement entre deux principes fondamentaux, qui représentent deux grandes tendances des courants païens historiques. Cette guerre entre forces célestes et forces terrestres, qui eut lieu à l’origine des temps entre les deux familles divines, se conclut selon certaines versions par un accord de paix, et selon d’autres versions par un vainqueur, mais un vainqueur qui respecte le vaincu puisqu’il l’intègre dans sa propre société divine. Les forces divines célestes se caractérisent par des aspects liés aux valeurs guerrières, à l’héroïsme solaire, tandis que les forces divines terrestres sont liées à la fécondité et fertilité. Voici donc pour certaines traditions d’origine indo-européenne, le mythe fondateur auquel il est fait référence :

  • Guerre entre Dieux Aesir et Vanir (Ases et Vanes) de la tradition germano-nordique. 
  • Guerre de Mag Tuired entre Tuatha Dé Danann et Fomoires de la tradition celtique d’Irlande.
  • Conflit entre les fils de Dôn et les fils de Llyr de la tradition celtique du Pays de Galles.
  • Deiva et Vélina de la tradition balte.
  • Guerre entre Albins et Sabins de la tradition romaine. Ceci fut également reflété entre Romulus et Rémus, entre le mont Palatin et l’Aventin.
  • Devas et Asuras de la tradition indo-aryenne et irano-aryenne. Mythe également reflété par le conflit entre le Dieu Indra et les Ashvins, et plus tard avec les Kshatriyas, l’élite dirigeante et guerrière de la société hindoue d’origine aryenne. Dans la tradition iranienne suite à la réforme zoroastrienne, on observe une inversion complète des rôles entre Devas et Asuras.
  • Æxsærtægkatæ et Boratæ de la tradition caucasienne des Ossètes.

Ces quelques exemples montrent le fort enracinement de ce mythe fondateur de la tradition indo-européenne. Certaines interprétations évhéméristes ont voulu voir un évènement historique dans ce mythe fondateur. Personnellement, je crois plutôt que ce mythe a eu son reflet dans la société humaine, mais ce n’est pas pour autant que le mythe fut inspiré par l’histoire humaine. Mais il est vrai que les parallèles historiques paraissent très forts. Le conflit entre Dieux ouraniens et Dieux chtoniens serait le reflet du grand conflit historique entre envahisseurs indo-européens et populations antérieures, principalement issues de la première phase du néolithique. Et il est vrai que les Indo-Européens vénéraient principalement (mais pas exclusivement) des Dieux guerriers et aristocratiques, alors que les cultures de l’ancien néolithique étaient plus attachées aux Dieux de fertilité et fécondité. Les parallèles sont tellement forts qu’il est très probable que des éléments historiques soient venus se greffer sur le mythe originel. 

 

Il est intéressant de noter que ce conflit entre Dieux ouraniens et Dieux chtoniens ne finit pas par la conversion de l’autre (tactique préférée des monothéistes). L’affrontement finit par une union des deux familles divines, par une intégration de Dieux Vanes chez les Dieux Ases, et vice-versa. Ce traité de paix entre Dieux indo-européens et Dieux du néolithique ancien se fait sur la base d’un respect mutuel et d’une recherche d’équilibre entre les deux forces d’apparence antagonistes. Tout le système de la société indo-européenne va d’ailleurs reposer sur la tri-fonctionnalité, une société où la fonction souveraine et la fonction guerrière s’unissent harmonieusement avec la fonction de production et reproduction. 

 

