Hagalaz

Destruction et Renouveau...

Tout d'abord voici les noms historiques de la rune dans les langues germaniques:

- en germanique commun: HAGALAZ, signifie la "grêle".

- en gothique: HAGL, signifie la "grêle".

- en anglo-saxon: HAEGL, signifie la "grêle".

- en norrois: HAGALL, signifie la "grêle".

 

Dérivés lingüistiques:

- en norvégien HAGL, la grêle.

- en suédois HAGEL, la grêle

- en allemand HAGEL, la grêle

- en anglais HAIL, la grêle

 

Tous ces mots viennent de l'indo-européen *KAGHLO- qui se traduit par "grêle". 

 

Depuis Guido von List au 19è siècle, de nombreuses interprétations ont été données pour cette rune. Elles partent dans toutes les directions et relèvent bien souvent d'arguments sans fondement. Les inscriptions runiques historiques sont l'élément qui va nous mettre sur la bonne voie. Mais pour commencer, on peut constater d'entrée que tous les systèmes runiques s'accordent sur une seule et même traduction: celle de la grêle. C'est donc bien sur cette notion de grêle qu'il faut se concentrer. Quel est alors le symbolisme qui se rattache à la grêle?

 

L'aspect principal et fondamental de la grêle est celui de la destruction. La grêle cause de grandes destructions dans le domaine agricole, surtout durant la période qui précède les récoltes. Les constructions humaines sont elles aussi exposées aux forces destructrices de la grêle. Cette notion de destruction dans le cadre de la rune Hagalaz, est très étroitement liée à l'idée de catastrophe naturelle. Que ce soit la grêle, une innondation ou un blizzard, toute force destructirce qui relève d'une catastrophe naturelle est régie par le pouvoir de la rune Hagalaz. Ce pouvoir hautement destructeur de Hagalaz a très bien survécu dans les langues modernes germaniques et latines. En français par exemple pour exprimer l'idée d'une chute dense de projectiles ennemis, on parle d'une "grêle de flèches". En anglais moderne la même notion s'applique aux balles tirées par des armes à feu avec l'expression "a hail of bullets". 

 

Plusieurs inscriptions runiques historiques nous montrent comment était utilisé le pouvoir de destruction de la rune Hagalaz (voir liens à la fin pour les inscriptions runiques détaillées). C'est le cas par exemple de l'inscription runique de Thorsberg au Danemark qui fut trouvée sur un bouclier daté vers 200 de notre ère (à droite en bas sur la photo). Les runes se lisent AISG(A)R H. Il faut remarquer ici la position isolée de Hagalaz, ce qui est une indication pour un emploi magique de la rune. L'inscription se traduit par "chercheur de grêle", mot magique qui vise avant tout la protection contre la grêle de flèches tirées par les ennemis. Cette inscription runique nous rappelle d'ailleurs au passage que rien dans le paganisme n'est absolument négatif ou absolument positif. La même rune peut être employée pour détruire ou bien pour se protéger contre la destruction. Tout dépend de ce que l'on "met" dans la rune. L'inscription runique des Vandales de Neubrücken est elle aussi intéressante car elle présente une variante primitive de la rune Hagalaz. L'inscription runique du Weserknochen remet elle aussi en avant le pouvoir d'anéantissement lié à la rune Hagalaz. Il est dans ce cas employé pour appeler le malheur sur quelqu'un. Et pour finir il existe la célèbre inscription runique de la lance de Kragehul où le message magique est clair et net: une partie de l'inscription se traduit par "La grêle aveuglante je consacre à cette lance". Dans ce cas aussi on utilise le pouvoir destructeur de la rune Hagalaz afin de donner une force supranaturelle à une arme. 

 

Dans ce contexte on a tenté de rapprocher la rune Hagalaz des mots Hel ou Hár. Pour le mot Hel, qui désigne aussi bien la Déesse des morts que son royaume, il semble y avoir un lien possible et probable. L'aspect anéantissement de la rune correspond plutôt bien au pouvoir de Hel. Par contre le rapprochement avec Hár, mot qui signifie le "très-haut" et qui désigne le Dieu Odin, est beaucoup moins probable.

