Cosmogonie

Le Chaos, la profondeur béante (Partie 1)

Il existe plusieurs interprétations des textes, la plus connue étant la "Théogonie"* un poème du poète Grec Hésiode, qui vécut 8 siècles avant notre ère.

Cet ouvrage, écrit en hexamètres dactyliques*, est le plus ancien poème religieux grec et explique la cosmogonie c’est-à-dire la construction de la généalogie des Divinités Grecques en se basant sur les nombreuses croyances populaires. Car les Grecs croyaient en de nombreux Dieux. La religion grecque est une religion polythéiste fondée sur des rituels pratiqués en communauté, mais elle ne repose pas sur des textes sacrés ou sur des dogmes. Il n'existe pas de littérature proprement religieuse car en Grèce Antique, il n'y a pas de distinction tranchée entre les évènements relevant du mythe et les évènements historiques. Certaines chronologies figurantes sur des gravures en marbre, font parfois se succéder dans une même continuité des faits historiques et mythologiques. Les livres concernant la mythologie grecque comme la Théogonie d'Hésiode et l'Odyssée d'Homère ne sont donc pas des textes sacrés : ce sont des œuvres littéraires proposant une vision parmi d'autres de la Création du Monde et des généalogies Divines. Ces œuvres ne proposent pas de dicter tout ce qu'il faudrait obligatoirement croire, ces textes n'ont pas pour but de dicter les préceptes de la religion grecque. C'est avec la diffusion des pratiques religieuses que s'est diffusée la religion et la littérature la concernant, contrairement au Christianisme et à l'Islam dont la religion a été aidée par des textes sacrés visant à en populariser les pratiques tel que le Ramadan ou la Carême. La Théogonie d'Hésiode est une œuvre littéraire qui joue un rôle fondateur dans l'élaboration de la mythologie grecque, Hésiode était un poète grec du 8ème siècle avant notre ère. L'histoire des premiers Dieux Grecs telle qu'elle est contée dans la Théogonie d'Hésiode ne propose pas d'hypothèse sur l'origine de l'Univers. Elle relate, depuis l'apparition du Chaos jusqu'à l'accession de Zeus au statut de premier des Dieux, une implacable lutte pour le pouvoir, et représente une généalogie des Dieux et des forces naturelles Cette vision d'une transition conflictuelle entre le désordre primitif et le monde hiérarchisé des Dieux, tous personnifiés et dotés d'attributions individuelles, est basé sur la religion des Grecs anciens. Dès le début de ce récit, Hésiode énumère les éléments primordiaux : La Terre, Le Ciel étoilé, les Hautes Montagnes, et la Mer.

 

Au tout début régnait le Chaos, le désordre, puis plusieurs générations divines se sont succédées. Les Grecs faisaient d'un principe abstrait, le Chaos, l'origine première des forces naturelles. Selon Hésiode, le monde fut créé ex vacuo, c’est-à-dire à partir d'un état préexistant, le "Vide", et non pas ex-nihilo, à partir de rien comme dans le judéo-christianisme. Chaos désigne ce vide, une profondeur béante, une faille tri-dimensionnelle tel un trou noir, cet état de vide précède l'origine des Dieux, mais aussi celle du monde. Cela n’est pas sans rappeler le Ginungagap de la tradition germano-nordique.

 

Du Chaos est engendré Gaïa, aussi appelée Gé, (la Terre-Mère), Éros (le désir, la Pulsion de Vie), et Tartare (Abîme insondable, le prémisse de l'Enfer en opposition à Gaïa). Gaïa est une Déesse primordiale identifiée à la Déesse-Mère. Elle est l'ancêtre des races Divines, mais enfante aussi de nombreuses autres créatures. Elle apparait en outre comme une Divinité chtonienne. Gaïa, formé de la racine "gá" (prononcez "ga") dans le dialecte dorien, signifie "Terre". Le suffixe aia vient probablement du mot avia, qui en latin veut dire la "Déesse-mère".

 

Suite à la Terre et l'Enfer, Érèbe (les Ténèbres des Enfers) et Nyx (la Nuit, les Ténèbres de la Terre) émergent de Chaos, et c'est plus tard encore que naîtront l'Éther et le Jour, fruits des amours de Nyx et d'Érèbe.

On remarque donc que le monde a été créé dans un environnement sinistre. Cette naissance à partir du vide absolu qui engendre le monde pourrait être considérée comme une métaphore de ce qu'on appelle le Big-Bang, mais la religion grecque remontant à plusieurs siècles avant JC on peut être sûr à 99% que c'est une coïncidence.

 

Ainsi c'est avec la naissance de Gaïa, Éros Érèbos et Nyx que se développe la généalogie des Dieux Grecs. 

