Les Rites Funéraires au travers des Âges...

De la Préhistoire aux Indo-Européens...

Nos ancêtres païens ont traversé différentes phases évolutives au cours des millénaires, des phases qui furent influencées par des données religieuses et ethnoculturelles, ce qui se reflète particulièrement dans l’art de la sépulture. L’approche de la mort qu’avaient les différents peuples, s’exprime de manière claire et nette pour qui sait faire parler les tombes. L’archéologie a fait en ce sens un travail fantastique, car elle a permis de constater des points communs et des différences selon les races et les époques. L’analyse des tombes nous permet de mieux comprendre nos ancêtres, leur vision du monde, de la vie, et de la mort. La grande majorité des traditions païennes depuis la haute préhistoire était de tradition orale, d’où l’importance des données archéologiques pour entamer ce rapide voyage dans l’univers mental des peuples polythéistes.

 

Les plus anciennes sépultures datent du paléolithique moyen, il y a environ 100.000 ans. Ce sont des tombes individuelles et éparses que l’on retrouve la plupart du temps dans des grottes. Des ossements d’animaux accompagnent souvent ces corps ensevelis, ce qui nous indique des rites d’offrande et de sacrifice durant l’acte funéraire. La grotte est un symbole connu et commun à toutes les traditions païennes du monde, ce qui nous permet une première interprétation. La grotte est l’utérus de la Terre-Mère, elle est l’entrée et la sortie du monde chtonien, de toutes les forces souterraines liées au principe de fertilité, de fécondité, de connaissance, de mort et renaissance (pour le symbolisme de la grotte, voir lien à la fin). La grotte fut aussi un lieu de résidence et un refuge, tout en étant l’entrée d’un monde inconnu et occulte. En plaçant l’individu mort dans la grotte, l’homme du paléolithique moyen permettait au défunt de réaliser son voyage vers le monde des esprits et des ancêtres, et de retourner vers la Terre-Mère, celle qui donne la vie, qui la reprend, et qui la redonne, participant ainsi au rythme cyclique de la nature. 

 

Au paléolithique supérieur, il y a environ 30.000 ans, on constate une évolution qui reflète un certain changement dans la société préhistorique. Des tombes éparses on passe en effet à des tombes multiples à l’entrée des grottes. Les corps sont manipulés afin de les regrouper. Ce sont les premiers indices d’un sentiment de collectivité même dans la vie après la mort. Les lois du sang qui unissent alors les clans et leurs familles s’inscrivent dans les rites funéraires. Alors que les corps étaient avant simplement ensevelis, maintenant ils étaient inhumés, c’est-à-dire enterrés. Malgré ce changement de forme, le symbolisme du rite funéraire reste le même, car tout nous rappelle le culte à la Terre-Mère. La mise en terre est un retour à la Terre-Mère, ce qui est largement confirmé par la position du mort sur le côté, recroquevillé dans la dite position du fœtus. Ceci est une indication claire quant au désir de retour vers le ventre maternel de la grande Déesse. 

 

Le mésolithique, période entre 10.000 et 5.000 ans avant notre ère, confirme ce sentiment communautaire qui s’ancre profondément dans l’univers religieux et culturel de nos ancêtres préhistoriques. De véritables cimetières apparaissent, renforçant le sentiment d’appartenance à un groupe jusque dans l’au-delà. Le cimetière accentue l’existence d’un lieu sacré dédié tout particulièrement aux morts. Ces cimetières se divisent de manière éparse car ils reflètent la vie encore nomade des clans qui vivaient au rythme de la chasse, pêche, et cueillette. Dans chaque cimetière apparaissent aussi les premiers indices de divers statuts sociaux au sein de la communauté. 

 

La grande révolution du néolithique se reflète aussi dans l’art de l’inhumation. De nomades, nos ancêtres passèrent à sédentaires. L’agriculture invita les clans à abandonner petit à petit leur vie de nomades pour celle qui allait favoriser l’enracinement dans une terre donnée. L’agriculture implique une organisation rigoureuse au sein du clan, où chaque individu se doit d’accomplir certaines tâches afin que la communauté puisse aller de l’avant. L’individualisme du paléolithique qui donnait une valeur à chaque personne selon ses mérites au sein du clan (un bon chasseur, une bonne cueilleuse, un bon guerrier, etc), cette relative dose d’individualisme s’efface au profit de la notion de collectivité. Au néolithique la collectivité devient primordiale pour qui veut survivre. La sédentarisation se reflète dans un phénomène culturel et religieux typique du néolithique : le mégalithisme. L’érection de menhirs et de dolmens n’avait en effet de sens que pour des peuples dont l’enracinement dans leur terre était primordial. Le dolmen rejoint le symbolisme de la grotte comme utérus de la Terre-Mère, alors que celui du menhir recoupe celui du phallus et des forces masculines de fécondation. La verticalité masculine du menhir est le complément naturel de l’horizontalité féminine du dolmen. Le sentiment très fort de collectivité se retrouve bien-sûr dans les rites funéraires où l’on constate une large diffusion de tombes collectives. Même dans la mort, l’individu n’est rien sans son clan. 

