Othala - Óðal

Héritage, Lignée, Patrie

Voici tout d’abord le nom de la rune dans les différentes langues germaniques et ses dérivés linguistiques:

-en germanique commun : OTHALA (Oþala), mot qui signifie «propriété ancestrale, propriété héritée».

-en gothique : OTHAL, signifie «propriété».

-en anglo-saxon : ETHEL, signifie «patrie, propriété».

-en norrois : OĐAL, signifie «nature, qualité innée, terre héritée».

 

Dérivés linguistiques:

-en allemand: EDEL, noble, précieux

-en allemand: ADEL, noblesse

-en norrois "óðr", inspiration, rage.

-en vieux frison: EDILA, arrière-grand-père

-en islandais: EĐLI, nature

-en vieil anglais: "óðel", patrie, terre des ancêtres

-en vieil-haut-allemand: UODIL, propriété, héritage, patrie.

-en norvégien: ADEL, noblesse

-en suédois: ADELN, noblesse

-en suédois: ÄDEL, précieux, noble

-en vieux saxon: "oþil", patrie, terre des ancêtres

 

L'étymologique de tous ces noms d'origine germanique reste incertaine. La seule certitude est son origine indo-européenne. Certains ont pensé à la racine indo-européenne *atta qui signifie "papa, père". D'autres ont pensé à *udero qui a donné notre mot moderne "uterus". Il existe la version qui fait la juxtaposition de deux racines IE: *ud (dehors, à l'extérieur) et *eti (au-dessus, au-delà). Ces exemples étymologiques sont d'ailleurs tous trois intéressants et à prendre en compte pour une interprétation plus approfondie de la rune Oþala, que nous appellerons ici par commodité Oðal.

 

Tous ces noms que porte cette rune sont une très bonne indication pour mieux la comprendre. Le graphisme même de la rune est une autre indication intéressante car il représente plusieurs éléments symboliques qui se recoupent dans leur interprétation. La forme de la rune fut vue selon les cas comme une boucle, un entrelacs, un serpent, un lien, ou encore un enclos, Nous allons voir que toutes ces images correspondent au sens profond et caché de la rune Oðal. 

 

Oðal est une rune de l’identité par excellence. Elle représente la propriété, mais pas n'importe laquelle. Elle est la propriété que l'on hérite. Alors que la rune Fehu figure la richesse en mouvement, celle qui passe de main en main lors des échanges commerciaux par exemple, la rune Oðal quant-à elle figure la richesse immuable. Elle est un héritage de ses ancêtres. Cette notion "d'ancêtres" nous relie de plein pied avec une conception sacrée de tous les paganismes historiques: la lignée de sang. Cet héritage est ce qui nous unit à notre passé le plus lointain et qui fait de nous un lien entre passé et futur d'une lignée. Oðal est donc dans cette perspective une rune de la lignée de sang, de la famille, du clan et de la race. La rune nous enseigne à respecter le rôle qui incombe à tout individu, celui d'être conscient que sans ses ancêtres il ne serait rien, et que l’avenir de son sang dépend tout autant de lui.

 

Comme nous l’avons vu au début, un des noms de la rune fait référence à la patrie. La patrie est dans ce contexte runique, la terre charnelle des ancêtres. L’individu n’a donc pas seulement un lien avec son clan et avec tous les membres de son espèce, mais aussi avec la terre et le pays de ses pères. Terre, peuple et sang forment un grand Tout dont l’individu n’est qu’un rouage. C’est un des grands messages de la rune Oðal: le clan et la patrie ont besoin de l’individu, tout comme l’individu a besoin de son clan et de sa patrie pour être pleinement réalisé. Ce concept de patrie nous renvoie d’ailleurs à une définition encore plus profonde de la rune, qui est celui de l’enclos. Le graphisme de la rune évoque d’ailleurs entre autres un enclos, un endroit délimité par une barrière. Cette notion d’enclos est fondamentale, car elle trace les frontières d’un endroit qui protège de l’extérieur, afin que tout ce qui se trouve à l’intérieur puisse croître et se développer. Cette protection peut également avoir pour but de sacraliser un endroit en le coupant des influences externes, c’est le cas pour tout temple par exemple. Rappelons ici que chez les Germains, le temple était avant tout un simple endroit dans la nature, une clairière, une colline ou tout endroit dont les limites définissaient l’aspect sacré. C’est ainsi que l’enclos revêt dans le paganisme germano-nordique un caractère très important au niveau religieux. C’est cette relation nature-temple qui a survécu dans le terme norrois óðal. Le «Hain» est le terme allemand qui définit la clairière sacré des anciens Germains. Mais le terme le plus connu pour définir l’enclos sacré est le mot nordique «garðr», mot qui est donc en relation directe avec notre rune Oðal. Ce mot se retrouve justement dans le nom de plusieurs mondes sacrés, comme ceux de Miðgarðr, Ásgarðr et Utgarðr, noms qui signifient respectivement l’enclos du milieu (la terre des hommes), l’enclos des Aesir (le monde des Dieux célestes), et l’enclos du dehors (le monde extérieur et chaotique). Dans cette perspective, on peut donc affirmer par exemple que la patrie est l’enclos qui protège et enferme dans un espace sacré où le lien entre individu et ancêtres peut et doit se réaliser. Au niveau magie runique, l’utilisation de la rune Oðal permettait de consacrer un endroit, de le rendre sacré, et de générer un lien entre la terre et son clan. À la vue de tous ces éléments d’analyse, il ressort que la rune Oðal possède un pouvoir magique intrinsèque, celui de délimiter. 

