La Légende de Koupala

Dans une forêt vierge, perdue dans les pays slaves, il était une fois l’Arbre de Vie. Ses racines, arrosées par des eaux d’une source sacrée, étaient fortes et ses branches se levaient jusqu’au ciel. C’était un grand chêne qui gardait les secrets des Slaves et des génies de la nature. Même Péroune, maître de la nature, du tonnerre et de la tempête, protecteur des guerriers, aimait bien se reposer dans ses branches en écoutant les chants enivrants des sirènes. Dans l’espoir d’être entendus, les slaves y allaient pour demander conseil, protection et offrir des dons aux esprits de leurs ancêtres. Les femmes slaves demandaient la santé pour leurs enfants, les paysans priaient pour avoir une récolte féconde, les guerriers y cherchaient la force et le courage.

 

Chaque année, lors de la journée la plus longue, une grande tortue apparaissait dans l’eau du ruisseau. Sage, elle arrosait les racines du chêne. C’était la déesse de la nature et de la fécondité. Elle arrivait sous l’apparence d’une tortue pour planter la fleur du bonheur dans l’ombre tranquille de l’Arbre. Comme par enchantement, la tortue se transformait en jeune fille d’une beauté incroyable, à la peau blanche comme la lumière de la lune, aux cheveux dorés comme les rayons du soleil et aux yeux aussi bleus et profonds que le ciel d’été. Sa longue robe blanche brodée de fleurs et d’herbes odorantes des champs, embaumait la fraîcheur matinale. Sa couronne de fleurs multicolores, de baies et de feuilles, tel un voile, cachait son regard doux et pénétrant. Les slaves l'appelaient Makoche (du mot «mak» ce qui signifiait «le pavet). Fille de Bélobog, Dieu du soleil, de la chance et du bonheur, elle était toujours accompagnée de l’oiseau de lumière. Cet Oiseau magique venait d'un royaume céleste, d’un pays empli de lumière divine. Pour cette raison il était tout couvert d'or. Son plumage chaud luisait dans les ténèbres. Une seule plume pouvait éclairer la pièce mieux que plusieurs dizaines de bougies. Cette plume, arrachée à l’Oiseau de Lumière, se transformait en or. C’était la gardienne de la fleur de fougère.

Dans ses mains, qui avaient le pouvoir de tisser les fils du destin, elle tenait un petit feu qui devenait de plus en plus grand et brillant dès que la déesse s’approchait de l’arbre. Sous l’abri du chêne, le feu se transformait en fleur enflammée. Makoche plantait cette fleur magique dans l’ombre de l’Arbre de la vie. Cette fleur illuminait la forêt sacrée pendant de longues nuits et diffusait l’odeur du bonheur. L’année suivante, cette fleur devrait donner le grain de l’amour et de la sagesse pour prolonger la vie de l’humanité. Et tout ça se passait dans la journée la plus longue de l’année quand le soleil donnait à la terre tous ses rayons les plus chauds.

Ce jour-là, comme chaque année depuis des siècles, la déesse planta sa fleur parmi les racines de l’Arbre de la vie, la source l’arrosa avec ses eaux sacrées, l’Arbre étendit ses branches pour la protéger et l’oiseau de lumière la réchauffa. Ayant jeté un dernier regard sur la fleur, Makoche se fondit dans l’air. En effet depuis des siècles, la déesse jetait un dernier coup d’oeil à sa fleur et s'évaporait dans l’air, la laissant sous la protection des génies. Le jour s’étirait, le Soleil revenait dans les temples d’or de Bélobog et quittait la Terre sans protection.

 

La nuit tombant, Tсhernobog, Dieu des nuages sombres, de la nuit et du malheur, ouvrit les portes de son château pour donner la liberté aux créatures nocturnes. L’obscurité envahit la Terre inoffensive. Deux êtres seulement soutenaient la vie et éclairaient la forêt : la petite fleur et l’oiseau de lumière qui la réchauffait.

 

Chaque année, les serviteurs de Tchernobog surveillaient toute la terre à la recherche de la fleur d’amour et de l’oiseau de lumière afin de les détruire et rétablir le royaume du malheur et de la nuit éternelle. Cette fois, Chernobog sous l’apparence d’un corbeau noir volait au dessus de la forêt. Il ne voyait ni la fleur ni l’oiseau qui étaient soigneusement protégés par le chêne. Mais il continuait de guetter dans l’obscurité la forêt de son regard perçant comme s’il sentait leur présence tout près de lui. Dans un moment d’inattention, l’oiseau de lumière descendit près du ruisseau pour prendre une gorgée d’eau sacrée et reprendre des forces. Soudain, l’eau de la source s’illumina et refléta un fil d’or scintillant dans l’obscurité.

 

Le corbeau triomphant, poussa un cri lugubre que toute la Terre entendit. Ses yeux perçants virent la proie ardemment désirée et ses pattes armées de griffes se préparèrent pour capturer sa pauvre victime. Cruel, enflammé par la vengeance, il déploya ses ailes noires et se précipita à grande vitesse vers la lumière ! Il hurlait et gémissait de satisfaction et de l’invincible vengeance. Ses ailes déchiraient l’obscurité, le temps s’arrêta et l’espace se glaça d’effroi et de fureur.