 

À la fin du néolithique, apparaissent les Indo-Européens qui apportent avec eux des rites funéraires qui iront en s’accentuant durant l’âge du bronze. La crémation des corps, bien qu’elle existait auparavant, est un phénomène qui va prendre une nette ampleur avec l’influence indo-européenne. De nombreux tumuli princiers ou royaux voient le jour, des tombes qui reçoivent des corps inhumés ou bien les cendres des morts incinérés, car les Indo-Européens pratiquaient aussi bien l’inhumation que la crémation. Ce qui caractérise ces tombes, c’est la richesse des offrandes qui accompagnent les défunts. Ceci est un indice révélateur d’un profond changement dans la société européenne : du collectivisme on passe ainsi à une rigoureuse hiérarchisation. Les tombes princières sont en général individuelles et se caractérisent par cette hiérarchie qui reflète la société indo-européenne basée sur les trois fonctions : fonction royale, noblesse guerrière, paysans et artisans. Avec l’accentuation de l’incinération, les Indo-Européens donnèrent une nouvelle dimension au rite funéraire, une dimension verticale. Avec la fumée qui monte vers les cieux, le défunt rejoint le monde des Dieux ouraniens et guerriers, et d’autre part avec ses cendres mises en terre, il rejoint la Terre-Mère. Le mort réintègre alors le haut comme le bas, les Dieux célestes ainsi que les forces divines du monde chtonien. Dans le cadre germano-nordique sous influence indo-européenne, apparaît à l’âge du bronze une variante du rite funéraire. C’est celle de la barque solaire. Certains hauts dignitaires ou bien certains héros avaient droit à un rite qui consistait à mettre le défunt sur un bateau auquel on mettait ensuite le feu en le bombardant de flèches enflammées. Ce rite s’est maintenu dans la tradition païenne nordique des Vikings jusqu’autour de l’an mil. Le rite du navire enflammé remonte donc à un culte religieux de l’âge du bronze. On croyait que le soleil mourrait chaque soir, qu’il était transporté sur un bateau par-delà les eaux nocturnes de l’océan, et qu’il renaissait chaque matin à l’Est. Semblable au soleil sur sa barque solaire, le défunt effectuait le voyage post mortem sur un navire afin de pouvoir renaître à une nouvelle vie. Le feu qui consume le corps est celui du feu destructeur et purificateur, l’élément sacré qui permet la renaissance du défunt.

 

Pour conclure cet article, je vais donner la parole à Julius Evola qui très tôt a su reconnaître les principes symboliques fondamentaux liés aux rites funéraires de nos ancêtres européens.

«Ensevelir les morts fut, à l’origine, un rite connexe à la civilisation chtonienne ou tellurique (de tellus, «terre»). C’est un cycle caractérisé par les Divinités féminines de la terre et de la fécondité naturelle. En ensevelissant le mort, on le restitue à la grande Terre-Mère, d’où il est censé être né et à laquelle il appartient toujours ; la grande Divinité féminine étant conçue comme la maîtresse de la vie et de la mort, substance primordiale et impérissable de tout être fini. Les races incinérantes concevaient ou avaient conçu l’origine et la fin dernière de l’être humain comme essentiellement non terrestres. En détruisant le cadavre, elles pensaient faciliter le passage du mort à un monde transcendant en faisant disparaître ce dernier lien qui reliait encore l’être humain à la terre. Ce rite est donc en relation avec la conception ouranienne (d’ouranos, «ciel») et héroïque de la vie.»

 

Le dualisme entre les rites funéraires de l’inhumation et de la crémation est un vaste sujet qui mérite que l’on s’y attarde en détail, chose que nous verrons dans un autre article. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • «La Mort – Traditons populaires, Histoire et actualité», Alain de Benoist et Pierre Vial
  • «Dictionnaire des symboles», Jean Chevalier et alain Gheerbrant

 

Liens :

  • Symbolisme de la grotte :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305926009546214.1073741844.230064080465741/492316544240492/?type=3&theater
  • Symbolisme du feu : https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305926009546214.1073741844.230064080465741/571700919635387/?type=3&theater
  • Barque solaire à l’âge du bronze :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305912312880917.1073741842.230064080465741/321873207951494/?type=3&theater
  • Barque solaire et Disque céleste de Nebra :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305912312880917.1073741842.230064080465741/312885882183560/?type=3&theater
  • La Terre-Mère à travers les âges :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305924119546403.1073741843.230064080465741/369114583227356/?type=3&theater
  • Enterrements en position du fœtus :https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305924119546403.1073741843.230064080465741/362339157238232/?type=3&theater

 

Vendredi 13 Juillet 2018