 

Comme nous l'avons vu un peu plus haut, rien n'est jamais complètement mauvais. Cette notion aux antipodes de l'absolutisme judéo-chrétien, est très bien illustrée par la grêle. Après la destrcution première causée par la grêle dans les champs, la grêle fond, et se transforme en eau. C'est cette eau qui va donc nourir le champ après l'avoir détruit. Cette eau porte en elle les germes d'une renaissance et d'un renouveau qui permettra à une nouvelle vie d'éclore. Cette idée importante de renouveau se retrouve dans l'aspect de "grain" qui est lié à celui de la grêle. Le grain, tout comme l'oeuf, est un symbole de renouvellement et d'une nouvelle vie en gestation. Si on couche à l'horizontal Hagalaz, le graphisme archaïque de la rune H (voir au centre de la photo) rappelle la grêle ou la pluie qui tombe du ciel sur la terre. Par contre le graphisme de Hagalaz dans les versions des Futhark récents, nous renvoie à celui des cristaux de neige (voir photo en haut sur la droite). Cette similitude graphique n'est bien-sûr pas dûe au hasard. La neige et la grêle ont en commun le fait qu'elles apportent avec elles un processus de transformation qui se traduit par une destruction et un renouvellement. La neige qui couvre la nature plonge la terre dans son sommeil hivernal, elle la transforme pour la laisser dans un état de mort apparente. C'est ainsi que tout meurt avec la neige. Mais ici aussi c'est cette même neige qui, en fondant, viendra alimenter la terre. Tout en étant assoicée à l'idée de mort, elle participe au processus de renaissance du cycle vital. 

Le deuxième indice qui nous permet d'inscrire la rune Hagalaz dans la symbolique du renouveau, est sa position au sein du Futhark. Hagalaz se trouve en effet à la place de la 1è rune du second Aett, et de la 9è rune du futhark. C'est deux chiffres symboliques se rejoignent dans la conception liée au "début d'un nouveau cycle". Le 1 est ce qui est au début de toute chose, ce qui initie une nouvelle phase. Le 9, comme nous l'avons déjà vu à maintes reprises, est un chiffre sacré dans la mythologie germano-nordique. Il est intimement connecté à la conception de re-nouveau. Les dérivés lingüistiques de nos langues modernes en sont la meilleure preuve, car on y retrouve de manière très précise ce parallélisme entre le chiffre 9 et la notion de "nouveau":

- en français: 9 (neuf) et Neuf (nouveau)

- en allemand: 9 (neun) et Neu (nouveau)

- en anglais: 9 (nine) et New (nouveau)

- en italien: 9 (nove) et Nove (nouveau)

- en espagnol: 9 (nueve) et Nuevo (nouveau)

- en norvégien: 9 (ni) et Ny (nouveau)

- en breton: 9 (nav) et Nevez (nouveau).

 

Cependant, même si Hagalaz annonce une future renaissance des forces vives, elle reste avant tout une de ces runes particulières qu'il faut savoir manipuler avec précaution, car comme nous l'avons vu ici, cette rune de l'hiver fut employée en magie runique surtout pour son terrible pouvoir de destruction. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • "ALU an advanced guide to operative runology", Edred Thorsson
  • "Runen", Wolfgang Krause
  • "Heilige Runen, Zauberzeichen des Nordens", Géza Von Neményi
  • "BA-Ba des Runes", Anne-Laure et Arnaud d'Appremont
  • "Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie", Jan Fries
  • "Die Blätter von Yggdrasil", Freya Aswynn

 

Liens :

  • Inscription runique de Thorsberg: http://runer.ku.dk/VisGenstand.aspx?Titel=Torsbjerg-skjoldbule
  • Inscription runique de Neubrücken:https://www.facebook.com/photo.php?fbid=239048529567296&set=a.305430292929119.1073741839.230064080465741&type=3&theater
  • Inscription runique du Weserknochen:https://www.facebook.com/photo.php?fbid=256048464533969&set=a.305430292929119.1073741839.230064080465741&type=3&theater
  • Inscription runique de la lance de Kragehul:https://www.facebook.com/photo.php?fbid=232847403520742&set=a.305430292929119.1073741839.230064080465741&type=3&theater
  • Symbolisme du chiffre 9 dans les mythes nordiques: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=267494656722683&set=a.305926009546214.1073741844.230064080465741&type=3&theater

 

Dimanche 25 Mars 2018