Et arrivèrent les Dieux Celtes...

Les Tuatha-Dé-Danann en Irlande...

Pour les amoureux des mythes celtes, voici le récit détaillé de la toute première arrivée des Dieux en Irlande. Ces Dieux sont les Tuatha-Dé-Danann, ce qui signifie «Ceux de la tribu de la Déesse Dana». Ils sont les Dieux ouraniens du panthéon celte, d’une indiscutable origine indo-européenne. Ils sont comparables aux Ases de la tradition germano-nordique ou aux Olympiens de la tradition grecque. Et tout comme il y eut à l’origine une guerre entre les Dieux Ases et Vanes chez les Germains et les Nordiques, il y eut chez les Celtes également un mythe fondateur avec la guerre entre les Tuatha-Dé-Danann et les Fir-Bolgs. Ce mythe fondateur entre Dieux ouraniens et Dieux chtoniens déboucha dans les deux cas sur un traité de paix. Nous allons voir à présent ce mythe fondateur de la tradition païenne des Celtes d’Irlande qui est également connu comme la première bataille de Mag Tuired. Notez au passage que ce mythe présente des éléments hautement intéressants et instructifs, des éléments qui encore une fois démontreront aux bisounoursés de la tête, que le monde païen n’est pas un monde d’eau de rose où tout le monde serait frère et gentil. Nous allons voir que c’était un monde hiérarchisé, une culture guerrière où la conscience raciale et le respect des identités n’étaient pas de vains mots. De plus, on y voit que les Fir-Bolgs possédaient déjà des druides, ce qui confirmerait que les druides ne sont pas un «produit» exclusivement celte, mais un héritage issu du néolithique ancien. Laissez-vous donc envoûter par ce mythe qui remonte à la nuit des temps… 

 

Il y a très longtemps, peut-être avec l’arrivée des premiers Indo-Européens, à une époque où la mémoire se perd dans l’oubli du temps, arrivèrent en Irlande les Dieux, les gens de la tribu de Dana que l’on appelait les Tuatha-Dé-Danann. Ils arrivèrent par les airs dans un grand nuage de brume. Ils vinrent du Nord de 4 cités mythiques : la grande Falias, la brillante Gorias, Finias, et la riche cité de Murias. Un grand sage vécut dans chacune de ces cités, un sage qui enseignait aux jeunes les voies de la sagesse et de la connaissance : Morias, Urias le noble, Arias le poète aux beaux cheveux, et Senias. De ces cités, ils apportèrent avec eux 4 objets sacrés : la pierre de la vertu de Falias qu’on appelait Lia Fail – la pierre du destin, l’épée de Gorias, la lance de la victoire de Finias, et le chaudron magique de l’éternelle abondance de Murias. 

 

En ces temps-là, Nuada était le roi des Tuatha-Dé-Danann, mais Manannan fils de Lir prenait à nouveau de l’importance. Et parmi eux se trouvaient de grands chefs comme le Dieu Ogma, le frère du roi qui leur enseigna l’écriture oghamique. Parmi les Tuatha-Dé-Danann se trouvaient également Diancecht le Dieu médecin, Neit un Dieu des batailles, Credenus l’artisan, Goibnu le forgeron. De grandes Dames vinrent aussi comme Badb, Macha, et Morrigu, toutes trois Déesses de la guerre, ainsi qu’Eire qui donna son nom à l’Irlande, Fodla et Banba des filles du Dieu Dagda, Eadon la nourrice des poètes, Brigit que tous les poètes vénéraient, et qui soignait aussi les malades et les blessés. Son nom venait de Breo-saighit, la flèche fougueuse. Parmi les Dames il y avait aussi de nombreuses créatures de l’ombre ainsi que de grandes reines, mais Dana la mère des Dieux, était la plus grande d’entre elles. 

 

Trois éléments étaient parmi les plus vénérés chez les Tuatha-Dé-Danann : la charrue, le soleil, et le noisetier. Sous la mer se trouvait un puits sacré où 9 noisetiers avaient pris racine. C’était les noisetiers de l’inspiration sacrée et de la connaissance. Les fruits des noisetiers tombaient dans le puits. Cinq saumons attendaient dans le puits pour se nourrir de ces fruits. Quiconque qui mangeait un de ces saumons possédait alors le génie de la poésie ainsi que la sagesse des Dieux. Sept ruisseaux de la sagesse jaillissaient du puits et retournaient dans le puits formant une grande boucle. Les gens de nombreux arts buvaient de ces courants d’eau sacrée.

