Loki

Le Dieu Loki de la mythologie germano-nordique est une figure divine aux caractéristiques très complexes. Il a été à tort comparé au diable des fables chrétiennes. Ni le profil de Loki, ni le fond même de ce qu’il représente, ne sont identifiables au satan judéo-chrétien. Certaines similitudes sont trompeuses, car il faut rappeler encore une fois que le mal absolu est un concept inconnu de nos ancêtres païens. Cet absolutisme «Bien-Mal» est né avec le monothéisme dans les déserts du moyen orient, il était donc complètement étranger aux différentes traditions païennes d’Europe. Il existe un mot anglais qui définit bien Loki, c’est celui de «trickster», mot qui pourrait se traduire par «farceur, arnaqueur, escroc». Même s’il est très différent d’eux, Loki fait partie de la famille des Dieux Ases. Cette intégration complète à la famille des Dieux, est la preuve que Loki était perçu comme un mal nécessaire. Il reflète la nature de toutes choses qui intègre toujours deux aspects conjoints : un côté obscur et un côté lumineux. L’un ne va jamais sans l’autre, les deux vont toujours main dans la main dans la grande loi cosmique des cycles. Sans la nuit, il n’y aurait pas de jour, sans automne il n’y aurait pas de printemps, … 

 

Pour présenter le Dieu Loki, voici une très bonne citation de Georges Dumézil qui, dans une sorte de fiche technique du Dieu, présente de manière résumée et très exacte les différents aspects de Loki. Voici ce texte tiré de son excellent livre intitulé justement «Loki» :

 

«Loki est compté avec les Ases sans en être exactement; il vit avec eux et il est dit à l’occasion «l’Ase qui s’appelle Loki», «l’Ase malin», etc. Compagnon d’Óðinn dans ses voyages, aussi bien que de Thórr dans ses expéditions, il jouit d’une réputation justifiée d’ingéniosité et en général, spontanément ou sur réquisition, il met cette ingéniosité au service des siens qui, sans lui, seraient bien embarrassés. En particulier, jamais il ne sert un Géant de gaîté de cœur, ni jusqu’au bout. Mais bien des traits font de lui un Ase tout à fait à part. 

 

Non seulement il est, physiquement de petite taille, mais son parentage ne le relie à aucun des Ases; d’Óðinn il n’est que le frère de serment; de son père, de sa mère, de ses frères, nous ne savons que les noms qui, malgré l’obscurité de la plupart, signale une famille singulière et son père est qualifié de Géant. Il est traité par les autres Ases comme un inférieur, qu’on utilise, qu’on fait pirouetter, qu’on menace. Il reçoit et accepte les rôles de messager, d’éclaireur, de suivant, de tranche-viande, et aussi de bouffon. 

 

Il surgit à point nommé, à l’endroit voulu, et il a un grand art de s’échapper, de filer. Il a des rapports particuliers avec le monde d’en bas, avec le dessous de la terre. Il a, dans la montagne, une mystérieuse maison-observatoire. Il a aussi des rapports avec le feu. Seul des Ases, il a un don inquiétant de métamorphoses animales (mouche, phoque, jument, saumon,…) et met au monde des êtres étranges, généralement redoutables aux Dieux (le loup Fenrir, le Grand Serpent, Hel; et aussi le cheval d’Óðinn, Sleipnir). Il a un penchant particulier pour les métamorphoses en femme ou en femelle, avec leurs conséquences physiologiques. 

 

Il est ingénieux, inventif, mais il ne voit pas loin: tout à l’impulsion ou à l’imagination ou à la passion du moment, il est surpris par les suites de ses actes, qu’il tâche aussitôt de réparer. Il est outrecuidant et vantard. 

 

Il a une curiosité insatiable, curiosité d’observateur, de questionneur et aussi d’explorateur; il est à l’affut des nouvelles, et indiscret. Il circule plus facilement et plus volontiers que les autres Ases: il est le principal usager du plumage de Freyja et il a des bottes qui lui permettent de courir dans l’air et dans l’eau. C’est lui, parfois, qui entraîne Thórr chez les Géants par des routes qu’il a d’abord reconnues seul.