Bien..., à ce stade je voudrais éclaircir certains points qui sont volontairement mal interprétés par certains universalistes ou par certains matriciens. Ces derniers sont particulièrement terribles, car ils cherchent à transformer les faits de telle manière que tout puisse entrer dans leur vision délirante du monde. Ils voudraient faire passer les Indo-Européens pour de terribles barbares qui seraient venus exterminer les gentils peuples pacifiques du néolithique. Les vilains Dieux guerriers des Aryens seraient venus exterminer le culte à la gentille Déesse-Mère du néolithique. Or, tout ça relève de la fantaisie mais sûrement pas de l’histoire. Les Indo-Européens ne vénéraient pas que des Dieux aristocratiques, des exemples comme les très nombreuses Déesses ou autres Dieux de croissance et d’abondance le prouvent largement. Les peuples du néolithique ancien avaient eux aussi une structure sociale hiérarchisée et possédaient également des guerriers. Ils ne vénéraient pas exclusivement la Déesse-Mère, car bien des cultes masculins sont attestés par l’archéologie pour cette période européenne antérieure aux Indo-Européens. Certes, leurs cultes semblent avoir été orientés plus vers les aspects de fécondité et fertilité, mais cela ne les empêchaient pas d’avoir aussi une structure orientée vers la guerre. Là aussi, l’archéologie a largement démontré que les conflits entre tribus du néolithique et même du paléolithique étaient monnaie courante. Ils étaient même très fréquents selon toute évidence. Les Indo-Européens, contrairement aux divagations de certains, ont justement eu la sagesse d’unir toutes les fonctions de la société, vainqueurs et vaincus se mirent à travailler ensemble pour former une société basée sur l’harmonie des différentes classes. Les Indo-Européens sont loin d’être des barbares assoiffés de sang, ils ont été même un fort élément civilisateur dans l’histoire de nos ancêtres. Rappelons au passage que nous leurs devons par exemple l’invention de la roue, la domestication du cheval, et en règle générale l’expansion à plus grande échelle de l’élevage. Certes, la société indo-européenne avait aussi ses côtés obscurs et la critique est justifiée dans certains cas, mais cela n’autorise pas le mensonge historique et la diffamation que pratiquent certains fanatiques du culte à la vulve. 

 

Ces derniers osent avancer une théorie fumeuse en disant que les peuples antérieurs aux Indo-Européens seraient basés sur une société matriarcale, et que les Indo-Européens sur une société patriarcale. Ça, c’est leur grand leitmotiv : la société matriarcale était gentille, et elle fut détruite par les vilains IE patriarcaux. Rien de plus faux ! Les historiens ont démontré que le patriarcat était né avant les Indo-Européens. Il est bien présent parmi les anciennes structures sociales du néolithique ancien, même si l’on retrouve une forte présence de sociétés matrilinéaires pour cette période. Le conflit entre sociétés patrilinéaires et matrilinéaires eut lieu avant les Indo-Européens, et bien des éléments permettent d’affirmer que tout n’était pas blanc d’un côté et noir de l’autre. Raisons et torts semblent être partagés. La société matriarcale a eu elle aussi ses aspects violents d’oppresseur comme toutes les sociétés humaines de l’époque. Tout porte à croire justement que les Indo-Européens sont venus remettre de l’ordre dans ce fatras de conflits des genres, un ordre basé sur le respect mutuel et la complémentarité au lieu du conflit. Le patriarcat à outrance a existé et existe encore, mais ce sont les monothéismes qui véhiculent cet aspect exagéré et fanatique du patriarcat, non les païens. C’est d’ailleurs ce point qui nous différencie profondément des délires peu sérieux de certains. Car il est plus sage de chercher à harmoniser les aspects masculins et féminins de nos panthéons, plutôt que de générer une division inutile en opposant volontairement les genres. Nos anciens mythes nous mettent d’ailleurs sur la voie de la sagesse en nous rappelant à ce propos que la vie est naît de l’union du Ciel-Père et de la Terre-Mère, car L’UNION est le mot-clé, et non la division. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • « Mythe et épopée », George Dumézil
  • « Dictionnaire des symboles », Jean Chevalier et Alain Gheerbrant
  • « La religion cosmique des Indo-Européens », Jean Haudry
  • « Religiosité indo-européenne », Hans F.K. Günther
  • « Mythes Dieux de la Scandinavie ancienne », George Dumézil
  • « Indo-Européens », Bernard Mariller
  • « Les Indo-Européens », Iaroslav Lebedensky
  • « Símbolos de la prehistoria », Raquel Lacalle Rodriguez
  • « Cosmogonies », Roger Parisot
  • « Symboles et mythes de la tradition occidentale », Julius Evola
  • « Mythes et symboles de l’Europe préceltique », Jacques Briard
  • « Historia de las religiones antiguas », Blázquez Martinez-Pinna Montero

 

Vendredi 13 Juillet 2018