Mannaz

Les Mystères de l'Être Humain...

Voyons tout d'abord les différents noms de la rune dans les langues germaniques et ses dérivés linguistiques.

- en germanique commun: MANNAZ, signifie "humain"

- en gothique: MANNA, signifie "homme"

- en anglo-saxon: MANN, signifie "homme, humain"

- en norrois: Maðr, signifie "homme"

 

Dérivés linguistiques:

- en anglais: Man, homme.

- en allemand: Mann, homme.

- en allemand, Mensch, humain.

- en norvégien: Mann, homme.

- en nééralndais: Man, homme.

- en anglais: mind, l'esprit

- en anglo-saxon: gemynd, souvenir, esprit.

- en norrois: muna, se souvenir.

- en norrois: munr, le sens, le souhait.

- en anglo-saxon: myne, la pensée.

- en vieil-haut-allemand: minna, souvenir, sympathie.

- en norrois: menna, devenir un homme.

- en norrois: menning, se reproduire.

- en islandais: menning, culture.

- en norrois: menta, civiliser.

- Mani, Dieu masculin de la lune.

- Mannus, Dieu des origines.

 

Tous ces termes dérivent de l'indo-européen *man, qui signifie "humain, homme".

 

Toutes les sources sont unanimes pour définir Mannaz comme la rune de l’être humain, de l’homme. Le terme homme est à comprendre ici au sens large car il désigne aussi bien l’homme que la femme. Le mot anglais pour «femme» est à ce titre intéressant : «woman» est composé des racines *wo et *man qui viennent de l’anglo-saxon «wif-mann», ce qui pourrait se traduire par «femme-humain». La racine germanique «wif» a survécu dans l’anglais «wife» (épouse), et dans l’allemand «Weib» (femelle). En plus de définir la personne qui manipule les runes, Mannaz concentre toute son énergie sur l’être humain, sur tout ce qui caractérise l’humain. Le graphisme même de la rune suggère une union de pôles opposés, ce qui se retrouve dans l’union sacrée de l’homme et de la femme. 

 

Mannaz véhicule avec elle tout ce qui fait que l’homme est homme. La conscience de soi-même est le premier degré d’initiation pour celui qui pénètre les mystères de cette rune. L’acceptation de sa condition de mortel est lui aussi un des aspects importants de Mannaz, car c’est cette conscience qui donne vie à l’esprit de l’homme, elle forge l’identité sans laquelle l’homme ne serait plus un être humain. Cette conscience vient aussi bien de l’inconscient individuel que de l’inconscient collectif, sans oublier la partie fondamentale de notre être formée par la conscience supérieure. Ainsi s’unissent en nous les forces chtoniennes et lunaires, tout comme les forces ouraniennes et solaires. La conscience humaine permet de nous situer en tant qu’individu par rapport à notre environnement et à notre société. Elle génère des liens avec notre contexte, celui-ci pouvant être la Nature ou encore les relations avec nos semblables. Les liens qui se tissent entre l’individu et sa terre, entre l’individu et la société, lui attribuent sa place au sein de la communauté humaine. Les liens collectifs sont ceux qui forment un autre aspect de la rune Mannaz, celui de la culture. La culture est le miroir de l’inconscient collectif d’une race ou d’un peuple dirigé par la volonté de sa conscience solaire. C’est ce que nous rappelle un poème runique lorsqu’il dit que «l’homme est une joie pour l’homme». Mannaz nous rappelle également que l’union sacrée de l’homme et de la femme porte en elle les germes d’une nouvelle vie humaine, la rune est ainsi le multiplicateur d’elle-même. Elle peut être liée à la notion de fécondité humaine. 

 

Un élément fondamental caractérise Mannaz, c’est celui de l’Esprit. Car tout comme la conscience, l’Esprit est ce qui définit notre individualité, il nous porte vers les parties solaires de notre être, vers cet état supérieur de notre spiritualité qui lui aussi génère un lien important. Cette Esprit supérieur de notre individu est notre surhomme comme dirait Nietzsche, il nous mène vers la partie divine de notre individualité. Mannaz nous invite à retrouver cette part divine qui survit au plus profond de notre esprit. Elle nous rappelle que les plus nobles d’entre nous descendent des Dieux. C’est tout le sens que l’on peut donner aux longs exposés de généalogies que l’on retrouve dans les textes anciens comme les Eddas. Une lignée de sang permet à l’homme de s’identifier dans le temps et dans l’espace, elle donne forme à l’essence même de son identité, elle le situe dans sa famille et dans sa race. 