 

Il est foncièrement amoral. Il n’a aucun sentiment de sa dignité, il n’a pas de tenue et il ne comprend pas la dignité des autres. Il se met dans des postures ou des situations ridicules. Pour se tirer d’un mauvais pas, il trahit les siens, conduisant Thórr chez Geirroðr, livrant Iðunn et ses pommes à Thjazi, gâtant le marteau de Thórr. Aussi est-il sans cesse suspect aux Ases, qui le font marcher en le menaçant du supplice. 

 

Il est mauvaise langue, injurieux, il apporte tumulte et querelle, il dénonce. Il est menteur, non seulement pour se sauver ou sauver les Ases (plusieurs de ses plans sont alors à base de tromperie), mais pour le plaisir. Il est pervers et ne résiste pas à l’idée de méchantes farces. Il est mauvais joueur, déloyal dans les concours. Tout cela finit dramatiquement: chez Aegir, ou contre Balder, il se durcit, il fait le mal gratuitement, impitoyablement, itérativement, jusqu’au bout, - sans s’occuper des fâcheuses répercussions que cela aura sur lui. Il n’est plus alors qu’un bandit traqué, haineux, qui déploie des trésors d’ingéniosité mais qui n’échappe pas au supplice. Dès lors il attend la fin du monde, où il satisfera sa haine en participant en bonne place à la mobilisation générale des forces.»

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

 

Lundi 20 Novembre 2017


Survivances...

Îles Féroé

Je commence ici une série d’articles dédiée au Dieu de la tradition germano-nordique Loki. Cette série sera exclusivement composée de textes rares et de témoignages peu connus concernant le Dieu Loki. Ce sont des survivances tardives puisque un grand nombre furent recueillies au 19è et au début du 20è siècle. Ces témoignages ont été transmis depuis le moyen âge de génération en génération et se situent principalement dans les pays nordiques. Ils nous sont parvenus sous forme de ballade populaire, de poème, de conte, ou encore de magie populaire. C’est par région géographique que se diviseront les articles suivants. Ces survivances dans le folklore nordique sont dignes d’intérêt car elles élargissent la vision que l’on peut avoir du Dieu Loki. Elles présentent des aspects complémentaires à ceux bien connus par les Eddas, ces précieux textes d’inspiration païenne du moyen âge islandais. Pour commencer cette série d’articles, nous allons voir un cas de survivance du Dieu Loki dans le folklore nordique des îles Féroé. Rappelons au passage que les îles Féroé ont reçu une très forte influence scandinave au cours de leur histoire depuis 650 de notre ère, à tel point que le peuplement nordique est la composante ethnique principale de cet archipel. C’est donc logiquement que nous y retrouvons d’évidentes traces de mythologie nordique. Les résumés de ces textes sont ceux de Georges Dumézil tirés de son très bon ouvrage intitulé LOKI. 

 

LOKKA TÁTTUR

Ce texte est une ballade qui prend ses racines dans le lointain passé païen des peuples scandinaves. Cette ballade fut depuis le moyen âge chantée et transmise, pour être finalement recueillie au 19è siècle. Un détail intéressant et révélateur est qu’en plein 19è siècle, la ballade Lokka Táttur était encore formellement interdite sous peine de punition, le motif étant bien-sûr qu’elle avait un caractère ouvertement païen. Le christianisme toujours aussi «tolérant» envers le paganisme, montre encore une fois son vrai visage… Voici donc ce résumé présentant un grand nombre d’éléments symboliques où l’on pourra constater toute l’ingéniosité du Dieu Loki :

«Un paysan joue contre un géant et perd ; le géant réclame son fils, à moins qu’il ne réussisse à le cacher. Il invoque d’abord Ódinn, qui cache le garçon dans un grain d’orge, - où le géant le découvre. Il invoque ensuite Hoenir, qui cache le garçon dans une plume de cygne, - où il est à nouveau découvert. Il invoque enfin Lokki. Celui-ci dit au paysan de construire un hangar à bateau avec une large ouverture et de fixer, dans cette ouverture, un pieu de fer. Cependant Lokki emmène le garçon en mer, pêche une grosse barbue, place le garçon dans un des œufs du poisson, le relâche et revient à la côte. Il y trouve le géant qui se dispose, lui aussi, à aller pêcher. Il se fait agréer comme rameur. Ils arrivent au lieu de pêche, le géant amène la barbue au bout de sa ligne et commence à compter les œufs. Un petit œuf se détache, - celui du garçon. Lokki l’appelle et le fait asseoir derrière lui, de manière à le cacher, lui recommandant de sauter bien légèrement à terre. Le géant ramène la barque à la côte et le garçon saute en effet si légèrement que ses pas ne marquent pas sur le sable. Au contraire, le géant avance si lourdement qu’il s’enfonce jusqu’au genou. Le garçon court dans le hangar à bateau, le géant le poursuit, et se casse le front sur le pieu de fer. Lokki se précipite, lui arrache une jambe, mais celle-ci se recolle toute seule. Alors il lui coupe l’autre et met un morceau de bois entre les deux tronçons. Puis il conduit le garçon à ses parents en disant: -J’ai tenu ma parole, le géant a perdu la vie¬».

