La Dame Holle

La Déesse-Mère  Germanique et l'Hiver

Dans les pays germaniques, en particulier en Allemagne, a survécu jusqu’à nos jours une figure de la Déesse-Mère, celle de Frau Holle, la Dame Holle. Au travers de la tradition populaire et des contes pour enfants, Frau Holle a imprégné l’univers enchanté des grands et petits par une grande quantité de récits. Nous allons voir que son origine est païenne, et remonte à la nuit des temps.

 

Selon les régions, son nom varie quelque peu, mais on retrouve toujours un dénominateur commun. Dans le Nord de l’Allemagne, son nom est Frau Holle, Holt, Hulda, ou Holda. Dans l’île frisonne de Föhr, elle se dénommait Hulk (sans aucun lien avec un monstre tout vert…). Frau Hildis est une autre variante que l’on trouve dans la partie septentrionale. Dans le centre de l’Allemagne, son nom est Hollefrau, Hullefrau, Frau Harke, Frau Holde (dans les régions de Mainz, Hessen, et Thüringen). Dans la partie Sud et en Autriche elle se nomme Perchta ou Berchta, ainsi que Bertha, Eisenbertha (la Berthe de fer), Pudelberta, Thomasberta, Perchtl, Pechtra, Perscht, Butzenbercht (allusion aux Butzenmänner qui sont des lutins), Budelfrau, ou encore Pudelmutter. Mais cette liste impressionnante de noms ne s’arrête pas là, car il en existe encore d’autres comme Mehlhexe (la sorcière des farines), Frau Faste, Klausenweiblein (la petite femme de Nicolas), Stampe, die Alte (la vieille). Certains noms la relient directement à ses racines païennes Frau Fricke, Frau Gauden, Fru Gode, et le plus clair d’entre tous, Frau Frigg. Ce dernier nom l’identifie clairement à l’épouse du Dieu Wotan-Óðin, la Déesse Frigga. 

Le nom de Perchta, évolué en Berchta et Bert(h)a, tire son étymologie de du germanique "peraht" qui signifie "lumineux", ce qui relie la Déesse à la lumière. Ce nom de Perchta la relie également à une rune, celle qui porte le nom de Perthro et dont l’origine lointaine remonte à l’indo-européen *Per qui veut dire "accoucher". Cette connexion avec la rune Perthro en fait aussi une Déesse des naissances et de la destinée. Quant au nom de Holle, certains ont voulu y voir un lien avec l’allemand "Hölle" qui veut dire "enfer". Ceci la relierait au monde des morts et à Hella-Hel, la Déesse de l’inframonde. Et enfin le nom de Herke pourrait bien venir du nom de la Terre-Mère, Erce (prononcer Erke), étymologie que l’on retrouve dans le nom allemand "Erde", la Terre. 

 

Le conte le plus connu de la Dame Holle est celui où on la voit en train de secouer à son balcon son édredon jusqu’à faire voler les plumes de tous côtés. Ces plumes, légères et dansantes, tombent sur terre en se transformant en flocons de neige. Un dicton populaire dit d’ailleurs que lorsqu’il neige, c’est Frau Holle qui fait son lit. En plus de la neige, ce conte la relie à des symboles comme la quenouille, le pain, les pommes, une pluie d’or, un coq, et un retour cyclique. 

La tradition place le rôle principal de la Déesse à la période du solstice d’hiver. Elle patronne l’échange des dons et contribue à la distribution des cadeaux. Elle est à ce titre liée à la figure mythique de St-Nicolas. À Oberhausen on dit encore pour le 6 décembre en dialecte: " aujourd’hui vient Nicolas, et demain Perchta". En Thuringe, elle est célébrée à Noël, le 24 décembre, ce qui la relie au Père Noël. La date de sa venue est aussi célébrée le 13 décembre, ce qui nous renvoie à Sainte-Lucie et à la fête de la lumière du solstice d’hiver, ainsi qu’à Sainte Barbara le 4 décembre. 

Physiquement, Frau Holle est représentée de deux manières très distinctes. Elle est tantôt une jeune femme d’une merveilleuse beauté, avec de longs cheveux d’or, une robe blanche et un corps blanc comme neige, tantôt comme une vieille dame aux cheveux blancs, au nez de fer, aux cheveux hirsutes, et vêtue d’une cape de plusieurs mètres brodée de rouge et ornée de dessins. Cette vieille dame est parfois représentée avec un seul œil. 

 

Toutes ces descriptions permettent de se faire une idée assez exacte de Frau Holle. Il est évident qu’elle incarne la Déesse-Mère Frigg, l’épouse du Dieu Wotan-Óðin, et au-delà de la Déesse céleste, elle incarne aussi la Terre-Mère. En tant que vieille dame, elle est la Terre qui se meurt en automne, et en tant que jeune dame, elle est la Terre qui renaît avec la promesse du printemps annoncée par le solstice d’hiver. Son lien avec la neige permet aussi de la comparer à la Reine de l’hiver, the Ice Queen des contes pour enfants. La connexion entre Frau Holle et le solstice d’hiver ne laisse pas de place au doute quant à son rôle lié à la mort et la renaissance des forces vives durant cette période cyclique. Son lien avec les accouchements et la quenouille la place au même niveau que la Déesse Frigg, protectrice des naissances et de la famille, ainsi que la Norne du destin Urd, qui elle aussi patronne les naissances et les destinées. Ce qui l’unit à Hel et au royaume des morts, est cette image de la Terre qui se meurt en automne avant de renaître au printemps. Dans la tradition germanique, Noël se nomme aussi "la nuit des mères", ce qui encore une fois établit une claire connexion entre la Déesse et le principe de la renaissance cyclique. Son lien avec le pain nous rappelle la fonction première de la grande Déesse, qui est celle de l’abondance et de la fertilité. Sa blancheur est celle de la pureté hivernale, de la glace et de la neige. Quant à la couleur d’or et à la présence de pommes, nous avons là un symbolisme qui nous renvoie au soleil invaincu du solstice et au principe d’immortalité grâce à la force solaire des cycles. 

 

Hathuwolf Harson

 

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Lundi 7 Août 2017


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