Les Paires

Après avoir vu Les Runes une par Rune nous allons voir dans plusieurs articles que l’alphabet runique, le Futhark, cache de nombreux éléments symboliques qui permettent de cerner de manière plus approfondie le sens des runes, ainsi que l’utilisation magique qu’en faisaient nos ancêtres païens de tradition germano-nordique. Pour ceci nous allons étudier le symbolisme runique sur la base du Futhark germanique commun, l’alphabet runique originel, car il faut se rappeler que les Futharks nordiques ou anglo-saxons ne sont que des évolutions postérieures. Le futhark germanique semble donc être le plus approprié pour une approche plus authentique du symbolisme runique. L’analyse en détails du Futhark permet d’entrouvrir les portes de la magie runique, telle qu’elle fut pratiquée jadis. Il est d’ailleurs important de souligner que pour une approche réaliste et sérieuse de la magie runique, il est vital de toujours s’en référer aux inscriptions runiques historiques et aux sources littéraires, qui sont les seules valables. Car lorsqu’on constate de nos jours à quel point il existe des interprétations délirantes des runes, du type new-age et autres foutaises universalistes, on est en droit de chercher à comprendre le véritable sens des runes, celui qui correspond à une réalité historique vérifiable.

 

L’alphabet runique recèle bien des surprises au niveau symbolique. Cette approche tend à démontrer que rien en fait n’a été laissé au hasard. L’ordre des runes au sein du Futhark relève d’un symbolisme très ancien lié aux cycles naturels qui ponctuent le destin de la société des hommes et des Dieux. Ce n’est pas non plus un hasard que les runes furent révélées par le grand Dieu de la sagesse Wodan / Óðin, car les runes et le Futhark sont en effet une véritable clé de la connaissance laissée par les anciens pour déchiffrer leur vision du monde et de la vie. Les runes sont en ceci une porte vers la connaissance occulte de la tradition païenne germano-nordique. À nous donc d’ouvrir cette porte !

 

Cette première approche du Futhark est celle des runes par paires. Tel qu’on peut les voir placées sur la photo, les runes furent agencées de telle manière qu’elles peuvent être ordonnées par paires. Ces paires de runes révèlent des connexions intéressantes étant donné qu’elles se basent sur une interprétation symbolique liée à l’étymologie et au sens premier de chaque rune. Dans certains cas, les connexions sont évidentes, mais dans d’autres, elles sont plus subtiles. De plus, certaines paires présentent une sorte d’opposition dualiste, alors que d’autres sont le reflet d’une totale complémentarité. Mais, derrière un apparent dualisme, nous pouvons rapidement vérifier que tout entre bien dans le cadre de la vision païenne, une vision cyclique basée sur l’harmonie de forces complémentaires. Voyons à présent ces paires runiques du Futhark (l’ordre est celui de la photo) :

 

 

FEHU-URUZ : Monde animal dompté / Monde animal sauvage.

Les deux runes nous parlent du monde animal, mais avec une grande nuance, car elles établissent la division entre les animaux domptés et les animaux sauvages. En tant que ressource alimentaire, les deux sont complémentaires, le bétail pour l’élevage et les animaux sauvages pour la chasse. Au niveau symbolique, cette paire de runes nous présente le monde dans lequel ont évolués nos lointains ancêtres, d’un côté la Nature domptée et dominée, l’agriculture et l’élevage, et d’un autre côté la Nature sauvage, celle qui domine l’homme. Si l’on transpose ces éléments symboliques sur le terrain de la philosophie, on peut voir cette paire runique comme l’image de l’antagonisme complémentaire entre la raison et l’inconscient. 


THURISAZ-ANSUZ : Monde divin du chaos / Monde divin de l’ordre.

Cette paire runique représente le monde divin qui nous surpasse, un monde fondé sur deux forces principales, elles aussi antagonistes et complémentaires à la fois. Le monde chtonien et chaotique des Géants, puis le monde des Dieux Ases, celui de l’ordre divin. De la lutte contre le chaos naît l’ordre, mais la loi des cycles renvoie l’ordre vers un déclin inévitable, déclin qui à son tour fait renaître l’ordre. Ici aussi, on peut parler d’un parallèle de cette paire runique avec les pulsions primaires de l’inconscient et la raison solaire du conscient.


RAIDO-KENAZ : Guide solaire / Guide lunaire.

Ce qui unit ces deux runes, c’est l’idée de déplacement. La roue et la chevauchée de la rune Raido sont des symboles solaires, un déplacement sous la tutelle d’un guide solaire, un monde de clarté et de lumière. Alors que la rune Kenaz comme torche, nous parle de la lumière du feu nocturne, celle qui nous guide dans l’obscurité. On constate encore une fois avec cette paire, que derrière une opposition apparente existe une très forte complémentarité. Ces deux runes sont des outils pour les humains, elles permettent le déplacement physique ou spirituel. Comme éléments techniques des humains, ces runes sont donc liées au monde des hommes. 