 

Le contrat avec Loki est mené à terme grâce à toute sa ruse. L’aspect de Loki tel que nous le découvrons avec la ballade Lokka Táttur est plutôt positif. Il démontre en fait de très bonne manière le double aspect du Dieu, car il peut être bon et mauvais à la fois. Toute son ingéniosité est ici mise au service d’une bonne cause car il s‘agit d’aider des paysans afin qu’ils puissent sauver leur fils. D’un autre côté, le paysan s’était rendu coupable en perdant au jeu, et en cela Loki le conforte dans une rupture du contrat qu’impliquent les règles du jeu. Il faut se souvenir ici que dans les sociétés païennes, une rupture de contrat était vue comme une trahison. Ce double aspect de Loki démontre bien que le bien absolu ou le mal absolu n’existent pas et que tout est toujours relatif. 

 

Hathuwolf Harson

 

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Lundi 20 Novembre 2017


Cette deuxième partie sur les témoignages peu connus concernant le Dieu Loki dans le folklore nordique, présentera trois autres exemples tirés de la tradition des îles Féroé. Nous continuons donc à présent ce petit voyage dans les survivances tardives de Loki, voyage qui permettra d’élargir une vision parfois stéréotypée du Dieu, que l’on a tendance à vouloir comparer au diable des fables judéo-chrétiennes. Or, ceci est une erreur, car même si certaines méthodes employées par Loki sont parfois comparables, le rôle et la fonction du Dieu sont complètement différents. 

 

LE GÉANT ET LOKI – Risin og Lokki.

Ce texte est tiré d’un recueil de 1907 qui a regroupé les témoignages qui se transmettaient encore de manière orale jusqu’à cette date très tardive. Cette tradition orale dans laquelle on reconnaîtra le motif de Polyphème de la tradition païenne grecque, met en scène le Dieu Loki et un géant. Ce texte nous montre que Loki n’est pas non plus l’ami des géants, ennemis des Dieux et de l’ordre cosmique des choses. Ceci est d’ailleurs un des doubles aspects de Loki car il partage aussi certaines caractéristiques liées aux forces du chaos et du monde primitif. Loki semble en fait intégrer aussi bien la symbolique des puissances chtoniennes que celle des puissances ouraniennes. Voici le résumé tel que le présente Georges Dumézil :

«Un géant prend comme serviteur un homme qui s’appelle Lokki. Celui-ci mystifie son maître de plusieurs façons: il lui fait porter un bœuf sur lequel il se perche lui-même; il lui fait traîner le bois, porter l’eau à la maison. Quand ils mangent la soupe, Lokki attire toute la graisse de son côté du récipient, laissant à l’autre les os avec un tout petit peu de viande. Enfin, la nuit, il se glisse hors de son lit, grimpe sur la poutre maîtresse, coquerique, et, quand le géant se lève, il lui plante dans l’œil un pieu de fer rougi. Le géant meurt et Lokki rentre chez lui avec toutes les richesses du géant.»

