Athéna

Guerre et Paix...

Dans la tradition païenne des anciens Grecs, nous avons vu que la fonction guerrière relevait du Dieu Arès. Mais ce dernier n’était pas la seule Divinité à représenter cette fonction, car il partageait ce rôle avec la Déesse Athéna. Bien que les deux soient liés à la guerre, il existe une différence importante entre eux. Arès symbolisait l’aspect offensif de la guerre, alors qu’Athéna figurait l’aspect défensif. Arès est la force brutale qui ne se caractérise pas par l’intelligence, tandis qu’Athéna se définit par son extrême intelligence, sa capacité à la réflexion et à la sagesse. Il est donc pour nous païens très intéressant de nous attarder sur cette figure divine qu’est Athéna, d’autant plus que cette Déesse possède un profil qui a énormément évolué au cours de l’antiquité. 

 

Deux de ses attributs symbolisent justement très bien cette évolution. Ce sont le serpent et l’oiseau (la chouette). D’une Déesse aux lointaines origines antérieures aux Indo-Européens, liée à la Terre-Mère et aux forces chtoniennes (le serpent), elle est passée à une Déesse intégrée au panthéon indo-européen et aux forces ouraniennes et célestes (l’oiseau). D’une Déesse représentant la paix, la fécondité, et les arts, elle a évolué vers une Divinité de la guerre et de l’esprit. Ce changement s’est d’ailleurs très certainement opéré au cours du remplacement de culture que connut la Grèce entre le néolithique ancien et l’arrivée des Indo-Européens. Ces derniers peuplèrent le pays avec trois grandes vagues successives : les Ioniens, les Achéens, et les Doriens. Ce n’est pas un hasard si les plus anciennes traces de la Déesse se retrouvent justement chez les Ioniens qui constituent la vague indo-européenne la plus ancienne, celle qui a donc été en contact direct avec les populations antérieures issues du néolithique ancien. Cette figure originelle de la Déesse ne disparut jamais complètement étant donné qu’il intégra celui de la Déesse postérieure. Tardivement encore, durant des célébrations dédiées à Athéna, il était coutume d’offrir des gâteaux en forme de serpents et de phallus, ce qui est un rappel évident de ses origines pré-indo-européennes, un aspect lié purement à la fécondité et fertilité. Cet aspect antérieur ne fut donc jamais oublié, et s’intégra parfaitement à la nouvelle figure de la Déesse. 

 

La Déesse Athéna était honorée dans toute la Grèce, et en particulier à Athènes, ville qui porte son nom encore de nos jours. Son temple principal était le Parthénon sur l’Acropole, et elle était également vénérée dans deux autres temples, l’Athéna-Niké et l’Érechtéion. Les principales fêtes de la Déesse étaient les suivantes :

  • Les Arréphories au cours desquelles deux filles nobles de 7 à 11 ans descendaient de l’Acropole afin de déposer dans un souterrain près d’un sanctuaire des objets mystérieux qu’elles portaient dans un panier. Ces offrandes dans un souterrain relient ce rite aux forces chtoniennes liées à la Terre-Mère. 
  • Les Skirophories où les prêtres et prêtresses défilaient dans de grandes processions de manière solennelle sous un grand parasol. C’était une fête agraire.
  • Les Panathénées, dont l’institution remontait à Thésée, et qui consistaient en une procession vers l’Acropole, où l’on portait à la Déesse un péplos confectionné par les plus habiles ouvriers d’Athènes. En plus des prêtres et magistrats, y participaient également des jeunes filles porteuses de corbeilles, des vieillards portant des rameaux d’olivier, et des jeunes gens à cheval. Les Panathénées s’accompagnaient aussi de courses de char, de jeux gymniques, de régates, et de concours de musique, de chant et de danse. Symboliquement se trouvent réunies les différentes caractéristiques de la Déesse, la compétition (guerre), la Terre (corbeilles et rameaux), et les arts (musique, chant, et danse). 

 

Les plus anciennes représentations d’Athéna furent de simples pierres que l’on disait tombées du ciel. Elles sont très probablement celles qui remontent à son passé issu du néolithique ancien. La pierre connecte avec la Terre tandis que le ciel relie avec le monde ouranien. Après l’arrivée des Indo-Européens, les représentations de la Déesse furent des statues en bois. Puis, à l’époque classique, ce sont les magnifiques statues que nous connaissons d’elle. 

 

La naissance de la Déesse Athéna est au niveau symbolique très révélateur et nous donne une indication précise sur ses liens avec le monde céleste et guerrier. Le roi absolu de l’Olympe, le Dieu Zeus, avait avalé son épouse du moment, Métis, alors que celle-ci était enceinte. Se plaignant alors de terribles maux de tête, Zeus fut aidé par Héphaïstos, qui, par un coup de hache, le délivra de ses douleurs. Et c’est ainsi que de la tête de Zeus surgit Athéna dans un long cri de victoire, revêtue d’armes brillantes et brandissant une javeline acérée. La terre retentit avec un bruit terrible et la mer s’agita. 

Tout dans cette naissance est d’ordre ouranien (céleste), ce qui se constate par le fait qu’elle sorte de la tête (partie céleste du corps), et ceci de Zeus, le plus ouranien des Immortels. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que sa première apparition se fait dans le tumulte de la force guerrière, son cri et ses armes en témoignent. 

 

Terminons ici cette courte approche de la Déesse Athéna par l’hymne que lui dédia Callimaque :

 

«Chantons Pallas Athéna, protectrice des cités, la belliqueuse Déesse qui, aux côtés d’Arès, préside aux œuvres guerrières et veille sur les soldats qui marchent au combat ou rentrent victorieux dans leurs foyers. 

Je te salue Déesse ! Accorde-nous la chance et la félicité !»

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Jeudi 30 Novembre 2017