Naudhiz

La Nécessité...

Divers noms de la rune dans les langues germaniques :

- en germanique commun: NAUDHIZ, signifie "besoin, nécessité, obigation du destin"

- en gothique: NAUTHS, signifie "besoin, détresse"

- en anglo-saxon: NYD, signife "besoin, détresse"

- en norrois: NAUDH, signife "nécessité, détresse, contrainte"

 

Dérivés lingüistiques :

- en anglais "need", signifie besoin, nécessité.

- en allemand "Not", signifie besoin, détresse, nécessité.

- en néérlandais "nood", signifie besoin, détresse.

- en vieil-haut-allemand "niot", signifie détresse, nécessité, convoiter

- en anglo-saxon "neod", signifie souhaiter, désirer.

- en norrois "nott", signife "nuit"

- en allemand "Neid", signifie envie, jalousie.

 

Tous ces noms dérivent de deux racines indo-européennes :

- *nau, qui signife "être épuisé"; l'épuisement auquel il est fait ici référence est celui qui précède la mort.

- *kn, qui signife "pousser, modeler, attacher"

 

Avec ces termes associés à Naudhiz, il est clair que nous sommes en présence d'une rune profondément négative. Après la rune Hagalaz, la grêle qui détruit les récoltes, se placent logiquement la nécessité et la détresse causées par la faim et la famine. Ce n'est pas un hasard non plus si Naudhiz précède la rune Isa, la rune de la glace et de la mort hivernale. La racine indo-européenne *nau confirme cet apsect négatif en évoquant l'épuisement qui précède la mort., le crépuscule de la vie. Comme nous le rappelle l'autre racine indo-européenne, cette rune exprime un attachement au destin en démontrant que tout est relié par une relation de cause à effet. C'est un des principes de l'entrelacs qui est vu dans ce contexte comme des chaînes qui entravent et qui empêchent une réalisation harmonieuse. Le graphisme même de la rune évoque un déséquilibre; le symbole moderne de l'injustice désignée par une balance penchant d'un côté ou de l'autre, présente le même graphisme que la rune. 

 

Naudhiz fait référence à un état de détresse qu'il faut surmonter par un effort intense afin de briser l'issue fatale que réserverait sinon le destin. Cette rune incarne de manière générale toutes les entraves de la vie. Elle est associée également à la profonde tristesse et au désespoir. Dans les málrúnakenningar, Naudhiz représente une perte des forces qui peut affecter des domaines aussi variés que la santé, l'argent, ou la vue. La perte de la santé ou de la vue est une claire allusion à l'état de l'homme à l'automne de sa vie. Toutes ces notions liées à l'aspect inéluctable du destin, renvoient aux Déesses germano-nordiques du destin: les Nornes. Au nombre de trois, elles tissent les fils du destin des hommes. Leurs noms sont Urd (le passé, ce qui est à l'origine), Verdandi (le présent, ce qui devient), et Skuld (le futur, ce qui deviendra). 

 

C'est un texte chrétien du 8è siècle qui évoque le rituel païen qui était observé afin de se protéger contre les forces de désiquilibre générées par la nécessité. Ce texte est le Indiculus Supersitionem et Paganarium, il date de l'époque de Charlemagne lorsqu'il christianisa violemment les Saxons restés païens. Il dresse une liste de toutes les coutumes païennes qu'il fallait absolument abolir afin d'imposer de force la nouvelle religion venue du Proche-Orient, le judéo-christianisme. C'est là qu'il évoque le "nod fyr" ("Notfeuer" en allemand moderne, le "feu de la nécessité"). Allumer un feu sacré était le remède magique contre la nécessité et la détresse. C'est le feu sacré qui rétablit l'équilibre des forces cosmiques et humaines. C'est ce même feu, le Nod Fyr, qu'on allume les soirs de grands rituels, comme celui des solstices par exemple. Le feu est généré par la friction de deux éléments opposés offrant ainsi un retour à l'équilibre des forces. 

 

En magie runique, Naudhiz est utilisée pour créer un désiquilibre des forces qui mène à la détresse, ou bien pour se parer contre cette détresse. Gravée 3 fois, elle permet normalement de causer la détresse. Gravée 9 fois, elle participe du renouvellement, celui qui permettra un nouveau changement cyclique menant à un rééquilibrage ou un profond déséquilibre des forces vitales. Dans la 7è strophe du Sigrdrífumal (les Dits de Siegfried), il est expliqué qu'il faut marquer Naudhiz sur un ongle (merkja á nagli Naudh) pour éviter la trahison et la rupture de confiance. L'ongle représente une perte des forces et se retrouve connecté symboliquement à la mort. En gravant Naudhiz sur un ongle, on associe deux forces négatives qui se repoussent l'une l'autre, redonnant un équilibre certain. L'inscription runique de Lindholm présente une utilisation magique de Naudhiz. Et dans le Galdrabók islandais on trouve une formule magique de malédiction qui inclut la rune Naudhiz. Dans la 46è malédiction, on peut lire "je te grave 8 runes Ansuz, 9 runes Naudhiz, et 13 runes Thurisaz". 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "ALU an advanced guide to operative runology", Edred Thorsson
  • "Runen", Wolfgang Krause
  • "Heilige Runen, Zauberzeichen des Nordens", Géza Von Neményi
  • "BA-Ba des Runes", Anne-Laure et Arnaud d'Appremont
  • "Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie", Jan Fries

 

Lien :

  • Inscription runique de Lindholm:https://www.facebook.com/photo.php?fbid=292306624241486&set=a.305430292929119.1073741839.230064080465741&type=3&theater

 

Dimanche 25 Mars 2018