 

LES MÉTAMORPHOSES ANIMALES DE LOKI

Ce texte se racontait encore par voie orale au début du 20è siècle dans les îles Féroé. C’est un pasteur chrétien qui, à son grand désespoir, avait constaté que le conte circulait toujours de bouche à oreille et ne s’était jamais éteint complètement. C’est un conte très court qui fait référence aux transformations animales du Dieu Loki. La mention du cheval Grani, cheval du héros solaire Siegfried/Sigurdr, démontre que ce conte plonge ses racines dans les Eddas du moyen âge nordique, Eddas qui sont à leur tour un héritage des traditions orales des époques païennes antérieures. La mention de «l’oiseau à œuf» fait par contre partie d’un mythe qui, lui, a été complètement perdu. C’est un de ces nombreux mythes qui a succombé aux affres du temps et aux assauts répétés d’une christianisation assassine. Ce texte nous rappelle au passage à quel point Loki maîtrise la magie. C’est une magie qui va au-delà de pratiques chamaniques, elle boit à la source des forces les plus primitives, les plus authentiques mais aussi les plus brutes. Voici le résumé de ces métamorphoses de Loki :

«Lokki s’était transformé successivement en toutes sortes d’animaux, afin de déterminer quel animal a la vie la plus dure. Il raconta aux Dieux qu’il avait eu beaucoup de peine, étant phoque, à tenir contre les vagues de la mer; que c’était pourtant encore pire d’être un oiseau à œuf, mais que le plus mauvais moment, il l’avait connu comme jument, lorsqu’il portait dans ses flancs Grani.»

 

L’ÉTOURDERIE DE LOKI

Cette fois nous sommes en présence d’une expression proverbiale, une transmission orale qui elle aussi a survécu aux îles Féroé jusqu’à la fin du 19è siècle. Cette expression proverbiale fait référence à un mythe qui a été également perdu au cours des siècles. Elle nous montre quand-même que ce mythe a dû être teinté de christianisme à un moment donné de son histoire, car il mentionne le rite chrétien du baptême. Mais derrière cette fine couche chrétienne, on reconnaît facilement, grâce à la présence de Loki, le fond païen que devait avoir à l’origine ce mythe. Voici donc cette expression:

«Cela ne sert à rien de se presser, dit Lokki. Il devait aller chercher de l’eau pour la baptiser, - mais, quand il revint, elle était déjà en train de se marier.»

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

 

Lundi 20 Novembre 2017


Nous continuons ici la série sur les témoignages tardifs du Dieu Loki dans le folklore nordique. Après les îles Féroé, nous allons voir quelques survivances en Islande, ce qui nous permettra d’élargir encore un peu plus notre vision du Dieu Loki. 

 

CONTE ISLANDAIS

“Un roi promet la main de sa fille à celui qui l’obligera à dire: “C’est un mensonge!” Loki, fils d’un paysan, se présente et développe un tel tissu d’absurdités que le roi s’oublie et crie: “C’est un mensonge!” Loki put ainsi épouser la princesse.”

 

Ce petit conte qui fut recueilli au début du 20è siècle nous rappelle une fois de plus que Loki est un maître dans l’art de la ruse. Le fait qu’il soit ici un fils de paysan est dû à la christianisation qui ne permettait pas que l’on mentionne les anciens Dieux. 

 

LOKALÝGI

“De vrais, gros mensonges s’appellent “conseil de Loki”, Loka ráð.”

 

L’art du mensonge est également un point fort de Loki. Cette expression populaire recueillie en 1828 ne laisse aucune place au doute.

 

KAUPULOKI

“Quand on négocie un marché, on doit tenir sous le bras gauche un Kaupuloki, un “Loki d’achat”, c’est-à-dire un morceau de papier où est grossièrement dessiné un homme; cela porte chance dans l’opération.”

 

Cette expression islandaise invoque Loki pour traiter une affaire commerciale. Ici, c’est encore une fois l’art de la ruse et du mensonge qui sont mis en avant, car ce sont des éléments très utiles lorsqu’on doit marchander. Si l’on fait par extension un parallèle avec notre monde moderne, on pourrait s’aventurer à présenter Loki comme Dieu de l’économie libérale, celle où tout se négocie dans une frénésie marchande sans limites, un monde matérialiste et obscur empli de l’esprit de Loki. 

 

PROVERBE ISLANDAIS

“Toutes les choses pleurent pour faire sortir Baldr de chez Hel, sauf le charbon.” 

Ce proverbe fait directement allusion à un passage du mythe païen du Ragnarök, lorsque, pour rendre invulnérable le Dieu Balder, il fut demandé à toutes les choses de pleurer pour le Dieu solaire. Par contre dans le mythe tiré des Eddas du moyen âge, c’est le Gui qui ne pleura pas pour Balder, et non le charbon. La version avec le charbon fait peut-être référence à une variante du Ragnarök pour laquelle nous n’avons plus de trace. Ce proverbe fut recueilli en 1828.

