Kenaz

La Magie du Feu...

Noms historiques de la rune dans les langues germaniques:

- en germanique commun: KENAZ, signifie "torche"

- en gothique: KUSMA, signifie "grosseur, inflammation"

- en anglo-saxon: CEN, (prononcer ken) signifie "torche"

- en norrois: KAUN, signifie "furoncle, blessure".

 

Dérivés lingüistiques:

- en allemand "Kienspan", signifie le bois de pin avec lequel on allume un feu.

- en viel islandais "Kynda", allumer un feu, enflammer

- en anglais "to kindle", allumer un feu, enflammer.

- en anglo-saxon "Cinan" (prononcer kinann) signifie couper du bois (pour le feu)

- en anglo-saxon "Cinu" (prononcer kinou) signifie encoche (faite dans le bois)

- en allemand "Kennen" signifie connaître

 

Tous ces mots semblent procéder de manière directe ou indirecte de la très ancienne racine indo-européenne *Kenk, qui veut dire "brûler". 

 

À la vue de ces étymologies, on peut affirmer sans doute aucun que la rune Kenaz est étroitement associée au feu. Il ne s'agit pas ici du feu céleste et solaire, mais de celui qui est maîtrisé par l'homme. Le feu maîtrisé est le mot-clé qui correspond au sens profond de cette rune. C'est le feu créé et dominé par l'homme, il est son outil et sa création. La flamme de la torche lui permet de voir dans l'obscurité. Elle illumine les endroits ténébreux qu'il ne pourrait pas voir sans elle. Dans son second degré, cette flamme représente la connaissance qui permet d'éclaircir les chemins obscurs de son destin. Elle permet d'ouvrir les yeux et de comprendre certains aspects cachés de la vie. 

 

Le feu de la rune Kenaz est aussi le feu interne, celui qui accompagne "l'anima" (l'âme en latin). Ce feu est celui qui fait grandir l'esprit d'une personne et lui fait atteindre de nouveaux états de conscience. Il est une flamme qui s'élance vers les hauteurs pour animer et stimuler le côté supérieur de l'être. L'esprit qui fut éveillé par Ansuz, mis en mouvement par Raido, est maintenant invité à se réaliser dans sa partie la plus pure par une intense activité créatrice. Cette créativité peut s'exercer dans bien des domaines, artisitque, manuel, intellectuel, philosophique, scientifique, ou religieux, mais ce sera toujours avec l'idée d'un esprit averti qui domine son sujet et qui à partir de ses connaissances et son expérience possède le pouvoir de transformer quelque chose afin de découvrir un état supérieur, celui de la relation entre créateur et objet crée par exemple. Dans ce contexte au niveau mythologique, à la rune Kenaz on peut associer Wieland (Völund) le forgeron. Comme tous les forgerons divins ou semi-divins des panthéons indo-européens, il est celui qui possède la connaissance du feu sacré et il est celui qui le maîtrise pour transformer une matière brute en un objet nouveau. Cette image du forgeron divin remonte très certainement à l'âge du bronze. Et ce n'est pas un hasard si les forgerons Wieland et Héphaïstos partagent un autre point commun: une infirmité. La rune nous donne la clé de ce mystère.

 

Comme nous l'avons vu pour le symbolisme du feu (voir lien à la fin), la rune Kenaz peut aussi avoir des effets secondaires peu souhaitables. Les noms gothique et norrois de la rune nous mettent sur la voie de cet aspect destructeur. Ces noms se rapportent d'ailleurs tous à un aspect que nous appellerons "médical". Les termes de "furoncle, inflammation, ou blessure" nous renvoient directement aux conséquences possibles dûes à un mauvais contrôle du feu de la rune. Le feu interne doit être maîtrisé sinon il dévore depuis l'intérieur et cause les pires dégâts sur la santé d'une personne. Les inflammations cutannées ou la fièvre sont là pour rappeler que le feu est également une force destructrice. Ce pouvoir de destruction est aussi révélé par les blessures de guerre. Chaque plaie d'une blessure était vue comme un feu dévorant le corps du blessé. 

 

Un autre mot anglo-saxon nous dévoile un aspect supplémentaire líé à la rune, c'est le mot très guerrier "Cene" qui signifie féroce, brave, audacieux. Ces notions pourraient bien représenter les conditions nécessaires pour gagner la maîtrise du feu de Kenaz. D'autres conditions pour contrôler ce feu se retrouvent dans l'anglais "keen" qui veut dire passionné, vif, pénétrant, assidu. L'allemand "kühn" vient complémenter ces aspects cachés de la rune, ce mot se traduit en effet par audacieux, téméraire, osé. 

 

Comme dirait Nietzsche, les runes sont "au delà du bien et du mal", car bien des éléments liés à des inscriptions runiques et des sources littéraires anciennes, démontrent que le pouvoir de la rune Kenaz était utilisé aussi bien pour créer que pour détruire. En magie runique et surtout dans les pratiques liées au Seidr (le chamansime nordique), Kenaz est la rune qu'on utilsait sur le plan médical. Selon comment elle était invoquée, son feu pouvait servir à tuer une maladie, en attaquant celle-ci aux racines, ou bien pouvait permettre au cours d'une malédiction de générer une maladie. 

 

On pourrait conclure ici en disant que, comme pour toutes les runes possédant un double aspect, Kenaz est à manipuler avec précaution.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "Nordic Magic Healing, Healing Galdr, Healing Runes", Yves Kodratoff
  • "ALU an advanced guide to operative runology", Edred Thorsson
  • "Runen", Wolfgang Krause
  • "Oding-Wizzod, Gottesgesetz und Botschaft der Runen", Gerhard Heß
  • "BA-Ba des Runes", Anne-Laure et Arnaud d'Appremont
  • "Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie", Jan Fries

 

Lien :

  • Symbolisme du feu: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=275458229259659&set=a.232402220231927.1073741829.230064080465741&type=3&theater

 

Jeudi 20 Juillet 2017