Ces trois premières paires runiques présentent donc un véritable ordre cosmogonique :

LE MONDE ANIMAL

LE MONDE DES DIEUX 

LE MONDE DES HOMMES

GEBO-WUNJO : Don / Joie.

Ces deux runes évoquent clairement les relations sociales entre humains, mais aussi les relations des hommes avec les Dieux. Le Don est un lien incontournable entre humains dans la société païenne, il forge les relations et les amitiés entre hommes du clan, ainsi que les clans entre eux. Mais ce don est aussi en tant que sacrifice la marque de la relation des hommes avec les Dieux. La joie quant-à elle donne une valeur à ces relations et à la complémentarité créatrice qui en découle. On retrouve cette idée de relation sociale avec le célèbre adage: “L’homme est une joie pour l’homme” (Hávamál 47).


HAGALAZ-NAUDHIZ : Catastrophe naturelle / Catastrophe humaine.

La rune Hagalaz est celle des catastrophes engendrées par la Nature, comme c’est le cas avec la grêle par exemple. La rune Naudhiz est celle de la nécessité des humains, par exemple une période de famine ou toute période difficile à surmonter. 


Ces deux paires runiques forment ainsi un aspect positif du lien hommes/Dieux (Gebo-Wunjo), et un aspect négatif du lien hommes/Dieux (Hagalaz-Naudhiz). 

ISA-JERA : Période cyclique morte / Période cyclique vive.

La glace hivernale et l’abondance d’une bonne année font clairement référence aux deux principales forces du cyle annuel. L’hiver exprime la mort cyclique, tandis que Jera évoque l’abondance du nouveau cycle. Mort et renaissance sont ici les deux mots-clés.


EIHWAZ-PERTHRO : Vie et Mort (plan vertical) / Vie et Mort (plan horizontal).

L’if, comme arbre de vie et de mort, représente l’axe vertical des forces cosmiques, celui des forces immuables de l’ordre divin. Perthro comme matrice des naissances et du destin, représente la dimension horizontale, celle du temps et du devenir, aspects couverts par la Terre-Mère ou les Nornes, maîtresses de la mort et de la naissance des humains.


Ces deux dernières paires nous parlent de manière claire du grand principe cyclique et de ses mystères liés à la vie, à la mort, et à la renaissance.

ALGIZ-SOWILO : Lien chtonien-ouranien / Lien ouranien-chtonien.

Algiz est une rune qui évoque la connexion entre forces qui partent du domaine terrestre (chtonien) vers le domaine céleste (ouranien). L’image de l’homme avec les pieds enracinés dans le sol et les bras tendus vers le ciel, reflète très bien ce lien entre terre et ciel. La rune Sowilo évoque dans ce contexte la force céleste suprême du ciel avec son représentant ouranien incontournable: le soleil. Mais ici, le lien se fait dans l’autre sens, c’est-à-dire qu’il part d’en haut pour s’unir avec le bas, c’est la force souveraine solaire qui vient féconder la Terre-Mère. 


TIWAZ-BERKANA : Ciel-Père / Terre-Mère.

Cette paire runique est bien plus qu’une paire, elle est un couple runique. Tiwaz est le Dieu céleste par excellence des panthéons indo-européens, il est le roi des forces ouraniennes. Berkana représente un des aspects cycliques de la Terre-Mère, ce qui fait d’elle une reine parmi les runes chtoniennes. Nous avons avec Tiwaz/Berkana la représentation parfaite du lien Ciel-Terre, une figuration du couple divin archétypal.


Ces deux dernières paires runiques symbolisent l’opposition puis l’union des forces terrestres et célestes, le monde d’en haut et celui d’en bas qui s’unissent dans une harmonie presque parfaite. 

EHWAZ-MANNAZ : Monde animal / Monde des hommes.

La rune du cheval, tout comme la première paire runique du Futhark, nous connecte avec le monde des animaux. Mais dans le contexte de cette rune, on peut définir cette approche comme celle de la triple relation Animaux-Hommes-Dieux. Quant-à la rune Mannaz, elle représente sans équivoque le monde des humains, en insistant particlièrement sur les liens sociaux entre humains. 


LAGUZ-INGWAZ : Fécondité / Descendance.

Ce couple de runes a un élément en commun qui est celui de la reproduction. Au-delà des fortes connotations sexuelles qu'ont Laguz et Ingwaz, le message est clair, vu que nous sommes ici en présence du pouvoir de fécondation et de la descendance qu'il engendre. 


DAGAZ-OTHALA : Limites cosmiques / Limites terrestres.

