Viðarr

Le Dieu nordique Viðarr, que l’on écrit également Vidar, est un Dieu mystérieux à plus d’un titre. Avant de nous attaquer à l’étude de son profil, voyons d’abord ce qu’en dit Jean Mabire dans son excellent ouvrage de vulgarisation"Les Dieux Maudits" 

 

"De l’union d’Odin et de la sorcière Grid est né un fils, Vidar. On le surnomme le Silencieux. Sa force apparaît prodigieuse. Elle égale presque celle de Thor. Il porte des chaussures absolument extraordinaires, dont les différentes pièces de cuir ont été rassemblées au long des siècles.

Dieu de la forêt primitive, il vit au plus secret des bois, dans un domaine où ne retentit jamais ni la voix de l’homme, ni le son de la hache. Partout, de hautes futaies, des buissons et des ronces. Nul bruit ne vient troubler le silence oppressant. Sous ces couverts impénétrables, le jour pénètre à peine à travers les feuilles que n’agite aucune brise. Même les bêtes se taisent. 

Vidar est, à l’image de la Nature, impérissable et incorruptible. Il est élancé comme un tronc puissant. Sa peau est plus rude que l’écorce, son sang plus riche que la sève, ses membres plus forts que les branches. Vidar est la Nature sauvage et éternelle. Il est la force brutale que les hommes saluent et révèrent. Et si tout devait disparaître, des royaumes et des rêves, il resterait toujours la forêt primitive, le domaine de Vidar d’où peut ressurgir une nouvelle race et une nouvelle aventure."

 

Le nom de Viðarr signifie "Celui qui règne au loin". On a également rapproché son nom de Viðr, qui en norrois, veut dire "Bois", "Arbre", ce qui confirmerait son rôle comme Dieu de la forêt. Sa caractéristique de Dieu silencieux revient à plusieurs reprises, car en effet il semble fortement lié à la Nature sauvage dans son état brut et originel, d’où également cette notion d’un Dieu qui "Règne au loin". Cet état brut et primitif se reflète dans sa force extrême. Ce n’est pas pour rien qu’il est classé comme le plus fort des Dieux après Thor. Cette puissance est celle qui lui permettra de venger son père Óðin lors du Ragnarök. Contrairement à ce que dit Mabire, ce ne sont pas deux chaussures formidables qu’il possède, mais une seule, et, c’est avec ce soulier magique et avec son épée qu’il tuera le loup Fenrir en s’attaquant à sa mâchoire. Ceci fit de Viðarr le Dieu vengeur par excellence. Rappelons au passage que la notion de vengeance est incontournable dans toutes les traditions païennes. Point de pardon, car le pardon relève d’une faiblesse, et que seule la vengeance permet de restituer l’honneur. Pardonner à son ennemi et tendre l’autre joue, sont des niaiseries qui ne viendront que plus tard avec le judéo-christianisme. 

La mère de Viðarr est une Géante du nom de Griðr, une Géante qui semble être versée dans l’art de la magie. Tout comme les "Sorcières" du moyen âge nordique, elle possède une baguette magique, le Griðarvölr, aux grands pouvoirs. Les attributs de Griðr sont similaires à ceux de la Völva (la voyante-magicienne) des sagas islandaises. La force de Viðarr se conjugue donc avec la magie qu’il a héritée de ses parents. 

 

Viðarr et Vali survivent au Ragnarök, ainsi que Móði et Magni. Ils représentent la nouvelle race de Dieux, la nouvelle génération qui reprend le flambeau après le grand cataclysme du Ragnarök. Selon les spécialistes de la mythologie nordique, tout indique que Móði et Magni sont des hypostases du Dieu Thor, et que Viðarr et Vali sont des hypostases du Dieu Óðin. On ne connaît pas d’équivalent de Viðarr dans le panthéon germanique, ce qui fait de lui un Dieu exclusivement nordique. Mais ce Dieu ne semble pas être ancien car les cultes qui lui étaient rendus sont tardifs. Il n’apparaît que dans l’Edda en prose et non pas dans l’Edda poétique qui est plus ancien. Certains soupçonnent même qu’il aurait pu être une création littéraire de la fin de l’époque viking, une création liée à ce Ragnarök qui n’a pas finit de convaincre les spécialistes quant-à son origine purement païenne. Et en effet, le Ragnarök, le "Crépuscule des Dieux" ou le "Destin des Puissances", bien que représentant bien la conception païenne des cycles cosmiques, semble avoir reçu de fortes influences chrétiennes de l’apocalypse de Jean. Tout ceci nous permet donc d’affirmer que plus d’un voile de mystère entoure ce Dieu qui règne au loin, un voile qui ne pourra peut-être jamais être levé.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Lien :

 

Mercredi 21 Mars 2018