 

C’était un jour de Beltaine, le jour de Mai, lorsque les Dieux arrivèrent en Irlande. Ils atterrirent au Nord-Ouest de Connacht. Les Fir-Bolgs qui étaient en Irlande avant les Tuatha-Dé-Danann, et qui vinrent du Sud, ne virent rien si ce n’est une grande brume qui se posa sur les collines. Eochaid fils d’Erc était en ces temps-là le roi des Fir-Bolgs. Des messagers vinrent à lui à Teamhair et lui contèrent qu’une nouvelle race de gens était arrivée en Irlande sans que l’on sache comment ils y étaient parvenus. Ces inconnus d’une autre race s’étaient établis à Magh Rein. Le roi des Fir-Bolgs, Eochaid, fit alors un rêve qu’il demanda à ses druides d’interpréter. Ces derniers lui expliquèrent que d’ici peu de temps un puissant ennemi allait venir à lui. Sur ce, Eochaid se réunit avec ses chefs et conseillers, il y fut décidé d’envoyer un de leurs champions. Ce héros de leur race se nommait Sreng, il était un grand guerrier. Il prit son bouclier, ses deux lances massives, son épée, son casque, et il partit de Teamhair en direction de Magh Rein où se trouvaient les étrangers. Mais avant qu’il puisse atteindre sa destination, les veilleurs des Tuatha-Dé-Danann l’avaient vu. Eux aussi envoyèrent un champion. Ce dernier portait le nom de Bres et il alla à la rencontre de Sreng. Ils se rapprochèrent lentement l’un de l’autre en s’observant de manière soutenue. Une fois assez proches pour pouvoir se parler, ils s’arrêtèrent, plantèrent leur bouclier devant eux tout en s’observant. Bres le Tuatha-Dé-Danann parla le premier, et Sreng le Fir-Bolg fut surpris d’entendre qu’il parlait irlandais, sa propre langue. Ils s’interrogèrent mutuellement sur leur famille et leur race. Ils s’échangèrent les armes car ils étaient curieux de leur armement respectif. Pour finir, Bres fit part à Sreng des conditions des Tuatha-Dé-Danann pour trouver un accord entre les deux partis. Ils seraient prêts à faire la paix si les Fir-Bolgs sont disposés à leur laisser la moitié du pays. Mais si les Fir-Bolgs refusent, alors la guerre serait déclarée entre les deux races. Bres et Sreng se firent quand-même la promesse que quoiqu’il arrive, ils resteraient amis. 

 

Sreng retourna à Teamhair auprès des siens, leurs donna le message et leurs montra les lances des Tuatha-Dé-Danann. Ils furent surpris de voir que ces armes étaient meilleures que les leurs. Eochaid, le roi des Fir-Bolgs, refusa catégoriquement de donner la moitié du pays aux Tuatha-Dé-Danann, car il était convaincu que s’il acceptait, d’ici peu ils réclameraient le pays tout entier. Lorsque Bres rejoignit les siens, ils méditèrent la situation, et furent persuadés qu’il y aurait un conflit entre les deux races. Ils s’en allèrent un peu plus loin à l’Ouest de Connacht et s’établirent dans la plaine de Magh Nia où ils construisirent des palissades ainsi qu’un fossé. Pendant ce temps, trois Déesses des Tuatha-Dé-Danann, Badb, Macha, et Morrigu, se rendirent à Teamhair chez les Fir-Bolgs. Là, elles lancèrent un charme magique. Une épaisse brume et de gros nuages noirs couvrirent toute la région. Ensuite une pluie de feu et de sang tomba sur les gens durant trois jours. Personne ne put parler à personne, ce qui causa d’énormes problèmes pour établir les plans de guerre. Au bout de trois jours, trois druides des Fir-Bolgs du nom de Gnathach, Cesarn et Ingnathach, purent rompre le charme lancé par les Déesses guerrières des Tuatha-Dé-Danann. À continuation Les Fir-Bolgs réunirent 11 bataillons et se mirent en route vers la plaine de Magh Nia. 

 

Nuada, le roi des Tuatha-Dé-Danann, envoya ses poètes afin de refaire la même proposition en expliquant qu’ils se contenteraient de la moitié du pays. Le roi Eochaid refusa encore une fois. Les deux races décidèrent alors d’un commun accord de se laisser un délai de 3 mois afin de se préparer pour la guerre. 

