Introduction aux Runes

Les Runes Germaniques...

Je vais commencer ici une nouvelle série d'articles sur les runes. Le symbolisme de chaque rune y sera traité. L'ordre suivra celui du Futhark germanique commun, l'alphabet composé de 24 runes. C'est le Futhark le plus ancien, donc celui qui véhicule avec lui les références les plus originelles. Mais avant tout ceci, je me permets d'apporter quelques précisions qui sont nécessaires. 

 

Je parle de 24 runes, et non de 25 comme le font de forme erronnée certaines interpétations modernes. Ceci est dû au fait que je rejette complètement l'histoire de la rune blanche, la 25è rune. Cette rune blanche est une invention complètement artificielle sans aucune base historique que nous devons à un auteur sans scrupule: Ralph Blum. C'est un auteur que je ne recommande pas du tout, car il a complètement altéré le sens traditionnel des runes et leurs valeurs historiques. Malheureusement les inventions de cet auteur furent reprises depuis par une quantité incroyable d'auteurs qui se soucient peu des réalités historiques. Des livres bon-marchés qui regorgent de bêtises, se vendent hélas beaucoup auprès d'un public non-averti. Une ânnerie parmi tant d'autres est celle de certains livres qui osent parler de runes celtiques... Que ce soit bien clair: les Celtes possédaient un système qui se nommait les oghams, mais ils n'ont jamais utilisé les runes. Car les Runes sont de tradition germano-nordique, et non celte.

 

Le mot "rune" vient de l'ancien germanique commun qui signifie "secret". On retrouve ce mot en allemand moderne dans le verbe "raunen" qui veut dire "chuchoter, susurrer un secret. 

 

Les runes viennent en grande partie des symboles Hällristningar de l'âge du bronze proto-germanique que l'on peut voir sur la photo en bas. Nos ancêtres n'ont pas eu besoin d'un modèle phénicien pour créer leurs propres symboles d'écriture. De plus, les runes ne sont pas juste une écriture, elles sont bien plus que cela. Au début de leur histoire, elles sont principalement utilisées pour la magie au travers de formules runiques connues sous le nom de Galdr. Ces formules sont de véritables charmes runiques. L'exemple le plus connu est la formule runique ALU (prononcer "alou"). Ça n'est qu'avec la christianisation que les runes finiront petit-à-petit par être réduites à un simple système d'écriture, étant donné que la "tolérance" chrétienne punissait très sévèrement toute pratique de magie selon les anciens rites païens. Dans un premier temps les runes furent tolérées par le christianisme, mais très vite elles furent très mal vues, puis finiront par être interdites. Heureusement les inscriptions d'époque païenne nous ont permis de comprendre l'utilisation qu'en faisaient les anciens. 

 

Un autre point crucial qui fut très bien développé par l'auteur français Yves Kodratoff, est celui de la divination. Ceci pourrait en décevoir plus d'un: l'analyse des textes anciens, des sagas, des Eddas, des différents codex, des inscriptions runiques historiques, nous permettent d'affirmer que les anciens n'utilisaient que très peu les runes pour la divination. L'utilisation des runes se faisait sur le plan de la magie, c'est à dire qu'avec un Galdr ou une quelconqu'autre inscription runique à caractère magique, les anciens cherchaient à influencer le destin. Même le passage de Tacite où il est question de divination, aurait été une mauvaise interprétation de l'auteur romain largement imprégné par sa propre expérience romaine de l'art divinatoire. Car à part Tacite, aucun document historique ne permet de parler de manière certaine de divination. Ceci correspond d'ailleurs à la conception du destin qu'avaient les Germains continentaux et les Scandinaves. Le monde méditerranéen avait une notion du destin comme étant quelque chose d'inéluctable sur laquelle on ne pouvait pas influencer. Ça n'est pas la vision qu'avaient nos ancêtres de la tradition païenne germano-nordique. Le destin pouvait être changé, il pouvait être façonné par la volonté des hommes. Et c'est justement dans cet esprit là que l'on comprend la magie runique avec ses nombreuses inscriptions et références littéraires. Lorsqu'on analyse une inscription du type "Trois þ je te grave..." ou bien "trois F je dresse ici...", nous sommes en présence d'une action qui tente d'infléchir et de changer le cours normal des choses. Ce n'est en aucun cas une magie passive comme la divination, c'est une magie active qui cherche à changer les choses. 

 

Selon les Eddas, les runes ont été apportées par le Dieu Óðin (à droite sur la photo). Il ne les a pas inventé, car lors de son scarifice à l'arbre du monde, il ramassa les runes en les interprétant. Les runes existaient donc avant ce sacrifice du Dieu Óðin.

 

Nous verrons aussi que les runes ont une relation étroites entre elles. Comme par exemple les deux premières qui symbolisent tantôt l'animal dompté ou l'animal sauvage. Le Futhark est tradtionnellement divisé en 3 aett, trois groupes runiques tel qu'on peut le voir sur la photo en haut au centre. La relation symbolique entre 3x8 est très intéressante car elle repose sur une symbolique numérique héritée de l'âge du bronze indo-européen. Le chiffre 8 est la marque d'un cycle accompli, tandis que le 3 est la formule numérique qui permet l'activation concrète, celle qui donne la vie au Galdr. Nous verrons donc les relations qui peuvent exister entre les runes au sein d'un aett, mais aussi les relations entre les différents aett. 

 

Un autre élément, que nous verrons surtout à la fin des présentations individuelles des runes, est la relation Futhark-Oding. C'est l'auteur Gerhard Heß qui eut une idée simple mais géniale: étant donné que les runes s'écrivaient dans les deux sens, tantôt de gauche à droite, tantôt de droite à gauche, il serait judicieux et logique d'analyser le symbolisme des runes selon les deux sens possibles de l'alphabet runique: en commençant par la rune Fehu (Fuþark) ou bien en commençant par la rune Othala (Oding). Nous pourrons constater que les deux systèmes runiques ont leur logique et leurs correspondances mythologiques. 

 

Et enfin un dernier point important à éclaircir. Il existe une autre invention moderne qui est très ancrée malheureusement dans les mentalités de nos jours: la fameuse histoire de la rune droite et de la rune à l'envers. Ceci n'est pas historique non plus. Les anciens utilisaient les runes dans tous les sens, sans que pour autant cela change la valeur symbolique de la rune. Cela est d'autant plus vrai que plusieurs runes se présentent de la même manière graphique, qu'elles soient à l'endroit ou bien à l'envers. Certaines runes ont une valeur absolue plus négative que positive, et d'autres le contraire. C'est donc le contexte de chaque rune qui fait qu'on peut parler de valeurs positives ou négatives, mais certainement pas le sens de la rune. Nauthiz qui a une connotation plutôt négative, peut selon le contexte de la formule runique invoquer le mauvais sort ou bien la protection contre le mauvais sort.

 

Cette introduction aux runes étant terminée, je vous invite donc à suivre les prochains articles qui traiteront les valeurs symboliques de chaque rune. Vos questions, vos commentaires, ou vos informations complémentaires, seront bien-sûr les bienvenus.

 

Hathuwolf Harson

 

Dimanche 16 Juillet 2017

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