Exte

Foyer, Temple et Tombe...

Sang et Sol...

La mythologie basque nous donne de précieux renseignements sur des cultes très anciens. Selon toute évidence, le peuple basque est directement issu de peuples du néolithique ancien. Il est donc antérieur aux Indo-Européens. Cet héritage ethnoculturel des Basques nous permet donc d’entrevoir sérieusement certains détails sur les cultes de cette Europe pré-indo-européenne, détails qui ailleurs font cruellement défaut. Cependant, il faut quand même filtrer quelque peu lorsqu’on cherche à trouver ces restes du néolithique ancien, car au cours des siècles se sont inévitablement introduits des éléments culturels indo-européens comme certains cultes solaires. Le meilleur exemple de cette influence indo-européenne se retrouve dans leur symbole bien connu, le lauburu, symbole qui n’est autre qu’un swastika, le symbole solaire païen par excellence. De plus, comme on pouvait s’y attendre, le christianisme a lui aussi laissé son empreinte dans la tradition basque. Il est donc impératif de savoir trier tous ces éléments afin de se situer sur l’héritage originel. L’étude de la relation du basque avec son foyer est à ce titre très révélatrice.

 

Chez les Basques, la maison se dit «ETXE» (prononcer «Etché»). Mais l’Etxe était bien plus qu’une maison, car il était aussi le foyer et la terre des ancêtres, ainsi qu’un temple et un cimetière. C’est tout ceci que désigne à l’origine le terme Etxe. Il était le symbole identitaire du lien entre les vivants et les défunts d’une même famille. Il était l’expression matérielle et spirituelle du principe «Sang et Sol», c'est-à-dire de ce lien privilégié et sacré entre la terre habitée et l’ethnie qui l’habitait. 

 

En plus d’être la maison, l’Etxe était un temple. On y rendait des cultes propres à la famille et au clan. Un Génie du nom d’Andra-Mari, dont l’esprit trouvait son expression dans le feu du foyer, était censé protéger la maison et ses habitants. Le foyer-temple était protégé grâce à diverses pratiques magico-religieuses. En plus du feu sacré, on conservait dans l’Etxe des plantes sacrées qui renforçaient la protection contre les mauvais esprits. Ces plantes sont: le laurier (symbole solaire qui chasse les forces obscures), des branches d’aubépine, de frêne (symbole de l’axe cosmique), et des fleurs solsticiales comme le chardon (symbole solaire). Il existait la coutume d’orienter l’entrée de l’Etxe vers le soleil levant. Tous ces éléments solaires cités dans ce paragraphe semblent être l’héritage d’influences païennes des Indo-Européens. Ils ne nous permettent donc pas vraiment de saisir l’esprit originel issu du néolithique ancien. 

 

C’est l’autre aspect de l’Etxe, celui du cimetière, qui va nous ouvrir la porte vers les cultes les plus anciens du peuple basque. Car en effet, nous allons retrouver là de très fortes similitudes avec certaines pratiques connues du néolithique ancien. Les Basques avaient pour coutume d’enterrer leurs morts sous ou autour de la maison, générant ainsi un lien indestructible entre les vivants d’une famille et leurs morts. Cette coutume est par exemple typique d’une des plus anciennes villes au monde, celle de Çatalhöyük en Anatolie, une ville fondée au 8è millénaire avant notre ère. Sous les maisons se trouvaient des tombes avec les restes des défunts. L’exemple basque possède également des parallèles avec les tombes mégalithiques de l’Europe occidentale. Les mégalithes comme les dolmens avec allées couvertes étaient eux aussi des tombes où l’on déposait les restes de la famille et du clan. Le point particulièrement intéressant à ce niveau, est que, tout comme pour les tombes du néolithique ancien, l’Etxe était une tombe commune, c'est-à-dire que tous les défunts étaient enterrés ensembles sans distinction de rang social ou de classe, chose qui apparaîtra avec les Indo-Européens. Ces «fosses» communes sont révélatrices de l’esprit du néolithique ancien où régnait une certaine égalité entre les membres d’une même famille ou de clan. Le culte très fort à la Déesse Mère se retrouve aussi bien chez les Basques qu’au néolithique ancien. Ce culte soudait les membres d’une famille sur un même pied d’égalité. Lorsque le défunt mourrait, il rejoignait alors la Terre-Mère et le monde des ancêtres. Cette proximité entre vivants et défunts faisait qu’il s’établissait de forme permanente une connexion entre le clan, la terre et les ancêtres, le tout réuni sous un même toit. Avec l’arrivée du christianisme, cette coutume païenne fut interdite. Mais elle était tellement ancrée dans les mœurs des Basques, que le christianisme dût chercher une alternative afin de ne pas perdre ses ouailles. Cette alternative se nomma «Yarleku», ce qui correspondait à un emplacement par foyer au sein du cimetière de la paroisse. Une exception fut faite pour les personnes mortes sans avoir été baptisées comme les nouveau-nés. Ces derniers ne pouvaient pas être enterrés dans le Yarleku de la paroisse, et devaient être enterrés selon la coutume «idolâtre» près du foyer familial. 

 

Hathuwolf Harson

 

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Dimanche 19 Novembre 2017