 

Cette pratique magique de la rune Oðal pour délimiter un enclos sacré se retrouve dans la forme de nombreuses barrières. On peut en effet constater dans le «design» de certaines barrières, la présence de runes Oðal entrelacées, voir par exemple la photo suivante=> http://www.wir-hausbesitzer.de/blog/wp-content/uploads/2012/01/Zaun.jpg . L’entrelacs et la relation avec une terre bien définie nous mène à un autre aspect symbolique de la rune, celui qui le relie avec la Terre-Mère. Mais il ne s’agit pas dans ce contexte de la Mère universelle, car la relation est encore plus originelle et ancienne que ça. Il s’agit du processus antérieur à celui de la Terre-Mère, celui qui relie la terre et les hommes dans l’aspect androgyne. Dans le panthéon germanique ceci incombe au Dieu Tuisto, alors que dans la cosmogonie nordique ceci relève du Géant primordial Ymir. Cette relation entre Oðal et l’aspect primordial se reflète dans la position de la rune au sein du Fuþark, car en effet la 24è position de la rune est la dernière mais aussi la première si l’on part du principe d’une boucle qui se répète sans cesse. Ceci met complètement en avant l’aspect androgyne et premier de la rune. Un auteur comme Gerhard Heß a d’ailleurs cherché à inversé complètement le sens de lecture du Fuþark en le faisant commencer par la fin, par la rune Oðal. Par ailleurs, la position classique de la rune en dernière position de l’alphabet runique, montre aussi que l’idée d’enclos et d’enfermement est fondamentale en magie runique, car ainsi Oðal renferme les autres runes du Fuþark tout en permettant que la boucle soit bouclée. Au niveau symbolique, cette boucle nous renvoie à une autre image cachée de la rune, celle du serpent qui se mord la queue, le célèbre Ouroboros, qui est le symbole des cycles qui se renouvellent par eux-mêmes, l’idée nietzschéenne de l’éternel retour. Ce motif fut très amplement utilisé par les Vikings avec leurs pierres gravées de serpents runiques. Ces pierres runiques vikings qui présentent un serpent peuvent donc être interprétées comme un lien direct avec l’aspect secret et sacré d’Oðal, celui qui met en relation avec son clan et les siens, et celui qui délimite un enclos sacré relié à ce même clan. Si l’on se souvient que la grande majorité des pierres runiques d’époque viking sont avant tout des pierres tombales, il semblerait donc tout-à-fait logique que l’on ait cherché à sacraliser un endroit pour ses défunts. 

 

Une célèbre inscription runique du peuple germanique des Goths est connue pour son utilisation magique de la rune Oðal. C’est l’inscription runique de Pietroassa. Elle fut gravée sur un anneau. Elle nous renvoie directement à la notion première de la rune Oðal, celle de propriété héritée. Nous verrons cette inscription de manière détaillée très prochainement d’ailleurs. En attendant se ferme ici l’analyse des runes une par une, celle qui nous a permis de voir le sens caché de chaque rune du Fuþark germanique commun. 

 

Hathuwolf Harson 

 

Sources :

  • "Runes" B.A.-BA, Anne-Laure et Arnaud d’Apremont
  • "ALU, an advanced guide to operative runology", Edred Thorsson
  • "Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie", Jan Fries
  • "Heilige Runen", Géza Von Neményi
  • "Oding-Wizzod, Gottesgesetz und Botschaft der Runen", Gerhard Heß

 

Dimanche 25 Mars 2018