Pilier du Monde et Clou de l'Univers

Ordre Vs. Anarchie...

Dans toutes les traditions païennes d’origine indo-européenne existe le mythe du pilier du monde, l’axis mundi. Cette colonne cosmique est représentée de diverses façons selon les traditions. Elle symbolise l’axe central sacré qui soutient l’univers. C’est le pilier qui maintient l’ordre universel, qui le stabilise, et qui connecte les différents mondes entre eux. C’est par cet axe que chamanes et Dieux voyagent d’un monde à l’autre. Dans la tradition germanique, ce pilier universel est représenté par l’arbre cosmique Irminsul qui est lié au Dieu Tiwaz. Dans la tradition nordique c’est l’arbre Yggdrasil lié au Dieu Óðin. 

 

Dans la tradition romaine, objet de notre article ici, cet axis mundi était, tout comme dans la tradition germanique, lié au Dieu suprême, le Dieu Jupiter. Son nom exact dans ce cas était Jupiter Tigillus parce que «symboliquement, une poutre de bois assure la cohésion et le support de l’univers» (Iupiter Tigillus…quod tanquam tigillus mundum contineret ac sustineret). La plus haute Divinité du panthéon est donc toujours celle qui s’associe avec la colonne cosmique, soutien de l’ordre. C’est de cet ordre cosmique justement dont sont responsables les grands Dieux ouraniens, ordre qu’ils défendent contre le chaos des forces primitives et/ou infernales. Il faut à ce niveau tout de même préciser que dans la tradition païenne des Romains, le mythe du pilier cosmique s’était pas mal perdu, et le souvenir de ce dernier s’était estompé avec le temps. Mais des traces en subsistaient comme les colonnes de Jupiter ou le nom de Jupiter Tigillus. Dans la littérature latine païenne, la colonne de l’univers n’est pour ainsi dire jamais mentionnée, si ce n’est dans des expressions proverbiales comme lorsqu’Horace parle de «stantem columnam» (une colonne dressée) exprimant par là le concept d’un ordre naturel des choses. Quand les Romains parlaient du chef de famille, le père du clan, ils le désignaient par le terme de «pilier de famille», notion qui recoupe parfaitement celle du Dieu suprême lié à l’axe du monde. Au même titre, on désignait le dirigeant suprême par l’expression de «pilier de l’état», ce qui se comprend comme «garant de l’ordre de la nation». Ceci nous rappelle d’ailleurs au passage que, contrairement aux délires modernes de certains néo-païens universalistes qui se plaisent à tout mélanger et à croire que le paganisme serait la porte ouverte à l’anarchie, le paganisme traditionnel se veut avant tout garant de l’ordre, car l’ordre est un élément incontournable de toute mythologie. 

 

Dans la tradition païenne de Rome, un autre élément nous renvoie à cette notion d’axis mundi garant de l’ordre universel. C’est celui du clou. Le clou avait ici la même fonction qu’un pilier ou une colonne, ce qui, graphiquement parlant, se comprend assez aisément. Chaque année durant les Ides de Septembre, un clou était planté dans le temple du capitole par le plus haut représentant de l’état romain. Pendant l’époque républicaine, c’était le consul qui effectuait ce rite. Plus tard, pendant la dictature impériale, le rôle revenait au dictateur lui-même, car comme le Dieu suprême, il était le dignitaire suprême du monde des hommes. Nous retrouvons ici encore une fois une compatibilité absolue entre «fascisme» antique et paganisme. Le clou planté par le dictateur était censé avoir un effet expiatoire et apaisant, tout en garantissant l’ordre universel. La fin d’une épidémie par exemple était reliée directement à la magie rituelle de ce clou planté dans le capitole. 

Cette tradition romaine du clou lié à l’axe universel se retrouve aussi dans la tradition nordique avec la coutume du Reginnagli, le «clou de la Divinité». Cette coutume consistait à enfoncer un clou dans le fût d’une haute colonne sacrée, élément qui est confirmé par un autre terme nordique, le Veraldarnagli, le «clou de l’univers». 

 

Hathuwolf Harson

 

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Mercredi 29 Novembre 2017