Ansuz

La Rune du Dieu Wodan - Óðinn...

(Prononcer "annsouz")

 

Noms historiques de la rune:

- en germanique commun: ANSUZ, signifie l'Ase, le Dieu

- en gothique: ANSUS, signifie l'ancêtre, le Dieu Ase

- en anglo-saxon: ÓS, signifie la bouche, le Dieu Ase

- en norrois: ÁSS, signifie le Dieu Ase

ÓSS, signifie l'estuaire.

 

Le terme gothique fait référence aux ancêtres et à la lignée qui unit ces derniers aux Dieux. C'est pour cela qu'il existe en gothique cette connexion de vocabulaire entre ancêtres et Dieux. Le terme Ansuz renvoie directement à la notion du dieu Ase. Les Aesir sont les Dieux solaires et guerriers du panthéon germano-nordique. Le principal Dieu Ase du panthéon nordique est le Dieu Odin et nous allons voir que c'est bien ce Dieu en particulier qui est désigné par la rune Ansuz.

 

Le terme germano-nordique "Ase" a des connections avec d'autres panthéons indo-européens: Asura (indo-aryen), Ahura (irano-aryen). Ces termes désignent des Divinités solaires. Asu en védique (indo-aryen) et ahu en indo-iranien ont un lien avec le "souffle vital". Le terme indo-européen hánsus* traduit l'idée de roi, seigneur, anciens Dieux. En latin "anima" signifie le vent mais aussi le souffle vital et l'esprit. En indo-iranien, Asa est un esprit sacré, une force cosmique, qui apporte santé et puissance à l'esprit. Le terme Ase a même survécu dans la langue française avec le mot AS, un as des cartes à jouer. Ce n'est pas pour rien que cette carte est la plus forte, tout comme les Ases sont la plus grande famille des Dieux. D'autres variantes relient le nom "Ase" aux mots Ask (vieil-haut-allemand), Aesc (anglo-saxon), et Askr (norrois), termes qui désignent un arbre: le frêne. 

 

Toutes ces correspondances étymologiques nous permettent de cerner le profil du dieu Ase en question: c'est bien du Dieu Odin dont il est question ici. Le poème runique islandais du moyen-âge ne laisse d'ailleurs pas de place au doute lorsqu'il définit la rune de la manière suivante: 

 

Óss er aldingautr Oss est le vieux créateur,

ok ásgarðs jöfurr Et le roi d’Ásgard,

ok valhallar vísi. Et le seigneur du Valhöll.

 

Voyons maintenant en détail ces diverses correspondances étymologiques:

- la bouche: Odin est entre autres le Dieu de la magie, il connaît les pratiques du Seidr et celles des Galdr. La magie reposant sur les Galdr est justement celle qui s'exerce par la vibration des sons liés à certaines formules runiques et autres incantations. La prononciation de certains mots ou de certaines runes génère une action créatrice par les sons qui émanent de la bouche du magicien. 

- l'estuaire: la jonction entre un fleuve et l'océan possède une symbolique bien précise dans les traditions païennes du nord. C'est le point de départ d'un grand voyage, on quitte ses terres vers des horizons inconnus. Ce voyage est bien-sûr très étroitement lié au voyage du chamane pratiquant le Seidr, c'est le moment où son esprit quitte son corps pour atteindre d'autres niveaux de conscience. On retrouve là encore le Dieu Odin et la magie du Seidr dont il est un habitué.

- le souffle vital: ceci nous renvoie directement à l'épisode des origines lorsque le Dieu Odin et ses deux frères Vili et Vé (des hypostases du Dieu Odin), forment le premier couple d'êtres humains. Ces premiers hommes deviennent réellement viviants qu'après avoir reçu l'önd, le souffle vital du dieu Odin. Un des deux premiers humains se nomme Ask (le frêne).

- le frêne: cet arbre fait directement référence à l'arbre cosmique auquel le Dieu Odin est pendu pendant 9 jours et 9 nuits afin d'acquérir la connaissance magique des runes. Dans le Futhork anglo-saxon, le graphisme de la rune du frêne (Aesc) rappelle fortement celui de la rune Ansuz ; ceci n'est pas non plus dû au hasard.

 

Dans les pratiques magico-religieuses runiques, la rune Ansuz est utilisée pour invoquer le Dieu Wodan-Odin et ses pouvoirs divins liés à la magie des Galdr. Un bel exemple historique est celui de l'amulette de Lindholm (voir lien à la fin). En invoquant le Dieu, on fait également appel aux divers aspects de Wodan-Odin (et ils sont nombreux): la sagesse, la connaissance, l'initiation aux secrets, les forces du destin, la victoire par rituel magico-religieux lors d'une guerre, l'inspiration de l'esprit, la poésie, etc... Il faut d'ailleurs à ce propos souligner un point important qui est celui de la différence entre les termes "savoir" et "connaissance". Le mot-clé lié à la rune est celui de la "connaissance" car intellectuellement parlant, il implique un état actif, on va vers la connaissance, on est partie intégrante d'un processus pour acquérir la sagesse, on apprend en analysant et en pratiquant, on accumule ainsi de l'expérience propre sur la voie de la sagesse. Le "savoir" quant-à lui reflète une idée passive, l'élève ne s'exerce pas sur la voie de la sagesse, il la reçoit d'autrui sans passer par aucune voie expérimentale propre.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • - "Les religions de l'Europe du nord, Eddas-Saggas-Hymnes chamaniques", Régis Boyer
  • - "ALU an advanced guide to operative runology", Edred Thorsson
  • - "Runen", Wolfgang Krause
  • - "Oding-Wizzod, Gottesgesetz und Botschaft der Runen", Gerhard Heß
  • - "BA-Ba des Runes", Anne-Laure et Arnaud d'Appremont
  • - "Helrunar, ein Handbuch der Runenmagie", Jan Fries
  • - "L'importance de l'anatolien en poétique indo-européenne", Didier Calin

 

Lien :

  • Amulette runique de Lindholm 
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=292306624241486&set=pb.230064080465741.-2207520000.1378182833.&type=3&theater

 

Jeudi 20 Juillet 2017