 

"Donc, au commencement, fut Chaos, et puis la Terre au vaste sein et le Tartare sombre dans les profondeurs de la vaste terre, et puis Amour, le plus beau des immortels, qui baigne de sa langueur et les dieux et les hommes, dompte les cœurs et triomphe des plus sages vouloirs. De Chaos naquirent l'Érèbe et la sombre Nuit. De la Nuit, l’Éther et le Jour naquirent, fruits des amours avec l’Érèbe. À son tour, Gaïa engendra d’abord son égal en grandeur, le Ciel étoilé qui devait la couvrir de sa voûte étoilée et servir de demeure éternelle aux Dieux bienheureux. Puis elle engendra les hautes Montagnes, retraites des divines nymphes cachées dans leurs vallées heureuses. Sans l’aide d'Amour, elle produisit la Mer au sein stérile, aux flots furieux qui s’agitent."

 

Les textes parlant de Chaos sont rares, une des précieuses descriptions du Chaos est formulée comme ceci : 

 

"Avant qu'existassent la mère et la terre, et le ciel qui couvre l'univers, la nature sur tout l'étendue du monde, n'offrait qu'une apparence unique, ce qu'on appelle le Chaos, masse informe et confuse qui n'était encore rien que poids inerte, amas en un même tout de germes disparates des éléments des choses, sans liens entre eux…" 

 

Le Chaos se caractérise dès lors par 2 éléments principaux :

  1. Un gouffre sans fond où l'on fait une chute sans fin. La Terre apparaissant ensuite, offrant une assise stable, qui s'oppose radicalement au Chaos.
  2. Un milieu sans orientation possible où l'on chute dans tous les sens.

"La Terre était suspendue, baignant dans l'air, équilibrée par son propre poids."

"A la terre, la mer et l'air partout étaient confondus. Aussi, la terre manquait de consistance, la mer de fluidité, l'air de lumière : rien ne conservait sa forme propre. Les principes s'opposaient entre eux, car, dans une masse unique, le froid combattait la chaleur, l'humidité la sécheresse, la mollesse la dureté, la légèreté la pesanteur."

 

Bien que la version d'Hésiode ait été la plus répandue dans la Grèce Antique, d'autres récits de la Création du Monde eurent également cours. Homère, dans l'Illiade, désigne Océanos et Théthys comme les ancêtres de tous les Dieux. Un autre récit, dite de Pélasge, explique comment une Déesse née spontanément du Chaos crée l'océan pour s'y mouvoir, puis sculpte un serpent géant qui féconde l'œuf qu'elle a pondu après avoir pris la forme d'une tourterelle. Le culte orphique*, pour sa part, fait de Cronos, le Temps, l'origine de toutes choses. De l'œuf qu'il confectionne naît Phanès, la Lumière, qui, uni à sa sœur, la Nuit, crée le Ciel et la Terre. 

 

En conclusion, selon la Mythologie Grecque, Chaos est à l'Origine de notre Monde, pour des raisons inconnues, il engendra les premiers Dieux qui donneront à leur tour naissance à une 3eme génération de Divinité.

 

Nb :

  • La dénomination de Gaïa est à l'origine, à l'époque moderne, du préfixe geo, qui compose les mots faisant référence à la terre, tels géographie, géologie, géométrie, etc.
  • Jusqu'au IVème siècle avant notre ère, les penseurs grecs reconnaissaient tous, dans la ligne d'Hésiode, le principe de l'origine divine du monde. Leucippe (460-370 av. notre ère), père de la théorie atomiste décrivant l'Univers comme un ensemble de vide et d'atomes, fut le premier à en proposer une définition matérialiste. Démocrite (460-370 av. notre ère) prolongea ses travaux en formulant l'hypothèse que les atomes, particules indivisibles et éternelles, se combinent librement entre eux pour donner naissance à des formes plus complexes. La création du monde serait ainsi le résultat du tournoiement des atomes dans l'espace, et exclurait toute cause première.

 

Définition :

  • Théogonie : Vient du nom "Θεός / theós" qui signifie "Dieu" et du verbe "γεννάω / gennáô" qui signifie "Engendrer". Il s'agit donc d'un récit de l'Origine des Dieux.
  • Hexamètres dactyliques : Comme son nom l'indique, il est composé de 6 mesures ou mètres comprenant chacune un pied dactylique (Vers). A cette époque le mètre n'était pas très précis, Virgile et Ovide en fixèrent les règles.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Hexamètre_dactylique.
  • La Religion Orphique : Les rites secrets des initiés orphiques, qui provenaient des sources orientales, visaient à rétablir chez l'Homme la confiance dans son statut au-delà de la mort. Sous les figures de Dionysos deux fois né et d'Orphée vainqueur des Enfers, ils présentent l'inquiétude de la condition humaine, le versant douloureux de l'aventure divine. Cet ensemble de mythes se distinguait nettement de la religiosité formelle et civique que régnait alors et amena les pèlerins orphiques à adopter un mode de vie purifié et non sanglant pour retrouver l'harmonie perdue.

 

Skáld Wolfsangel

 

Sources :

 

Liens :

 

Dimanche 10 Décembre 2017