Freyja

La Féminité par excellence…

Freyja, ou Freya (prononcer «fraïya»), est une Déesse majeure du panthéon germano-nordique. Son nom signifie la «femme», la «dame», mais aussi la « maîtresse», «l’amante», nom que l’on retrouve en allemand moderne «die Frau» (la femme). Il se rattache au germanique «frjà» qui veut dire «aimer», «faire l’amour», terme qui est identique au sanskrit «priyâ», au latin «fricare» ou encore au vieux français «frayer» (s’accoupler, faire l’amour). Ces origines étymologiques définissent bien une bonne partie du profil de la Déesse, car en effet, Freyja est la Déesse de la féminité, de la beauté, et de l’amour.

 

Freyja est une Déesse de la troisième fonction indo-européenne, celle de production et reproduction. Elle appartient à la famille des Dieux Vanes, des Divinités responsables de l’abondance, de la fertilité et de la fécondité. Les Vanir (Vanes) tirent leur nom d’une racine indo-européenne *wen- qui signifie «désir, l’action de désirer», une racine étymologique qui engendré de nombreux mots comme «Vanas» en sanskrit (le désir), «Vénus» en latin, «wunskan» en vieil-haut-allemand (désirer), «Wunsch» en allemand (le souhait), «wish» en anglais (le souhait). Le «désir» fait ici bien-sûr référence au désir sexuel.

Freyja est fille de Njördr, le Dieu de la mer dans ses régions côtières. Njördr et Nerthus partagent une même origine étymologique qui renvoie à la Terre dont sont issues ces Divinités, tout comme Freyja la partage avec son frère et amant Freyr (le Seigneur et la Dame). Ces deux frères et amants figurent la fécondité, la relation sexuelle, et le pouvoir de reproduction. Il est dit de Freyja qu’elle eût tous les Dieux pour amants, élément qui permet de bien cerner le pouvoir hautement sexuel lié à la Déesse. Sa beauté et son charme ne laissent aucun homme indifférent. Le fait que les Divinités Vanes pratiquent l’inceste symbolise l’union étroite au sein de cette famille divine et aussi leur souci à préserver la pureté du sang. Une des hypostases de Freyja est Gefjon, «celle qui donne», ce qui confirme encore une fois son rôle de «donneuse d’abondance» et de fécondité. Elle aurait eu un mari du nom d’Odr, un Dieu dont on ne sait rien et qui fort probablement n’est qu’une hypostase du Dieu Ódinn. Lorsqu’on sait que chez les Germains, la confusion entre Freyja et Frigga était monnaie courante, alors la tentation est grande de voir un parallèle entre Ódinn-Frigga et Odr-Freyja. 

 

L’animal-esprit de Freyja est le chat. Et vu le rapport étroit de la Déesse avec la sexualité et le sexe féminin, on serait même tenté de dire en faisant un jeu de mots que son animal tutélaire est la chatte. On représente habituellement la Déesse sur un char tiré par deux chats. Le symbolisme du chat est en connexion avec les forces lunaires de fécondité, avec la nuit et les connaissances occultes. Ce dernier élément nous met en relation directe avec un autre aspect de la Déesse, celui de la connaissance occulte et de la magie chamanique connue dans le grand Nord sous le nom de Seidr. Freyja est en effet experte dans ce type de magie, ce qui fait d’elle une dépositaire de cette très ancienne sagesse qui remonte aux pratiques magiques antérieures aux Indo-Européens. La tunique en plumes de faucon (Valshamr) que possède la Déesse est justement sa tenue de prêtresse-chamane lorsqu’elle pratique les anciens rites du Seidr. Quant-à la truie (Sýr) avec qui on l’associe parfois, elle symbolise sa relation avec l’abondance, la richesse et la fertilité. De plus, un de ses célèbres attributs est le collier d’or qu’elle porte, un collier du nom de Brísingamen. Ce collier brillant symbolise le lien de la Déesse avec le principe fécondant du cycle solaire, lui-même régi par la loi cyclique de Vie-Mort-Renaissance. 

 

La mort et la renaissance sont des notions fondamentales qui nous mènent tout droit vers un autre profil de Freyja, car la Déesse reçoit dans son royaume une partie des guerriers morts au combat, l’autre partie allant au Dieu Ódinn. Ici, ce n’est pas vraiment l’aspect guerrier qui est à retenir, car la Déesse ne se caractérise pas par la guerre, mais plutôt cet aspect que nous venons de voir avec la Vie-Mort-Renaissance qui la relie encore une fois à des pouvoirs chamaniques. Adam de Brême qualifia les divinités Vanes de pacifiques lorsqu’il écrivit «pacem voluptatemque largiens mortalibus» (dispensant la paix et la volupté aux mortels). Nous sommes donc très loin d’une Déesse guerrière, car elle serait bien plus une Déesse de la paix. «Til árs ok fridar» disait la formule magique des Vikings («pour une bonne année et pour la paix»). 

Le royaume de Freyja se nomme Fólkvangr, ce qui se traduit par «la plaine du peuple». Le symbolisme de la plaine renvoie à la Terre, à la fécondité, et surtout à la notion symbolique de l’horizontalité. Cette dernière figure le Devenir, le temps qui passe et ce qui est régi par les lois cycliques. L’horizontalité se caractérise justement par son lien avec la féminité, la production, la reproduction, et avec la divine trinité Passé-Présent-Futur. 

 

Freyja, comme toutes les Divinités germano-nordiques, porte plusieurs noms. L’un d’eux est Vanadis, ce qui signifie «la Dise des Vanes». Les Dises sont les entités divines mineures qui représentent les forces cycliques de fertilité et fécondité. Un autre nom de la Déesse est celui de Húsfreya, la Maîtresse de maison. Comme toutes les femmes nobles de la tradition germano-nordique, Freyja est responsable du bon ordre au sein du foyer, elle est garante de la prospérité de la maison et des gens qui y habitent. Son autre nom Hörn pourrait se traduire par «la cornue», ce qui renvoie au symbolisme lunaire et sexuel. En anglais moderne existe le terme de «horny» qui signifie «excité sexuellement». Le lien entre sexe et richesse se concrétise parfaitement avec la corne, car cette dernière nous rappelle aussi le mythe de la corne d’abondance. Le qualificatif de «Vergjörn» pour définir Freyja se traduit par «Avide d’hommes», ce qui une fois de plus confirme bien le symbolisme qui la rattache à l’acte sexuel. Lorsque les anciens textes la définissent comme «in fagra Freyja» (la belle Freyja), il est clair que nos ancêtres païens la voyaient comme l’incarnation même de la beauté féminine, ce qui est renforcé par le terme «Ástagud» (Déesse de l’amour). 

 

L’eau, symbole de vie qui lui aussi possède un lien avec l’acte sexuel, est un élément naturel qui caractérise la Déesse Freyja tout comme il définit également son père Njördr. On dit de Freyja qu’elle est brillante comme la mer, et qu’elle aime beaucoup se baigner dans les rivières et les étangs. Cette relation avec l’élément symbolique de l’eau permet d’appliquer à la Déesse les vertus de la rune Lögr, la rune de l’eau. 

 

Ainsi, nous avons pu voir de manière très résumée les principales caractéristiques de la Déesse germano-nordique Freyja. Mais on pourrait bien-sûr en dire beaucoup plus car les références à la grande Déesse de l’amour sont nombreuses et riches en information. 

 

Til árs ok friðar !

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Dimanche 19 Novembre 2017