 

L’oiseau de lumière, pris au dépourvu, effrayé et stupéfait, réalisa à peine la menace furtive qui tombait du ciel. Il cria d’une voix pénétrante, se jeta vers la fleur, la prit dans son bec et essaya de s’abriter dans les branches du chêne ... Mais, hélas ! Crac ! Les branches se cassèrent sous l’effet des griffes aiguisées et pointues du corbeau. Les yeux couleur de sang et l’allégresse funeste se confrontaient aux piaulements plaintifs. Le nuage de plumes dorées... s’éteignit. Chut ! Le silence s’installa... et le corps inanimé de l’oiseau de lumière tomba dans la source qui s’empourpra de son sang. Tchernobog, dans son enveloppe de corbeau, orgueilleux et satisfait de son triomphe, attrapa la fleur et promptement s’envola pour se cacher dans son royaume sombre. 

 

Heureusement, les derniers cris de l’oiseau de lumière réveillèrent Péroune, le Dieu du tonnerre, qui reposait calmement dans son lit de nuages. Péroune se fâcha ; Tchernobog avait profité de son absence pour commettre l' affreux crime et voler la fleur de vie et d' amour que tout le monde gardait si précieusement. Son visage devint sévère, il prit son arc et son carquois de foudres et il tira. Une, deux... et enfin la troisième blessa l’aile du corbeau. Il poussa un cri. La fleur, dont la force magique d’amour commençait à s’éteindre, glissa de son bec et tomba dans l’obscurité.

Tchernobog se trouva obligé de la laisser tomber et de s’enfuir. Il se transforma en serpent, puis disparut. La fleur d’amour, qui avait perdu de l’intensité de son amour, s'évanouit aussi dans les herbes hautes de la forêt. A présent, le monde était menacé de perdre l’amour et le bonheur ! Et si jusqu’aux premiers rayons du soleil matinal, la fleur d’amour n’était pas retrouvée, elle serait perdue à jamais.

C’est alors que, Péroune dans un coup assourdissant de tonnerre réveilla les gens pour leur annoncer la triste nouvelle. Péroune promit que celui qui trouverait la fleur verrait alors tous ses vœux exaucés. Émus, les gens, enfants, adultes, hommes et femmes, se dirigèrent vers la forêt à la recherche de leur fleur d’amour. Ils marchèrent, torches à la main, chantant et implorant les génies de forêt de les aider.

Tout à coup une jeune fille vit une faible lumière parmi les fougères. Elle s’approcha et remarqua une petite fleur pareille au pavé enflammé, entourée tendrement par les tiges d’une fougère. La fille la prit dans ses mains, la serra contre son cœur, éclatant en sanglots. Dès qu'une larme tomba sur le pétale de la fleur mourante, celle-ci sembla se ranimer et son feu doucement commença à grandir, éclairant toute la forêt. Le cœur pur de la jeune fille l’avait sauvée. En retour la fleur remplit le coeur de la fille d’amour et de bonheur éternel. Heureux, les gens apportèrent la fleur «de fougère» vers l’Arbre de vie et la plantèrent au bord de la source sacrée, près du corps de l’oiseau de lumière. La jeune fille qui avait trouvé la fleur vit l’oiseau mort. Dans un élan de générosité elle sacrifia un de ses vœux pour que la vie revienne dans le coeur de l’oiseau de lumière qui s’éveilla doucement de son mortel sommeil. Il ouvrit ses ailes, tournoya au dessus des villageois pour les remercier, et s’élança gracieusement dans le ciel. Aussitôt, les premiers rayons du soleil éclairèrent le ciel et une nouvelle journée de la vie commença.

La jeune fille slave souhaita que l’oiseau de lumière vive, que le soleil brille dans le ciel, que l’amour resplendisse dans le coeur des gens et que les slaves se rappellent pour toujours cette nuit fabuleuse. Et jusqu’à présent son désir est respecté. Le soleil brille dans le ciel, l’amour, la douceur, la sérénité règnent dans l’esprit de chacun et chaque été, la nuit du six juillet, les slaves vont dans la forêt pour chercher la fleur de fougère, chantent l’hymne à l’amour, la vie et la nature et allument des feux. Le poteau autour duquel ils dansent et font des rondes est devenu symbole de l'Arbre de la vie. Les couronnes de fleurs sur les têtes des jeunes filles les rendent semblables aux déesses de la forêt. Vêtues de leurs robes blanches immaculées, elles font flotter leurs couronnes dans l’eau limpide des rivières en l’honneur de Makoche, de l’oiseau de lumière et de la source sacrée. Au cours des siècles, la fleur de fougère est devenue un motif de broderie qui décorait les robes de mariage des fiancées pour symboliser leur amour éternel.

 

Un grand merci à notre amie slave Anna Prachkevitch pour ce texte sur la légende slave de Koupala. Texte et dessins sont d'elle ! 

Hathuwolf Harson

 

Anna Prashkevich

 

Lundi 27 Novembre 2017

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