La Tombe Royale de Kivik

Un Roi se rend chez les Dieux...

Ceci est la tombe royale de Kivik dans la région de Skåne en Suède. Elle date de l'âge du bronze proto-germanique, aux alentours de l’an 1000 avant l’ère vulgaire. Elle fut découverte en 1748, trop tôt d'ailleurs, car elle fut alors plus l'objet de pillage et de destruction que de fouilles archéologiques en bonne et due forme. Mais heureusement certains vestiges ont pu survivre à cette découverte tumultueuse. Ce site fut appelé tombe royale sans vraiment savoir si c'était un roi qui fut inhumé à cet endroit. Mais nous allons voir que bien des indices nous démontrent que le défunt devait être un personnage de haut rang.

 

De l'extérieur le site se présente comme un grand tertre funéraire de 70 à 80 mètres de diamètre. À l'intérieur se trouve une tombe rectangulaire de 4 mètres de long sur 1 mètre de large parée de 10 dalles. Sept de ces dalles sont gravées de motifs et de symboles hautement intéressants car ils nous plongent dans l'univers religieux de ces lointains ancêtres de l'âge du bronze.

 

Voici une image de la vue extérieure :

 

 

Tout semble indiquer que les motifs sur les dalles sont une représentation du rite funéraire qui accompagnait le(s) défunt(s). Examinons ces dalles une par une.

 

  • Dalle 1, en haut à gauche sur la photo:
    En haut à gauche se trouvent deux hommes à chaque côté d’une espèce d'axe central qui pourrait être assimilé à un axis mundi, un arbre cosmique, chemin par lequel les défunts rejoignent les autres mondes. Les deux personnages pourraient être les défunts couchés dans leur tombe.
    En haut à droite on peut voir 4 personnages dont un au moins qui joue d'un instrument typique de l'âge du bronze germano-nordique : la Lure. Ces lures étaient des instruments de musique principalement utilisés à des fins rituelles. Les sons de cet instrument accompagnèrent donc le (ou les) défunt(s) durant la cérémonie funéraire.
    En dessous, au milieu de la dalle, se trouvent huit prêtres en tenue de cérémonie avec robe et coiffe sur la tête. Entre ces prêtres semble se trouver l'entrée de la tombe.
    Sur le bas de la dalle se trouvent encore une fois huit personnages dont deux semblent jouer de la lure. Les deux symboles ressemblant à des lettres oméga couchées pourraient être des symboles aristocratiques tels que nous les connaîtrons plus tard avec les torques des peuples celtiques. Ils font penser à un cycle qui ne se fermerait pas, à un changement profond de rythme vital. L'autre élément intéressant est la quantité de personnages. Huit personnages, huit prêtres. Comme nous l'avons vu pour le site de Goseck, le tambour de Balkakra, et le char de Trundholm, le chiffre 8 représente dans les cultures de l'âge du bronze la fin d'un cycle, la "nuit des temps". La parenté linguistique le démontre: Huit-Nuit, Eight-Night, Acht-Nacht, Ocho-Noche,... Le chiffre 9 représente donc logiquement le commencement d'un nouveau cycle, élément qui lui aussi est démontré par la linguistique: Neuf-Neuf (Nouveau), Nine-New, Neun-Neu, Nueve-Nuevo,... Dans le cas de cette tombe de Kivik, il est donc clair que la fin de cycle et le début d'un nouveau cycle sont ceux du défunt, mort et vie post mortem.
  • Dalle 2, en haut au milieu de la photo:
    En haut à droite se trouve un char tiré par deux chevaux. Le graphique des roues représente des roues solaires. Dans ce cas il pourrait s’agir du char solaire qui porte l’esprit du défunt vers les autres mondes. Ce char solaire remplirait ainsi les mêmes fonctions que la barque solaire, véhicule de mort et de renaissance.
    En face du char solaire on peut observer 4 personnages dont on ne connaît pas bien la fonction. Cependant la symbolique du chiffre 4 peut rejoindre celle de la roue solaire et ses 4 cycles de l’année, ou bien le culte à la Terre-Mère..
    En-dessous se trouvent divers animaux qui sont certainement ceux qui furent sacrifiés pour l’occasion. Il était coutume de faire ce genre de sacrifice. Dans l’esprit de nos ancêtres païens, on ne tuait pas les animaux en les sacrifiant, on permettait plutôt à leur esprit d’accompagner le défunt vers les autres mondes. C’est d’ailleurs surtout le cheval qui remplissait ce genre de rôle psychopompe (qui accompagne le défunt).
    Sur le bas de cette dalle se trouve un personnage à gauche faisant face à 8 prêtres en tenue de cérémonie. Ici aussi on retrouve les symboles numériques de l’âge du bronze liés aux cycles. Le chiffre 8 ferme un cycle, et le 9è personnage représente le début du nouveau cycle. Il s’agit encore une fois des cycles liés au(x) défunt(s), mort et renaissance.
  • Dalle 3, en bas à gauche sur la photo:
    Sur le haut de cette dalle sont représentées deux haches rituelles. Ces haches cérémonielles avaient une grande valeur symbolique en relation avec l’aspect guerrier bien-sûr, mais aussi en tant que symbole cyclique, l’outil des Dieux qui partage en deux le cycle de la vie. La hache rituelle se retrouve dans toute l’Europe de l’âge du bronze, de l’île de Crête au grand Nord. On peut affirmer sans l’ombre d’un doute que c’est l’un des symboles religieux le plus répandu dans cette ancienne Europe. C’est d’ailleurs, en tant que symbole, un héritage direct des ancêtres Indo-Européens.
    Sur le bas de la dalle on peut observer deux magnifiques roues solaires. Pour le symbolisme de la Roue Solaire, voir à la fin le lien vers mon article. La Roue Solaire fut un symbole lui aussi incontournable de l’âge du bronze germano-nordique. 

 

  • Dalles 4 et 5, au milieu en bas sur la photo:
    Sur la dalle de gauche se trouvent deux autres splendides roues solaires. Sur le haut et le bas de la dalle, on peut observer une ligne brisée horizontale qui est un symbole de l’eau. Cet élément est l’image de la force primordiale de la vie, image liée aux notions de vie abondante et de fécondité. Et c’est ceci justement qui semble ici être souhaité au(x) défunt(s).
    Sur la dalle de droite se trouvent 4 chevaux dont nous avons déjà vu le rôle psychopompe dans le processus post mortem. Le fait qu’ils soient 4 rappelle les 4 phases cycliques que nous connaissons du symbolisme de la roue solaire lié aux 4 saisons du cycle annuel.

 

Nous pouvons ainsi constater une fois de plus à quel point les symboles peuvent nous raconter ce que l’archéologie ne peut voir. Les symboles véhiculent avec eux des messages venus de la nuit des temps, ils nous ouvrent les portes de la culture religieuses de nos ancêtres les plus lointains.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  

Lien :

  

Vendredi 7 Décembre 2018