Týr - Tiwaz - Mars Thingsus

Des Mercenaires Germaines et leur grand Dieu Tiwaz...

Týr et le Panthéon Indo-Européen...

Sur le centre de la photo on peut voir une colonne avec une inscription en latin. Cette colonne est un altar païen de type romain. Cet altar fut trouvé dans le nord de l'Angleterre près du mur Hadrien (voir photo en bas à gauche), il est daté du 3è siècle de notre ère. L'inscription de l'altar est très intéressante car elle l'oeuvre de mercenaires germains au service de Rome. Les mercenaires en question appartenaient au peuple germanique des Frisons. Le foyer originel de ces Frisons se situe dans ce qui est de nos jours le nord des Pays-Bas et le nord de l'Allemagne. Ces Frisons seront d'ailleurs les derniers Germains continentaux à être christianisés, c'est le célèbre épisode du chêne de Donar (Thor) abattu par Bonifatius au 8è siècle. 

 

Mais revenons à notre altar du 3è siècle. Il est le témoin archéologique de l'existence de Germains dans la grande armée romaine. Les Germains étaient particulièrement appréciés par les Romains pour leur fougue au combat et leur engagement total. L'inscription de l'altar nous parle justement d'un Dieu guerrier, un Dieu romanisé, mais derrière lequel se cachent un nom et un archétype bien germaniques. Voici l'inscription.

 

Transcription :

Deo Marti Thingso et duabus Alaisiagis Bede et Fimmilene et numinibus Augustorum Germani cives Tuihanti.

 

Traduction :

"Au Dieu Mars Thingsus et aux deux Alaisiagis Bede et Fimmilene, et aux divins empereurs. Citoyens germains Tuihanti."

 

Les Tuihantes, également connus sous le nom de Tubantes, étaient une tribu germanique appartenant aux Frisons. Certains éléments se seraient également joints aux Francs. Le nom de cette tribu repose sur celui du Dieu germanique TIUZ. Le nom de ce Dieu varie selon les époques et les peuples germaniques qui le vénéraient. À l'origine en germanique commun son nom était Tiwaz. Les Germains continentaux l'appelèrent aussi TIUZ, ZIU, ou TIW (prononcer "tyiouss, tssiou, tiv"). Les Germains septentrionaux, les Vikings, l'appelleront TÝR. 

 

Ce rapport étroit des Frisons avec le Dieu Tiwaz est confirmé par le début de l'inscription: "Au Dieu Mars Thingsus". Mars est le Dieu romain de la guerre. Il faut se rappeler que les auteurs latins de l'antiquité comme Tacite par exemple, avaient comparé le Dieu germanique Tiwaz au Dieu romain Mars, ceci dû aux aspects guerriers qu'ont ces deux Divinités. C'est la fameuse interpretatio romana des panthéons "barbares". Mais cette comparaison romaine n'était pas très juste, car les historiens reconnaissent que le Dieu germanique Tiwaz était bien plus qu'un Dieu de la guerre. Et c'est justement le qualificatif Thingsus (Thingso ou Thincso dans l'inscription) qui nous donne la première clé pour approfondir le profil du Dieu Tiwaz. Ce mot n'est pas latin, c'est un mot germanique qui fait référence au Thing (þing). Le thing était le rassemblement sacré du clan, sous la protection du Dieu Tiwaz, pendant lequel on débattait les questions conflictuelles et juridiques. Lorsque le thing réunissait plusieurs clans, on le nommait Althing. En Islande se trouve par exemple le célèbre Thingvellir, l'endroit où se célébrait depuis 930 régulièrement l'Althing. L'inscription "Deo Marti Thingso" devrait donc être interprétée comme "Au Dieu Tiuz du Thing". 

 

Ceux qui connaissent un peu la mythologie nordique savent que le Dieu Týr est le Dieu de la justice, ce qui convient tout à fait au rôle de Dieu tutélaire du Thing où se réglaient surtout des questions juridiques. Le Dieu Týr est celui qui a sacrifié une main dans la gueule du loup cosmique Fenrir afin de préserver l'Ordre divin des choses contre le Chaos. Mais l'époque viking, époque tardive du paganisme germano-nordique, n'avait déjà plus qu'une vague idée de la véritable dimension qu'avait le Dieu Týr à l'origine. L'étymologie et les études comparatives indo-européennes ont permi d'affirmer que ce Dieu avait à l'origine un rôle bien plus important dans la société divine. Il est à l'origine la figuration du Ciel-Père, le père et le roi des Dieux, le souverain de la fonction royale dans le système trifonctionnel de la société divine des anciens Germains. Il est le père du jour, nom que l'on retrouve chez les Indo-aryens sous la forme de Dyaus Pitar, lequel est reflété dans la forme romaine Ju-piter. Ces préfixes Tý-Dy-Ju sont tous issus de la racine indo-européenne qui signifie "Jour". Mais c'est aussi cette racine étymologique qui a donné les noms de "diurne, dieu, Tag, day, día, faisant tous référence à l'aspect divin du Jour. Le nom germanique de Tiwaz vient lui aussi de l'indo-européen, il est issu du mot *deywos qui signifie "ciel du jour". 

Ce rôle souverain des origines du Dieu Tiwaz a perdu de son importance lors de la période des grandes migrations des peuples germaniques. En effet, le Dieu Tiwaz très lié aux notions symboliques de fermeté, de stabilité, d'enracinement, de pilier central, était ce qu'on pourrait qualifier un Dieu "statique". Les grandes migrations lors des invasions dites barbares firent appel à l'autre Dieu souverain des Germains, plus mobile lui, connu pour être un grand voyageur, le Dieu Wodan (Odin). 

 

L'inscription de l'autel fait aussi mention de deux Alaisiagis Bede et Fimmilene. Ces Déesses complètement inconnues par ailleurs, ont été interprétées comme étant des Déesses mineures étroitement liées à l'aspect Thing du Dieu Tiwaz, dirigeant à un certain niveau l'application de la juridiction divine. Des termes frisons ont permi cette interprétation: Bodthing (Bódþing) désignait l'appel au Thing, et Fimelthing (Fimelþing) désignait le verdict du Thing.

 

Hathuwolf Harson

 

 

Sources :

 

Jeudi 23 Novembre 2017