 

PROVERBE ISLANDAIS

“Loki et Thórr marchent longtemps, les orages n’en finissent pas.”

 

Ce proverbe fut recueilli en 1830. Le Dieu Thórr est bien-sûr lié au phénomène naturel des orages, mais il semblerait que lorsque le Dieu au marteau allait en compagnie de Loki, les orages étaient particulièrement longs et violents. 

 

UN LOKI DANS LE FIL

“Quand on a des difficultés avec un fil, on dit qu’il y a un Loki dedans.”

 

Ceci fait allusion à l’aspect mauvais du Dieu Loki, ainsi qu’aux problèmes qu’il génère pour la notion sacrée de “liens”, symbolisé ici par le fil, élément qu’on peut aussi voir comme le fil du destin. Ceci fait bien-sûr écho aux fils des destinées que tissent les Nornes. Les Dieux nordiques dans les anciens textes sont souvent nommés les “Lieurs”. L’un des principaux pouvoirs des Dieux était le fait qu’ils puissent lier toutes choses entre elles, une notion fondamentale qui fait appel à l’art de la magie et du destin. Que Loki soit associé à du mauvais fil, démontre le danger qu’il représente pour le cours du destin. 

 

LOKABRENNA

Le mot de “Lokabrenna” signifie la canicule, la grande chaleur. Ce mot qui est composé des racines “Loki” et “brûler”, nous rappelle que le Dieu est lié au pouvoir du feu, le feu qui détruit, mais aussi celui qui régénère. 

 

LOKASJÓDR

“Les islandais appellent Lokasjóðr “bourse de Loki” la plante qui est appelée ailleurs “monnaie de Judas” (danois “Judaspenge”).” 

 

Le nom de cette plante, en faisant le parallèle avec le judas judéo-chrétien, semble mettre en avant la fourberie qui caractérise également le Dieu Loki.

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

 

Lundi 20 Novembre 2017


Dans ce 4è volet sur les survivances tardives du Dieu Loki dans le folklore nordique, nous allons voir 3 exemples, un d’Angleterre, et deux des îles Shetlands.

 

ANGLETERRE – RITUEL DE GUÉRISON

Au 19è siècle, le prêtre M. Kennley expliqua que, durant son enfance dans la région du Lincolnshire, une grande épidémie fit rage. Il se rendit chez une vieille dame dont le petit-fils était très malade. Lorsque le prêtre s’approcha du malade, il vit à sa grande stupéfaction qu’au pied du lit étaient cloués 3 fers à cheval avec un marteau par dessus. La vieille dame prit le marteau et frappa chacun des fers en récitant la formule suivante:

«Père, Fils, et Saint-Esprit,

Clouez le diable à ce poteau!

Avec ce marteau je frappe trois fois:

Une pour Dieu, une pour Wod, une pour Lok.»

 

Il est clair que nous sommes là en présence d’un témoignage très intéressant, car malgré le vernis chrétien, c’est bien un rituel purement païen qu’effectuait cette vieille dame anglaise. De plus, deux Divinités païennes sont mentionnées de forme directe, ce qui devait être un blasphème pour le chrétien Kennley. Le Dieu Wod est Wodan, le nom germanique du Dieu Óðinn. Tandis que Lok est évidemment le Dieu Loki. Un troisième Dieu est également présent dans ce rituel de guérison bien qu’il ne soit pas évoqué directement, il s’agit du Dieu Donar-Thor. L’utilisation d’un marteau dans un rite ne peut qu’être une référence à lui et à son Mjölnir. «Clouez le diable sur ce poteau» fait écho aux rites païens de guérison où l’on cherche à détruire le mauvais esprit responsable de la maladie. En magie runique ou chamanique, il était courant d’invoquer une malédiction contre les mauvais esprits. «Frapper 3 fois» permet de concrétiser l’invocation, ce qui nous renvoie à la pratique magique du chiffre 3. Le fait que Loki soit invoqué avec Wodan et le dieu chrétien démontre une fois encore que Loki n’est pas le mal absolu, car il a aussi de bons côtés. 