Ce fut un jour de solstice d’été que commença la bataille. Trois fois neuf guerriers des Tuatha-Dé-Danann furent envoyés contre trois fois neuf guerriers des Fir-Bolgs. Un chiffre magique car le 9 représente le début d’un nouveau cycle, et 3 fois 9 sont 27, ce qui donne encore une fois le chiffre 9 en faisant la somme de 2 plus 7. Les deux partis en présence en appellent ainsi à la force d’un cycle nouveau. Dans cet affrontement les Fir-Bolgs furent vaincus et leurs guerriers tués. Les Fir-Bolgs vinrent alors plus nombreux et la bataille dura 4 jours. De grandes prouesses guerrières et des combats valeureux eurent lieu de part et d’autre. Les blessés furent soignés chaque soir par leurs médecins respectifs grâce à un bain magique fait de nombreuses plantes médicinales afin que les guerriers puissent à nouveau combattre le jour suivant. Le 4è jour les Tuatha-Dé-Danann finirent par avoir le dessus et les Fir-Bolgs durent faire marche arrière. Eochaid prit d’une grande soif, se retira avec ses hommes un instant. Les Tuatha-Dé-Danann l’attaquèrent à ce moment. Une lutte terrible s’en suivit, el roi des Fir-Bolgs, Eochain, tomba. Sa mort marqua la fin de la bataille. Il fut enterré à cet endroit et sa tombe couverte d’un tertre de pierres. Des 11 bataillons des Fir-Bolgs seulement 300 hommes survécurent. Nuada, le roi des Tuatha-Dé-Danann, leur proposa la paix. Il laissa aux Fir-Bolgs le choix d’une province sur les 5 provinces que compte l’Irlande. Leur choix se porta sur celle de Connacht. Ainsi s’acheva cette guerre mythique entre la race des Fir-Bolgs et celle des Tuatha-Dé-Danann. Les anciens chantèrent durant de nombreuses générations les hauts faits de cette guerre qui entra dans l’histoire comme la première bataille de Magh Tuireadh.

 

Hathuwolf Harson

 

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Lundi 5 Février 2018


Le règne de Bres...

Suite à la victoire des Tuatha-Dé-Danann sur les Fir-Bolgs, il y eut donc un traité de paix qui donna 4 des 5 provinces irlandaises aux vainqueurs. Nuada, le roi des Tuatha-Dé-Danann, qui avait affronté en combat singulier Sreng, le champion des Fir-Bolgs, n’en sortit pas indemne. Nuada perdit un bras dans ce combat. Le sacrifice de ce bras afin d’assurer la victoire et l’ordre, n’est pas sans rappeler le mythe germano-nordique où le Dieu Tiwaz/Týr sacrifie une main dans la gueule du loup Fenrir pour préserver l’ordre divin. Nuada et Tiwaz sont d’ailleurs tous deux représentants de la première fonction souveraine dans la classification tripartite selon la tradition indo-européenne. La perte du bras du Dieu Nuada causa certains problèmes et vexations parmi les siens, car la loi des Tuatha-Dé-Danann exigeait qu’un roi doive être en parfaite condition physique pour pouvoir régner. Nuada fut donc destitué et dût abandonner le trône. À sa place fut choisi Bres qui était le plus beau des jeunes hommes de la tribu de Dana. Sa mère était de bonne race car elle était une Tuatha-Dé-Danann, mais personne ne savait qui était son père. Malgré sa grande beauté, le règne de Bres tourna très vite à la catastrophe et n’apporta aucune chance à son peuple. Les Fomoires imposèrent aux Dieux de lourds tributs, ce qui mit les Tuatha-Dé-Danann en position servile par rapport aux Fomoires. Ces derniers étaient aussi appelés les «Géants de la mer», ils étaient parmi les premiers à avoir peuplé l’Irlande. Ces Fomoires, tout comme les Géants de la tradition germano-nordique ou les Titans de la tradition gréco-romaine, étaient en grande majorité des créatures monstrueuses dont le règne se trouvait sous la mer selon certains, ou à l’Ouest du monde selon d’autres versions. C’est une race primitive, brute et dégénérée qui représente le chaos. Ils sont ennemis de l’ordre cosmique et divin. Les Fomoires étaient amis avec les Fir-Bolgs, mais liés au chaos, ils étaient évidemment ennemis des Tuatha-Dé-Danann. Le tribut et les taxes qu’imposèrent les Fomoires aux Tuatha-Dé-Danann étaient énormes, car ils devaient leurs donner un tiers de leurs récolte, un tiers de leur lait, et un tiers de leurs enfants. Bres, le nouveau roi des Tuatha-Dé-Danann, ne fit bizarrement aucun effort pour s’opposer à cette situation injuste. Au contraire, il endurcit même les taxes. De plus, Bres n’accueillati aucun poète pour perpétuer la mémoire et l’identité des clans, ce qui était une véritable offense aux us et coutumes. Le Dieu Ogma, qui habituellement s’adonnait aux poèmes sacrés, n’eut plus la possibilité de chanter les hauts faits des anciens, car Bres l’obligea à s’occuper du feu pour les guerriers. Il en fut de même pour le Dieu Dagda qui dut s’affairer à construire une tranchée. Même la famine ne fut pas épargnée aux Dieux qui ne purent plus manger à leur faim. Un jour, un poète vint et demanda l’hospitalité. Bres le fit mettre dans une pièce obscure sans feu et dans de misérables conditions. Le lendemain, le poète lança une malédiction sur Bres en disant la chose suivante : «Sans nourriture sur ma table, sans lait suffisant pour que puisse s’alimenter un petit veau, sans abri véritable, sans lumière pour éclairer l’obscurité de la nuit, sans assez d’argent pour payer un conteur d’histoires ; que telle soit la prospérité de Bres». Depuis ce jour-là, alors qu’elle n’était déjà pas reluisante, la situation s’aggrava. 