 

L’origine divine de l’homme se retrouve dans les mythes germano-nordiques. Tacite dans son «Germania» explique au 1er siècle que les Germains croyaient que les 3 grands peuples germaniques descendaient du Dieu Mannus, lui-même fils du Dieu Tuisto (voir lien=>https://www.facebook.com/photo.php?fbid=379443038861177&set=a.306265149512300.1073741847.230064080465741&type=3&theater). Ce Dieu Mannus, dont le nom ne laisse aucun doute quant-à son lien avec la rune Mannaz, est le Dieu tribal et identitaire par excellence. On pourrait le comparer à ce titre avec le Dieu Aryaman des Indo-Aryens. Il protège l’identité même des hommes qui descendent de lui, il en est le miroir divin. Les textes nordiques quant-à eux parlent aussi de l’origine divine des hommes, elle est mentionnée par exemple dans la Völuspá 17-18 des Eddas. Voici le passage complet qui parle des Dieux Odinn, Hoenir, et Lódur, qui trouvèrent le premier couple humain, Ask et Embla, couple inanimé auquel ils vont insuffler la vie : 

 

«Jusqu'à ce que trois Ases

Sortirent de la troupe,

Puissants et bienveillants :

Revenant à la maison.

Trouvèrent sur le sol,

De peu de force doués

Ask et Embla 

Privés de destinée.

Ils n’avaient pas d’esprit,

Ils n’avaient pas de sens,

De sang ni de son

Ni de saines couleurs ;

Óðinn donna l’esprit,

Hoenir donna le sens,

Lódur donna le sang

Et les saines couleurs.»

 

Dans ce texte ancien sont décrites les vertus qui caractérisent l’être humain, celles que les Dieux insufflent aux hommes créant ainsi le lien indestructible qui les relie aux Dieux. Ils leurs font le cadeau suprême: un destin. Le Dieu Óðinn donne l’élément le plus important pour les hommes, celui de l’Esprit, ce qui ouvre aux hommes les portes de la conscience. Ensuite viennent les caractéristiques vitales pour l’humain : Hoenir donne les sens qui permettent de prendre conscience sur le plan matériel de tout ce qui nous entoure, Lódur donne le sang, élément vital par excellence qui permet de véhiculer la vie, et de la perpétuer aussi au travers de sa lignée. Par ailleurs, Mani, le Dieu masculin de la lune, indique quant-à lui que l’homme, tout comme la lune, est un miroir du soleil. Il reflète les forces de lumière divine qui sont en lui. 

 

La rune Mannaz dans ses dérivés linguistiques évoque l’aspect «Esprit» de l’homme de manière claire et nette. Des termes qui se traduisent par Esprit, souvenir, souhait, pensée, civiliser, culture, ne laissent pas de place au doute, c’est bien toute la dimension humaine qui est occulte dans cette rune. L’homme dans sa plus lointaine préhistoire s’est éveillé à sa condition humaine en prenant conscience des pouvoirs de son esprit, il s’est ainsi civilisé sous une impulsion divine, souvenir qu’il perpétue au travers de sa culture et de sa lignée. La rune Mannaz nous rappelle que les Dieux ont déposé une part de lumière divine en nous, et que notre combat pour la vie est un hymne et un hommage à cet héritage divin. «Deviens ce que tu es », «l’homme est un pont entre l’animal et le surhomme» sont des citations connues de Nietzsche qui conviennent tout à fait aux messages occultes véhiculés par les mystères de la rune Mannaz.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources : 

  • "Runes" B.A.-BA, Anne-Laure et Arnaud d’Apremont
  • "Heilge Runen", Géza Von Neményi
  • "ALU, an advanced guide to operative runology", Edred Thorsson
  • "Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie", Jan Fries
  • "L'importance de l'anatolien en poétique indo-européenne", Didier Calin

 

Dimanche 25 Mars 2018