Thurisaz

Destruction et Malédiction...

Le nom de cette rune se prononce "Thourissaz", le TH du début correspond à la lettre islandaise þ et se prononce en fait comme le "Th" anglais, la langue entre les dents comme un "d" léger (mais surtout pas comme les français ont tendance à le prononcer, comme un "zz"...). Remarquez au passage que la lettre islandaise þ possède une forme graphique très similaire à la rune Thurisaz dont elle descend directement. C'est d'ailleurs cette lettre que nous utiliserons ici pour transcrire le Th. 

 

Noms historiques de la rune:

- en germanique commun: þURISAZ, signifie Géant

- en gothique: þIUþ, signifie Géant

- en anglo-saxon: þORN, signifie l'épine

- en norrois: þURS, signifie Géant.

 

Toutes les langues germaniques, sauf en anglo-saxon, désignent la rune þurisaz comme étant celle des Géants. Nous verrons que "l'épine" anglo-saxonne rejoint aussi le symbolisme rattaché aux Géants, symbolisme que nous avons déjà vu ici en détail (voir lien à la fin). Le sens caché de la rune rejoint donc dans ces grandes lignes celui des Géants. 

 

La nature de þurisaz est dangereuse et agressive, elle est destructrice. Les Géants sont des êtres primitifs doués d'une force extrême. Ils sont les créatures du chaos. Ils pré-existaient à l'ordre divin et aux Dieux eux-mêmes. Leur puissance est comparable à un séisme ou une éruption volcanique. Le chaos et la destruction générés par les Géants des anciens récits, bien que ravageur, apporte aussi avec lui les germes d'une nouvelle vie appelée à renaître de ses cendres. C'est un renouvellement qui se nourrit du chaos, il se regénère en lui-même provocant ainsi un éternel retour des forces chtoniennes obscures. C'est bien là toute la symbolique de la rune þurisaz.

 

En magie runique elle était utilisée pour son extrême capacité de destruction. Mais encore plus que la rune Uruz, þurisaz est très dangereuse à manipuler, son énergie peut être létale. Qui ne la contrôle pas, se détruit lui-même. Elle avait particulièrement la réputation d'être dangereuse pour les femmes car elle porte avec elle toute la brutalité masculine dans son état le plus primitif. La rune est désignée par certains runologues comme la "Troll-Rune" et l'associent aux démons de l'hiver qui réduisent la nature au silence pendant le sommeil hivernal, une véritable mort apparente. C'est ici que nous croisons le symbolisme de l'épine, car en magie du moyen-âge, la fonction de l'épine était identique à celle de la rune þurisaz. De plus le graphisme même de la rune rappelle celui d'une épine. L'épine plongeait la victime dans une espèce de coma, un sommeil léthargique, ou comme le dit si bien la définition la définition du mot coma, ce sommeil est tellement profond qu'il est une "abolition de la conscience". Ce point est très important car il explique très bien l'action de cette rune, elle supprime l'état de conscience. Or, c'est justement la conscience de ce que nous sommes qui fait toute notre humanité. Enlever cet état de conscience équivaut à supprimer notre humanité, ce qui nous renvoie à un état primitif sans conscience, celui des Géants... Cette ancienne pratique magico-religieuse liée à l'épine et à þurisaz a survécu dans un conte pour enfant où une certaine Belle-au-bois-dormant est piquée, ce qui la plonge dans un profond coma et un état de mort. Le titre allemand de ce conte est "Dornrösschen", mot qui se traduirait par "la petite rose aux épines".

Associée à une autre rune, l'énergie de þurisaz a un pouvoir d'invertion des forces. þurisaz associée à Wunjo provoque la destruction du bonheur. þurisaz associée à Nauthiz provoque la destruction de la nécessité. La rune peut donc aussi bien détruire une énergie positive que négative. Ceci nous rappelle au passage que le mal absolu des chrétiens n'existe pas dans les traditions païennes, car tout est relatif. La force de destruction de þurisaz peut par exemple être dirigée contre une maladie afin de tuer cette dernière. Quelque chose de mal en apparence peut en fait se convertir en quelque chose de bon. Tout dépend de l'utilisation faite. Le Bien et le Mal absolus des chrétiens relèvent plutôt d'une phantaisie malsaine née dans des imaginations qui avaient besoin d'un mal absolu afin de justifier leurs mortifications pour atteindre leur vérité unique située dans la jérusalem céleste... 

 

À propos de la rune þurisaz, il faut cependant reconnaître qu'historiquement parlant elle fut surtout utilisée pour composer des charmes de malédiction. Mais là aussi, la malédiction n'est pas un Mal absolu en soi, car tout dépend de qui on maudit. Une personne foncièrement dégénérée comme un pédophile par exemple, ne mérite-t-elle pas une bonne malédiciton?... 

Pour une malédiction, il était coutume de graver ou d'invoquer 3 fois la rune þurisaz puis de réciter en vers le but de la malédiction. Dans les Eddas, il existe d'ailleurs un exemple assez célèbre, c'est celui du Skirnismal:

 

"Avec un þurse à trois têtes

il te faudra traîner toujours

ou rester sans époux ! 

Que ton coeur se crispe,

Que la langueur te lacère ! (...)".

 

Ce þurse (Géant) à 3 têtes, représente en fait la rune þurisaz invoquée 3 fois. Gravée elle pourrait même se présenter graphiquement comme un "triskel" formé de trois runes þurisaz. L'autre passage du Skirnismal qui se réfère directement à la rune est le suivant:

 

"Le þ je te grave

et les trois lettres:

Rut et Rage

Et Détresse. 

Je les gratterai

comme je les ai gravées ici

si le besoin m'en presse."

 

Le þ qui est gravé ne laisse pas de place au doute, il s'agit bien de la rune þurisaz. Elle est accompagnée de la formule Rut, Rage, et Détresse, qui doit donc apporter la malédiction suivante: troubles sexuels (Rut), folie (Rage), et l'instabilité mentale liée à la Détresse et aux troubles sexuels. À la fin cette strophe la personne se propose le cas échéant d'effacer cette malédiction en grattant les runes. Cet exemple littéraire montre clairement l'utilisation magique qui est faite de la rune þurisaz. 

 

Cette rune est de nos jours souvent associée au Dieu Thor. Les deux noms commencent par la lettre þ. Le Dieu est connu pour être l'ennemi juré des Géants dont il fracasse régulièrement les crânes au moyen de son puissant marteau Mjölnir. Il faut être prudent tout de même avec cette association þurisaz-Thor, car elle ne reflète pas toute la nature du dieu Thor. Elle exprime juste l'aspect lié à son pouvoir de destrcution. Mais ce pouvoir de destruction est dans le cas du Dieu uniquement axé sur la préservation de l'ordre divin et cosmique. Il n'est en aucun cas un représentant du chaos. Ce qui serait peut-être plus juste, ce serait d'associer Mjölnir à la rune þurisaz, et non toute la figure du dieu Thor. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "Les religions de l'Europe du nord, Eddas-Saggas-Hymnes chamaniques", Régis Boyer
  • "ALU an advanced guide to operative runology", Edred Thorsson
  • "Runen", Wolfgang Krause
  • "Oding-Wizzod, Gottesgesetz und Botschaft der Runen", Gerhard Heß
  • "BA-Ba des Runes", Anne-Laure et Arnaud d'Appremont
  • "Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie", Jan Fries

 

Lien :

  • Symbolisme des Géants:https://www.facebook.com/photo.php?fbid=287999708005511&set=pb.230064080465741.-2207520000.1377955812.&type=3&theater

 

Jeudi 20 Juillet 2017