Dagaz se caractérise entre autres par les aspects Aube-Crépuscule, aspects qui sont des limites marquants les points extrêmes du cycle cosmique (jour/nuit, été-hiver, etc). La rune Othala est celle des frontières terrestres et des enclos sacrés. Elle correspond donc aussi à des limites, mais ici-bas et non dans la dimension céleste. On retrouve avec ce couple runique encore une fois l'apparent antagonisme entre forces chtoniennes et forces ouraniennes.  


À travers cette petite étude des runes par paires, on peut constater que certaines runes sont éclairées par leur paire, ce qui permet parfois de mieux comprendre la valeur symbolique de chaque rune en les replaçant dans le contexte du Futhark. Pour ceux qui aiment travailler la magie runique, cette notion des paires runiques est incontournable.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

« ALU, an advanced guide to operative runology » - Edred Thorsson

« Runen », Wolfgang Krause

 

Mercredi 19 Juillet 2017

Après avoir vu les runes une par une – Voir là=>https://www.facebook.com/media/set/?set=a.300053296800152.1073741833.230064080465741&type=3 – nous allons voir que l’alphabet runique, le Futhark, cache de nombreux éléments symboliques qui permettent de cerner de manière plus approfondie le sens des runes, ainsi que l’utilisation magique qu’en faisaient nos ancêtres païens de tradition germano-nordique. Il est d’ailleurs important de souligner que pour une approche réaliste et sérieuse de la magie runique, il est vital de toujours s’en référer aux inscriptions runiques historiques et aux sources littéraires, qui sont les seules valables. Car lorsqu’on constate de nos jours à quel point il existe des interprétations délirantes des runes, du type new-age et autres foutaises universalistes, on est en droit de chercher à comprendre le véritable sens des runes, celui qui correspond à une réalité historique vérifiable. 

 

L’alphabet runique recèle bien des surprises au niveau symbolique. Cette approche tend à démontrer que rien en fait n’a été laissé au hasard. L’ordre des runes au sein du Futhark relève d’un symbolisme très ancien lié aux cycles naturels qui ponctuent le destin de la société des hommes et des Dieux. Ce n’est pas non plus un hasard que les runes furent révélées par le grand Dieu de la sagesse Wodan / Óðin, car les runes et le Futhark sont en effet une véritable clé de la connaissance laissée par les anciens pour déchiffrer leur vision du monde et de la vie. Les runes sont en ceci une porte vers la connaissance occulte de la tradition païenne germano-nordique. À nous donc d’ouvrir cette porte !

 

Dans trois articles précédents (voir lien à la fin), nous avons vu le système des paires runiques basé sur le regroupement de deux runes en suivant l’ordre naturel du Futhark, F+U, Th+A, R+K, etc… À présent, c’est un ordre différent que nous allons voir. Ce système fonctionne également par paires, mais pas dans l’ordre naturel du Futhark tel qu’on peut le voir sur l’image. L’ordre ici est le suivant : on aligne les 12 premières runes dans en ordre décroissant, et en face les 12 autres runes en ordre croissant. Cet alignement nous donne un nouveau classement par paires intéressant, et révélateur d’une connaissance occulte liée non seulement aux runes mais aussi à la sagesse de la tradition païenne germano-nordique dans son ensemble. Voyons donc maintenant ces correspondances par paires avec ce nouveau système. 

 

FEHU : OThALA=> Force en mouvement (F) et force immuable (O). 

Fehu représente les biens sujets aux échanges, et, Othala les biens immuables liés à l’héritage de sang.

URUZ : DAGAZ=> Formation (U) et Paradoxe (D). 

Uruz est la force sauvage en cours de réalisation, et, Dagaz la force contrôlée qui unit les contraires.

ThURISAZ : INGWAZ=> Destructeur (Th) et Constructeur (Ing).

Thurisaz détruit et divise, alors que Ingwaz est la fécondité qui construit la famille.

ANSUZ : LÖGR=> Transformation (A) et Croissance (L).

RAIDO : MANNAZ=> Ordre cosmique (R) et Ordre humain (M).

KENAZ : EHWAZ=> Capacité (K) et Confiance (E).

Le feu contrôlé par l’homme s’allie à la confiance générée par la collaboration entre homme et animal.

GEBO : BERKANA=> Échange (G) et Conservation (B).

WUNJO : TIWAZ=> Harmonie (W) et Ordre (T).

HAGALAZ : SOWILO=> Lumière germinative (H) et Lumière dans tout son éclat (S). 

NAUTHIZ : ALGIZ=> Résistance (N) et Attraction (Z).

ISA : PERTHRO=> Contraction (I) et Évolution (P). 

JERA : EIHWAZ=> Mouvement transitoire (J) et Axe immuable (Ei).

 

Ainsi, nous pouvons constater que ce système met à la lumière des relations nouvelles par paires, des liens qui parfois s’opposent de manière apparente, mais qui dans le fond sont toujours complémentaires. 

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

  • «Runenkunde», Edred Thorsson

 

Lundi 26 Mars 2018