Eihwaz

Symbolisme de l'If...

Noms de la rune dans les langues germaniques:

  • En germanique commun: EIHWAZ (prononcer “aïvah”), signifie IF.
  • En gothique: EIHWAS, signifie IF.
  • En anglo-saxon: EOH, signifie IF.
  • En norrois: IHWAR, signifie IF.

 

Dérivés lingüistiques:

  • En vieil-haut-allemand: IRRE, IRR, signifie “confus, perdu”.
  • En anglo-saxon: IERRE, YRRE, “excité, énervant, confus”.
  • En vieil-haut-allemand: IWA, “rougeâtre, coloré”.
  • En anglo-saxon: IW, “rougeâtre, coloré”.
  • En norrois: YR, “rougeâtre, coloré”.
  • En anglais: YEW, “IF”.
  • En allemand: EIBE, “IF”.

Ces termes viennent de la racine indo-européenne *ei, qui signifie “rougeâtre”.

 

L’IF est un arbre dont le bois possède une couleur tirant sur le rouge, d’où les étymologies faisant référence à la couleur rougeâtre. Les baies de cet arbre ont elles aussi une couleur rouge, ce qui renforce l’étymologie du nom Eihwaz. Le bois de l’IF a la particularité d’être dur à l’extérieur et flexible à l’intérieur, il fut le bois idéal pour fabriquer des arcs. Flexibilité et résistance sont les définitions de ce bois, et donc les deux premiers mots-clés pour définir la rune Eihwaz. L’arc lui aussi nous donne de bonnes indications, car c’est une arme qui demande de la dextérité, de la précision, et pour laquelle il n’est pas nécessaire d’être spécialement fort. L’arc permet d’utiliser la ruse afin d’atteindre sa proie ou son ennemi. Ceci est très bien illustré par le passage mythologique où le Dieu solaire Balder est tué par une flèche tirée par Hödr et dirigée par le fourbe Loki. La géante Skadi dont les domaines sont la chasse et la montagne hivernale, possède elle aussi un arc. Mais c’est principalement au Dieu hivernal Ullr que l’on associe l’arc en bois d’IF. Ce Dieu qui est souvent représenté avec des skis, est celui qui exprime toute la force de la saison morte qu’est l’hiver. La forme de l’arc quant à elle, nous renvoie à l’image d’un croissant de lune, ce qui nous plonge évidemment dans le symbolisme lunaire lié aux forces de fécondité et de miroir de la lumière solaire.

 

La rune Eihwaz est précisément intimement connectée aux forces hivernales. L’IF, tout comme notre cher sapin de noël, a une valeur symbolique très importante : c’est un arbre « toujours vert », un « ever green ». Alors que la plupart des arbres perdent leurs couleurs et leurs feuilles en hiver, l’IF reste toujours vert. Cela fait de lui un symbole de la vie qui perdure au travers de l’hiver, la vie qui ne meurt pas. L’IF devient ainsi une image de l’immortalité, il est l’espoir de la vie qui renaît au delà du solstice d’hiver, il est la vie après la mort. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si les vallées dans lesquelles reviendra la vie après le Ragnarök, se nomment Ydalir (les vallées des Ifs). 

 

L’IF nous rappelle aussi le symbolisme lié à l’arbre du monde, Yggdrasil. Cet axis mundi de la mythologie germano-nordique, est le pilier central autour duquel se trouvent les neuf mondes. Il est la colonne vertébrale du multivers. Il est lui aussi un symbole de résistance et de solidité. Jera, la rune précédente dans le Futhark, exprime la grande transition annuelle et insiste fortement sur la notion de mouvement perpétuel, car son dynamisme est très puissant, à tel point qu’il pourrait partir dans tous les sens. C’est donc la rune Eihwaz qui vient fixer et donner une orientation à ce dynamisme libéré par Jera. Eihwaz stabilise les énergies en mouvement. Son graphisme est basé sur un axe vertical marqué par deux éléments de transition entre passé et futur. Eihwaz les concentre vers un point central. Ces deux runes se trouvent de manière délibérée au centre même de l’alphabet runique, le Futhark, elles sont ainsi la charnière entre deux phases cycliques. 

 

L’arbre du monde Yggdrasil est aussi l’endroit où le Dieu Odin se sacrifia afin d’accomplir son initiation et sa quête de la connaissance. C’est le long de cet axe du monde que l’on peut se déplacer entre les différents mondes, il est donc idéal pour les voyages chamaniques. Bien des éléments porteraient à croire que les baies de l’IF furent utilisées par les chamanes afin de favoriser la transe nécessaire pour se rendre dans le monde des Esprits. Car en effet, le professeur Kukowka de l’université de Greiz en Allemagne a pu démontrer que les baies de cet arbre possèdent des vertus hallucinogènes. Lorsqu’il fait chaud par exemple, ces fruits rouges dégagent un gaz qui provoque de véritables transes. La rune Eihwaz est donc à ce niveau un centre de communication entre les neuf mondes, elle met en relation les divers états de la conscience humaine et divine. C’est une rune qui permet un retour sur soi, et de bien saisir tout ce qui compose une personnalité propre. Elle favorise l’introspection et l’auto-analyse. Une certaine maîtrise de soi conjuguée à une forte stabilité intérieure, sont nécessaires pour toute pratique chamanique. La prudence est de mise. Ceci nous est d’ailleurs rappelé par les baies de l’IF, car elles sont hautement toxiques si on les ingère. 

 

Cette toxicité des fruits de l’IF peut mener à la mort. Ceci relie l’IF au symbolisme de la mort représentée par la saison hivernale, saison à laquelle est associée la rune Eihwaz. C’est pour cette raison que l’on retrouve souvent en Europe un IF planté près d’un cimetière. Mais comme nous l’avons vu au début, au-delà de cette mort se trouve la renaissance cyclique. C’est le principe de la « petite mort », la mort initiatique. Après une initiation comme celle que reçut le Dieu Odin, on renaît à une nouvelle vie, une nouvelle phase de l’existence, et un autre état de conscience. 

 

En magie runique, le bois d’IF est fréquemment utilisé. Ceci permet d’invoquer les forces liées à la rune Eihwaz. C’est le cas par exemple de l’inscription runique de Garbolle (voir lien à la fin). Invoquer Eihwaz permet de stabiliser les énergies sur lesquelles on travaille. C’est ainsi qu’on jetait une baguette d’IF par dessus bord afin de calmer une tempête en mer. Tout mouvement incontrôlé peut donc être maîtrisé par la force de la rune Eihwaz. Cette rune est également celle qu’on utilise pour faire fuir les mauvais Esprits ou les Elfes mal intentionnés. Pour cela on gravait la rune sur un bout d’IF que l’on plaçait à l’entrée d’une maison ou bien à l’entrée même d’un endroit réputé pour abriter des Elfes ou des Nains. Cette coutume survécut longtemps car on la retrouvait encore il y a peu sous la forme suivante : on plaçait un bout de bois d’IF dans la cave, la cuisine, les chambres, et la grange, en récitant la formule « Vor den Eiben kann kein Zauber bleiben » (Face aux Ifs ne peut rester aucune magie). Cette coutume comme celle de porter un morceau d’IF en amulette permettait de se protéger contre tout type de malédiction ou de mauvais oeil. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources : 

  • « Runes » B.A.-BA, Anne-Laure et Arnaud d’Apremont
  • « Heilge Runen », Géza Von Neményi
  • « ALU, an advanced guide to operative runology », Edred Thorsson
  • « Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie », Jan Fries
  • Dictionnaire des Symboles

Dimanche 25 Mars 2018