 

ÎLES SHETLANDS – ÉTYMOLOGIES

 

LOKIS LAINS

Ce terme de Lokis Lains des îles Shetlands désigne une sorte d’algue, un varech du nom de fucus filum. C’est une plante marine qui se casse facilement. Cette fragilité semble être ce qui la relie au Dieu Loki. Mais ce n’est qu’une supposition, car il se peut qu’il y ait à l’origine tout un mythe bien plus ancien pour lequel nous aurions perdu toute trace.

 

LOKIS U

Le terme de Lokis U se traduit par la «laine de Loki». Il désigne une mauvaise laine qui ne se laisse pas filer. Tel que nous l’avons vu avec un exemple islandais, le fait qu’il y ait un Loki dans la laine, met l’accent sur l’aspect mauvais et destructeur du Dieu.

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

 

Lundi 20 Novembre 2017


Nous continuons ici notre série d’articles sur les survivances tardives de Loki dans le folklore nordique au travers de quelques témoignages issus du Danemark, pays où le Dieu Loki est lié à diverses manifestations étranges de la lumière solaire. 

 

Thorlacius écrit dans ses Antiquitates Boreales à la fin du 19è siècle, que lorsque les rayons de soleil passent à travers les nuages en forme de tubes pour venir toucher la terre ou la mer, on appelle ce phénomène «Locke dricker», ce qui signifie «Loki boit de l’eau». De nos jours encore, en présence de mouvements scintillants de l’atmosphère, on dit au Jutland que «Lokke sème son chanvre» ou bien qu’il « pousse ses chèvres». Quand un rayon tombe sur une surface d’eau qui le réfléchit sur un mur, on dit dans la région danoise du Seeland que «c’est le mercenaire Loke». Vers 1880, devant un folkloriste qui recueillit le témoignage, une vieille dame dit à un petit enfant: «reste assis à table et tais-toi ; regarde Loke là-haut sur le mur». Tous ces témoignages reliant le Dieu Loki à ces phénomènes de rayonnement solaire, nous rappellent que le Dieu est également celui du feu céleste. 

 

D’après un recueil de proverbes danois du 17è siècle (Peder Syv), quand on a des difficultés avec un fil, il est courant de dire alors que «Lokke prend de quoi réparer son pantalon». Tout comme nous l’avons vu pour d’autres régions nordiques, au Jutland aussi, lorsqu’un fil casse, il est coutume de dire «qu’il y a un Lyke dans le fil». Ceci rappelle le mauvais côté de Loki ainsi que sa relation tourmentée avec les fils du destin.

 

Le même recueil nous a livré d’autres proverbes intéressants qui relient encore une fois le Dieu Loki au mensonge. «Porter des lettres de Lokke» se traduit par «débiter des mensonges», et «écouter des histoires de Lokke» équivaut à «écouter des mensonges». 

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

 

Lundi 20 Novembre 2017


Pour finir cette série sur Loki dans le folklore nordique tardif, nous allons voir quelques exemples de Norvège et de Suède.

 

Dans le Sud de la Norvège, dans la région de Telemarken, lorsque brûle le feu dans la cheminée et que le foyer pétille fort, on dit: «Lokje bat ses enfants». 

 

Dans la même région norvégienne, il est coutume de jeter la peau du lait dans le feu de la cheminée en disant: «Ceci est pour Lokje». 

 

Dans de nombreux endroits de Suède ainsi que chez les Suédois de Finlande, l’enfant qui perd une dent la jette dans le feu en disant: «Loke, donne-moi une dent d’os pour une dent d’or!».

 

Ces trois derniers exemples démontrent encore une fois que le Dieu Loki possède un lien très étroit avec le feu. 

 

En Norvège, toujours dans le Telemarken, un auteur du 18è siècle explique que l’on tord 3 fouets le soir du jeudi saint pour réparer le traîneau de Loke, qui est venu avec une cargaison de puces si lourde que son traîneau s’est cassé en deux. Si on néglige cette précaution, il y aura durant l’année une plaie de puces. Ce genre de coutume rappelle que le Dieu Loki est associé à de nombreuses calamités naturelles. 

 

Cette série de témoignages sur Loki aura permis de constater que Loki est une figure complexe, ayant des bons et des mauvais côtés. Il n'a ainsi rien de commun avec le satanas des fables judéo-chrétiennes. 

 

Hathuwolf Harson

 

Source :

 

Lundi 20 Novembre 2017