Jack et le Haricot Magique

Origines Païennes...

Un voyage initiatique...

Nombreux sont les contes pour enfants qui cachent d’anciennes sagesses païennes. Avec la christianisation forcée de notre vieille Europe, les anciens mythes païens furent interdits de manière virulente. Mais malgré cela, les chrétiens n’en vinrent pas toujours à bout, car ces anciens mythes purent survivre en partie grâce au folklore et aux contes pour enfants. Pour retrouver le sens original de certaines légendes, il suffit de savoir gratter un peu et de comparer certains détails décisifs avec ce que nous savons des anciens mythes. 

 

Nous allons voir ici le conte de Jack et le haricot magique qui nous fut livré entre autres par les frères Grimm, et tout sembler indiquer qu’il remonterait à la plus haute antiquité. Ce conte est révélateur de ce qui peut se cacher derrière une apparence enfantine. Voyons tout d’abord un résumé de ce conte afin de nous le remettre un peu en mémoire.

 

Un jeune fermier anglais du nom de Jack vit pauvrement avec sa vieille mère. Leur seule richesse est une vache. Mais cette vache finit elle aussi par vieillir et ne donne plus le lait nécessaire pour nourrir ses propriétaires. La mère envoie alors Jack au marché pour vendre la vache. Là, Jack rencontre un vieil homme à l’air étrange [et dans les versions plus modernes, ce vieil homme fut remplacé par un lutin]. Le vieil homme propose d’échanger la vache contre des haricots magiques qui ont la propriété de pousser jusqu’au ciel. Pour cela il faut les planter le soir afin qu’au matin ils aient atteint la voûte céleste. Jack accepte. Une fois rentré chez lui, sa mère gronde, et de rage, elle jette les haricots par la fenêtre. Le matin au réveil, Jack s’émerveille en voyant une énorme tige qui monte jusqu’au ciel. La magie était donc vraie et avait fait son effet tel que l’avait prédit le vieil homme au marché. La curiosité pousse Jack à la plus grande aventure de sa vie, car il décide aussitôt de grimper le long de cette tige vertigineuse. Son escalade le mène au-delà des nuages jusqu’à une maison immense, aux proportions gigantesques…et pour cause…une Géante se tient au seuil de cette maison. Jack lui demande un repas car il a faim. La Géante accepte mais l’avertit que son mari, l’ogre du foyer, le dévorera s’il le découvre. Pendant que Jack mange, résonnent des bruits de pas…le Géant arrive. Jack se cache dans le four de la cuisine. Lorsque l’ogre apparaît, il s’écrie «Fee-Fi-Fo-Fum, je sens le sang d’un Anglais. Qu’il soit vivant ou qu’il soit mort, je moudrai ses os pour faire mon pain». La Géante lui dit qu’il se trompe, et que ce doit être l’odeur de l’enfant qu’il a mangé la veille. L’ogre se met à compter ses pièces d’or qu’il remet ensuite soigneusement dans ses sacs. Puis, l’ogre s’endort. C’est alors que Jack sort de sa cachette, et s’empare d’un des sacs d’or. Il redescend le long de l’immense tige et retourne chez lui. L’or leur permet de manger à leur faim durant un certain temps. Cet or une fois épuisé, Jack décide de remonter le long du haricot géant jusqu’à la demeure des Géants afin de voler un autre sac d’or. Et c’est ce qu’il fit, sauf que cette fois-ci il déroba une poule qui pond des œufs d’or. De retour chez lui, Jack n’est pas encore satisfait et part escalader une troisième fois le haricot géant. C’est une harpe d’or qu’il vole au Géant, une harpe magique. L’ogre poursuit Jack et descend lui aussi le long de la tige. Jack qui fut plus rapide, une fois arrivé en bas, prend une hache, et abat la tige géante. L’ogre tomba alors dans le vide et mourut. Grâce à la poule aux œufs d’or et à la harpe, ils devinrent riches et Jack put même épouser une princesse. 

