Tamfana

Déesse Germanique de l'Automne…

Et de Glorieux Souvenirs Militaires de la Bataille de l'An 9…

Tacite, historien et écrivain romain du 1er siècle de notre ère, a décrit avec grandes précisions dans son ouvrage «La Germanie» (De situ ac populis Germaniae) les mœurs et coutumes des peuples germaniques de cette époque charnière de l’histoire européenne. Cet ouvrage est un «must» pour tousceux qui veulent connaître de plus près les peuples germaniques, car il figure comme un témoignage unique en son genre. Rappelons au passage que le terme «germanique» englobe aussi bien la partie nordique (Scandinaves et leurs ancêtres Vikings) que la partie au Centre et au Sud de l’Europe (Germains continentaux). Ces derniers ont peuplé et largement influencé certains pays comme l’Allemagne, la France (qui tient d’ailleurs son nom d’un peuple germanique, les Francs), l’Espagne (Wisigoths, Suèbes, Vandales), l’Italie (Langobards, Goths), la Grande Bretagne (Angles, Saxons, Jutes), etc… Tacite évoque dans son ouvrage à propos du peuple germanique des Marses, la présence d’un culte à la Déesse Tamfana (également écrit Tanfana). Mais avant de voir de plus près cette Déesse, il faut s’attarder un instant sur le contexte historique de cette évocation. 

 

Les Marses étaient une des nombreuses tribus germaniques qui peuplaient le Centre-Nord de l’actuelle Allemagne. Leur présence est certifiée entre le 2è siècle avant notre ère et le 1er de notre ère. En l’an 9 de notre ère leur nom allait s’inscrire définitivement dans le grand livre de l’histoire européenne, car ils participèrent à la grande coalition des Chérusques, peuple germanique guidé par le héros Armin, qui allait vaincre trois légions romaines entières. Pour se faire une meilleure idée, ces trois légions représentaient entre 15.000 et 20.000 légionnaires, plus quelques 5000 cavaliers, sans compter toute l’intendance qui accompagnait cette longue colonne de plus de 15 kilomètres de long. Cette grande victoire des «Barbares» sur Rome au moment culminant de son pouvoir militaire, est l’évènement historique clé qui allait stopper définitivement l’avancée romaine vers le Nord de l’Europe. La victoire des Chérusques fut aussi celle de la liberté contre l’empire romain, grâce à elle de nombreux peuples purent conserver leur indépendance et leur identité. Pour plus de détails sur cette célèbre bataille de Teutoburg en l’an 9, vous pouvez lire entre autres mes deux articles sur la question (voir lien à la fin). 

 

En l’an 14 de notre ère, les Romains organisèrent une expédition punitive contre les tribus germaniques qui furent membres de la coalition des Chérusques. Les Marses furent une de leurs cibles. Durant l’automne de l’an 14, les Romains, après une très longue marche à travers les profondes forêts et marécages de la Germanie, arrivèrent près du pays des Marses, dans le Nord-Ouest de l’actuelle Allemagne. Le hasard fit que les Germains célébraient à ce moment là de l’année, la grande fête de leur Déesse Tamfana. Après certains rituels consacrés à la Déesse et les offrandes correspondantes, les Marses festoyaient dans l’allégresse générale ce moment important des cycles annuels. Ils mangeaient et buvaient en grandes quantités. Faire ripaille n’était pas un vain mot chez ces Germains. Tard dans la nuit, hommes et femmes sont ivres de joie et d’alcool. C’est précisément ce moment là que les Romains vont choisir pour attaquer les Marses. L’attaque est bien-sûr une surprise totale et les quelques 12.000 légionnaires, 26 cohortes, et les 8 escadrons de cavalerie vont massacrer les Germains. Les Marses vont tout simplement être exterminés par les Romains qui ne laisseront personne en vie. Selon Tacite, «ni le sexe, ni l’âge suscita la pitié». Les Marses sortirent ainsi dramatiquement du livre de l’histoire, à un moment où ils rendaient culte à leur Déesse Tamfana. Ces Romains, sous la direction de Germanicus qui allait devenir César peu après, furent toutefois repoussés définitivement par un autre peuple germanique, les Chattes. Mais ceci est une autre histoire…

 

Voyons à présent un peu le profil de cette Déesse germanique connue sous le nom de Tamfana. Les avis des spécialistes se recoupent sur certains aspects fondamentaux de la Déesse, mais divergent pas mal sur certains détails mineurs. Le problème bien-sûr est le manque de sources pour pouvoir mieux connaître Tamfana, car à part cette mention de Tacite, nous ne possédons aucune autre source. Le principal élément qui nous permet de mieux cerner Tamfana est celui de la date de la célébration de sa grande fête. Selon les indications de Tacite, deux dates possibles s’en dégagent : une date possible serait fin-septembre, ce qui nous rapporte directement à la grande fête de l’équinoxe d’automne, et l’autre date possible serait mi-octobre, ce qui nous relie directement à la fête des remerciements pour les récoltes (Erntedankfest). Dans le premier cas, Tamfana serait un des aspects de la Terre-Mère liée au cycle terrestre de l’entrée en automne, elle pourrait représenter sous un autre nom la Déesse germanique Nerthus, la Terre-Mère. Dans le deuxième cas, Tamfana pourrait être reliée aux Dises nordiques, celles qu’on célébrait mi-octobre justement pendant le Disablot. Dans les deux cas, Tamfana est une Déesse liée intimement à l’automne et à tout le symbolisme qui s’y rattache. Elle devait représenter Terre-Mère dans son aspect mûr, la vie et la mort, celle qui donne et celle qui reprend. L’automne est le moment de l’année où l’abondance est marquée par les bonnes récoltes, mais c’est aussi le moment où les forces vitales régressent, la lumière du jour égale celle de la nuit pour finalement s’amoindrir un peu plus chaque jour jusqu’au moment crucial du solstice d’hiver. 

 

Même si de très nombreux mystères demeurent concernant la Déesse Tamfana, grâce à certaines analyses comparatives, il a été possible de mettre à jour les traits principaux de cette Déesse germanique dont le culte cessa brutalement durant une nuit automnale de l’an 14. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Liens :

 

Samedi 25 Novembre 2017