Yarilo

Joie et Printemps...

L'évêque catholique de Poméranie dans le Nord-Est de l'Allemagne, Otto von Bamberg, s'était donné pour mission la christianisation de peuples slaves qui vénéraient encore leurs anciens Dieux. Parmi ses nombreuses actions criminelles au nom de son dieu et de sa bible, il fit détruire en 1128 de notre ère le temple païen du Dieu Yarilo à Wolgast. Les chroniqueurs de l'époque racontent que durant cette destruction, les chrétiens durent prendre la fuite car les païens devinrent menaçants. Un missionnaire se cacha cependant dans le temple païen. Il prit le bouclier qui se trouvait sur l'autel, et lorsqu'il sortit du temple, les païens prirent peur car ce bouclier était consacré à leur Dieu Yarilo. C'est ainsi que le missionnaire chrétien put lui aussi prendre la fuite.

 

Il semblerait que cette oeuvre de destruction typiquement chrétienne n'ait pas eu les effets escomptés étant donné qu'au 18è siècle on vénérait encore le Dieu Yarilo. Ce fut l'évêque orthodoxe de Voronège, un certain Monseigneur Tikhon, qui dut prendre des ordonnances très rigourouses contre les habitants de son diocèse qui s'adonnaient au culte "idolâtre" de Yarilo. Durant ses sermons il condamna violemment tous ceux qui "s'adonnaient aux réjouissances et aux jeux sataniques" qui duraient plusieurs jours en l'honneur de la vieille idole païenne Yarilo. Le culte à ce Dieu était tellement enraciné parmi certains peuples slaves que toute la haine des chrétiens ne suffit pas à le faire disparaître. Et de nos jours nous pouvons constater avec satisfaction que son culte n'est pas mort et qu'il renaît de plus belle.

 

Le nom du Dieu connait plusieurs variantes: Jarilo (Ярило en russe), Jarilo, Jarovit, Gerovit, Jarylo. Son nom vient de la racine slave Jar/Yar, qui elle-même vient de l'indo-européen *yer-, *yera. C'est cette même racine indo-européenne que l'on retrouve dans le nom de la rune germanique Jera, ou encore dans le mot anglais the Year ou en allemand das Jahr. L'étymologie du nom de Yarilo renvoie ainsi au concept de la bonne année et plus particulièrement du printemps. Ce mot s'inscrit complètement dans le concept très païen du renouvellement cyclique annuel lié au printemps. 

 

L'adjectif "yary" veut dire "ardent, passionné, déchaîné". D'un autre côté on dit "yarovoï" quand on parle du blé semé au printemps. Ces étymologies sont très instructives car elles nous renseignent bien sur le profil originel du Dieu Yarilo. Il est ainsi un Dieu du printemps, du renouveau cyclique, de la fertilité, de l'ardente passion, élément incontournable pour un Dieu de la fécondité.

 

Les mythes populaires slaves décrivent le Dieu Yarilo comme jeune et beau, vêtu d'un manteau blanc, montant un cheval blanc. Il porte sur la tête une couronne de fleurs des champs. Dans sa main gauche il tient une poignée d'épis de blé, et ses pieds sont nus. Toute cette description relève bien-sûr d'une symbolique profonde qui nous met en relation directe avec les caractéristiques du Dieu lui-même. Les pieds nus sont une figuration du lien étroit entre Yarilo et les forces chtoniennes, entre le Dieu et la fertilité de la Terre dont il est une émanation. Le fait qu'il soit jeune et beau reflète l'aspect renouvelé et régénéré du printemps. La couleur blanche symbolise la pureté de la lumière, ce qui nous renvoie à l'aspect solaire et céleste du Dieu. Le blé confirme au niveau symbolique le lien entre fertilité et cycle solaire. Pour la couronne de fleurs, il est évident qu'elle est un hymne à la renaissance du printemps. 

 

Selon une tentative de reconstruction du mythe originel de Yarilo, ce Dieu serait le fils du Dieu Perún, son dixième fils perdu qui est né la dernière nuit de Février, la nuit de la nouvelle année cyclique. Cette même nuit, Yarilo fut volé à son père, et emporté au royaume des morts. où il fut adopté par le Dieu Vélès. De là il revint pour apporter à toute la végétation la renaissance promise pour le renouveau printannier. 

 

Au 19è siècle, en Biélorussie, les jeunes villageoises se réunissaient pour élire la plus belle, qu'on habillait de vêtements blancs du Dieu Yarilo, qu'on couronnait de fleurs et qu'on faisait monter sur un cheval blanc. Autour de l'élue se formait un choeur nommé Khorovode, ainsi qu'un long cercle dansant de jeunes filles qui étaient couronnées de fleurs fraîches. La fête était célébrée sur les champs fraîchement ensemencés en présence des vieux et des vieilles du village. Le Khorovode clamait une chanson qui glorifiait les bienfaits du Dieu Yarilo:

 

"Là où il pose son pied,

Le blé pousse en montagne;

Là où il jette son regard,

Les épis fleurissent..."

 

Hathuwolf Harson.

 

Sources :

 

Samedi 25 Novembre 2017