 

Bien, à présent nous allons voir ce qui se cache derrière ce beau conte qui prend clairement ses racines dans la tradition germano-nordique. Et vu les éléments du conte, on peut même parler d’une légende issue de la tradition polaire. Car en effet, le haricot géant n’est autre que le pilier cosmique, l’arbre du monde que les Germains nommaient Irminsul et les Nordiques Yggdrasil. Tout comme la tige géante du haricot, l’Irminsul relie la Terre aux cieux, il est l’axe central qui fait la connexion entre les 9 mondes, le monde des hommes, celui des Dieux, et aussi celui des Géants. Cet arbre du monde était relié par son centre immuable à l’étoile polaire. Dans la tradition nordique, les rites à caractère chamanique avaient toujours pour support Yggdrasil car c’est le long de ce pilier cosmique que le chaman durant ses transes peut voyager d’un monde à l’autre et visiter le monde des esprits et des ancêtres. Ici, notre «chaman» est bien-sûr le héros Jack. Mais son voyage initiatique ne le mène pas dans tous les mondes. Il se rend à Jötunheim, le monde des Géants car c’est là qu’il espère faire la conquête de la richesse. Cet aspect sacré de la richesse et de l’abondance de la tradition nordique est fortement confirmé par deux éléments du conte: la vache et l’exclamation du Géant lorsqu’il sent l’odeur du jeune paysan. 

La vache et le bétail sont le symbole de la rune Fehu, la rune de la richesse et de l’abondance. Ce lien avec la rune est subtilement inscrit dans le conte avec l’exclamation du Géant «Fee-Fi-Fo-Fum» car ce ne sont pas des mots au hasard, loin de là ; cela correspond à un Galdr de la rune Fehu. Les Galdr sont les formules magiques qui se chantaient de telle manière que l’on faisait vibrer les sons phonétiques d’une rune. Ici le son «F» est clairement celui qui régit la formule du Galdr, donc la rune Fehu. L’or que possède le Géant est une autre indication quant-au lien avec la notion de richesse. Et pourquoi peut-on parler alors d’un voyage initiatique si la quête de Jack ne semble être que la richesse? Pour ceux qui connaissent un peu les runes, la réponse est évidente. La rune Fehu est la première de l’alphabet runique, celle qui introduit toute la séquence du Fuþark par laquelle tout maître des runes doit passer afin de réaliser son voyage initiatique vers la connaissance ultime, celui qui conduit vers les secrets de toute conception cyclique.

 

L’autre rune qui est présente de manière voilée dans le conte est la rune Thurisaz, car c’est la rune des Géants. C’est une rune dangereuse, tout comme l’épine que désigne son graphisme. La force brute et sauvage des Géants est le défi que doit relever Jack afin de conquérir la force stabilisatrice de la rune Fehu, celle qui le mènera vers l’accomplissement de son voyage le long de l’arbre cosmique. Jack doit ainsi surmonter les dangers du chaos des Géants.

 

Un autre élément qui remonte au paganisme germano-nordique est le vieil homme à l’aspect étrange, celui que Jack rencontre au marché et qui fut en fait à l’origine de toute l’aventure du haricot géant. Il apparaît comme une mystérieuse figure responsable du coup de pouce qui fut donné au destin du jeune paysan. Ce genre de personnage aux traits cachés et mystérieux, lié au destin, n’est autre que le Dieu Óðin en personne. Óðin se déguise souvent sous les traits d’un vieil homme étrange et aime particulièrement manipuler le destin des hommes. De plus, il est le Dieu qui est intimement lié à Yggdrasil de par son sacrifice qu’il réalisa en se pendant à l’arbre du monde afin de conquérir la sagesse et la connaissance des runes. Il est par excellence le Dieu des rites chamaniques et de l’axis mundi. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • «Calendrier runique asatrú», Halfdan Rekkirsson
  • «Mythologie der Germanen», E.H. Meyer

 

Liens :

  • Irminsul

=> https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305926009546214.1073741844.230064080465741/277627099042772/?type=3&theater

  • Géants

=> https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305926009546214.1073741844.230064080465741/287999708005511/?type=3&theater

 

Lundi 27 Novembre 2017