L'Âge du Bronze, un véritable Âge d'Or

Il y a environ 3500 ans existait en Europe une véritable réserve naturelle dans laquelle les plantes, les animaux et les hommes ont pu croitre et vivre de manière « protégée », sans être dérangés par des influences externes excessives. Cette région d’Europe était celle des Proto-Germains, c’est à dire la patrie originelle des Germains avant l’époque historique. Cette région comprenait le Nord de l’Allemagne et le Sud de la Scandinavie.

 

Les Proto-Germains y vécurent des siècles durant, loins des grands axes de communication, loins de toute invasion. Ils furent épargnés par les influences étrangères et purent ainsi développer leur propre culture et un genre qui leur était propre. Ces Proto-Germains étaient le fruit d’une fusion entre la culture indo-européenne des "peuples à la hache de combat" et la culture mégalithique issue du néolithique qui s’opéra pendant le tournant du 3è millénaire au 2è millénaire avant notre ère dans le Nord européen. On considère que vers 1700 avant notre ère la culture néolithique était définitivement soumise, et que concluait vers 1400 avant notre ère la fusion par assimilation. À partir de cette date on pourrait en fait raisonnablement parler de Germains et non plus de Proto-Germains. Certains ont voulu voir dans cet affrontement de ces deux cultures de la haute antiquité nordique puis de leur fusion, un reflet terrestre d’un des plus grands mythes fondateurs que l’on retrouve dans presque toutes les cultures à composante indo-européenne ; ce mythe fondateur est celui de la guerre entre les Dieux Ases et les Dieux Vanes. Les Dieux Ases sont des Dieux solaires et souvent guerriers, alors que les Dieux Vanes sont plutôt des Dieux chtoniens intimement liés à la Terre dont la caractéristique majeure est l’aspect fécondité-fertilité-reproduction. Ces deux familles de Dieux s’affrontèrent dans un premier temps puis firent la paix pour s’unir de manière rituelle et sacrée, et ouvrirent ainsi les portes d’une nouvelle ère dans la société des Dieux du Nord. Il est tentant en effet de voir dans l’union de la culture néolithique et la culture indo-européenne, le reflet de l’union des Ases et des Vanes. Mais bien que tentant, il ne serait pas raisonnable d’y voir une explication évhémériste des mythes. 

 

Il semblerait que dans les siècles qui suivirent, à l’abri de leur "réserve naturelle", les Germains allaient accumuler cette vitalité basée sur des réserves inépuisables qui leur permettrait d’entrer dans le grand livre de l’histoire. Le climat de la patrie originelle des Germains était alors des meilleurs, un climat comme le Nord européen n’en avait plus connu depuis longtemps. Á la fin de l’âge de pierre commença une époque caractérisée par un climat plus sec et chaud. Cet élément climatique allait bien-sûr favoriser de meilleures conditions de vie. L’analyse au microcope des pollens contenus dans les tourbières du Nord a permis de connaître certaines espèces végétales comme le bouleau (qui a survécu à toutes les époques), le pin, le chêne. Ce dernier s’implanta d’une forme tellement marquée qu’on désigne parfois l’âge du bronze proto-germanique comme l’âge du chêne. D’autres espèces d’arbres constituent également les forêts mixtes de l’époque : l’orme, le tilleul, le frêne, l’érable. Cette région était alors caractérisée aussi par une multitude de rivières, de fjords, de lacs et de marécages. 

 

L’âge du bronze germanique peut parfaitement être désigné comme « l’enfance » des Germains, la jeunesse d’un peuple en pleine croissance. La grande quantité des divers objets en bronze de cette époque lointaine montrent à quel point cet âge fut riche en culture et en art. C’est l’époque du disque de Nébra qui à lui seul démontre le génie de ce véritable « âge d’or ». Ce disque de Nébra trouvée au Sachsen-Anhalt (Allemagne) témoigne de la connaissance astronomique de cette lointaine époque, une connaissance devançant sur plusieurs points la connaissance d’autres cultures. 

 

Durant cet âge du bronze, les Germains allaient commencer lentement à déborder de leurs frontières des origines, le Sud de la Suède, le Danemark, le Nord de l’Allemagne (Schleswig-Holstein et l’Ostniedersachsen). Ils franchirent la voie fluviale de l’Elbe en direction de la Weser et s’établirent dans la région allemande de Mecklenburg jusqu’à l’Oder. Vers 1000 avant notre ère, ils atteignirent le Sud de la région du Harz et celle de Magdeburg. Lorsqu’on observe les mouvements géographiques de l’âge du bronze germanique, on est surpris par sa lenteur car en plusieurs siècles seules quelques régions avoisinantes furent conquises. 

Cet âge du bronze nordique est également bien reflété dans les gravures du Sud de la Suède de Bohuslän, Tanum, Hallristningar.

 

Cette situation va connaître une modification radicale avec la venue de l’âge du fer, vers 750 avant notre ère. Les Germains commencèrent à bouger sérieusement et nacquirent ainsi de grands mouvements de populations. On observe alors une véritable frénésie des invasions (« Wanderwut »). 

 

Vers 500 avant notre ère les Celtes furent repoussés par les Germains hors d’une grande partie de l’actuelle Allemagne jusqu’à la rive gauche du Rhin, jusqu’en Belgique et en Moselle. En Silésie également, après une âpre résistance, les Celtes sont définitivement repoussés. Le climat durant l’âge du fer change à nouveau, mais cette fois-ci le climat devient mauvais et les températures virent au froid. Cet élément climatologique n’est certainement pas étranger aux mouvements de population entre –500 et –100 de notre ère. Vers 120 avant notre ère, les Germains allaient entrer dans les livres d’histoire avec le premier grand affrontement entre "barbares du Nord" et l’Empire romain. Ce sont les Teutons (et pour bien des historiens également les Cimbres / Kimbern) qui sont les deux premiers peuples germaniques à affronter durement la civilisation du Sud. Cette aventure des Teutons et Cimbres nous plongera dans la réalité dramatique des premières grandes invasions dites « barbares », mais nous fera découvrir aussi les premiers témoignages historiques sur ces lointains ancêtres et « cousins » germains. 

 

Hathuwolf Harson

 

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Mardi 27 Novembre 2018