 

Après avoir été quelques temps malade suite à la perte de son bras, Nuada fut soigné par le Dieu-médecin Diancecht qui remplaça son membre perdu par un bras en argent, un bras magique qui lui permit de bouger chaque doigt de la main. À partir de ce jour, le Dieu fut appelé Nuada Argat-lamh, Nuada-à-la-main-d’argent. Miach, le fils de Diancecht, lorsqu’il vit cela, dit qu’il n’était point satisfait avec ce que fit son père. Miach prit la main coupée de Nuada et la mit à sa place en prononçant la formule magique «Joint pour joint, tendon pour tendon». Le rituel complet dura 3 jours. Et à la fin, le Dieu Nuada fut complètement guéri et posséda à nouveau toute son intégrité physique. Mais, Diancecht fut vexé en voyant que son fils avait soigné mieux que lui-même. Il prit son épée et la lança à la tête de Miach qui put aussitôt guérir sa blessure. Diancecht lança une seconde fois l’épée et à nouveau son fils put se soigner. Diancecht lança une troisième et quatrième fois l’arme à la tête de son fils qui perdit cette fois-ci son cerveau, une blessure qu’aucune magie ne pourrait guérir. Miach mourut et fut enterré. Des herbes magiques grandirent sur sa tombe, 365 herbes dotées d’un puissant pouvoir. Diancecht qui eut vent de cela, s’empressa de mélanger les herbes, ce qui fait que plus personne jusqu’à ce jour ne connaît les vertus de ces plantes. 

 

Lorsque les Tuatha-Dé-Danann virent que Nuada était complètement guéri, ils se rassemblèrent à Teamhair et demandèrent à Bres d’abandonner le trône. Ce dernier dut rendre son pouvoir à contre cœur, et Nuada devint ainsi à nouveau le roi des Tuatha-Dé-Danann. Énormément vexé, Bres songea aussitôt comment il pourrait se venger et rassembler une armée. Il alla auprès de sa mère Eri et lui demanda de lui dire enfin qui était son père afin qu’il puisse connaître ses origines. Elle finit par lui avouer que son père était Elathan un roi Fomoire, ce qui explique évidemment pourquoi Bres n’eut à aucun moment durant son règne l’attitude noble et solaire d’un homme de bonne race. Ce roi Fomoire avait offert à Eri un précieux anneau en or avec la recommandation qu’elle ne devait le donner à personne sauf si l’anneau lui allait parfaitement au doigt. Eri le donna alors à son fils Bres, et, l’anneau lui alla comme un gant. Ils se rendirent tous deux sur la côte où se trouvait un navire d’argent. Avec ce dernier ils voguèrent en direction du pays des Fomoires. À leur arrivée, de nombreux Fomoires étaient réunis. Elathan, le père de Bres, reconnut aussitôt l’anneau, et il demanda qui était ce jeune homme. Eri sa mère lui conta alors toute l’histoire en lui expliquant que Bres était son fils. Elathan demanda à Bres ce qui l’avait mené si loin d’Irlande. Il lui répondit : «ma propre incompétence et injustice me menèrent vers ici. J’ai pris leurs trésors, leurs joyaux, et même leur nourriture, et je fus le premier à les imposer avec de lourdes taxes». Elathan lui répondit : «c’est très mal ça, car tu aurais dû penser à leur prospérité au lieu de te soucier seulement de ton règne. Et que viens-tu faire ici alors?». Bres lui dit qu’il venait pour recruter une armée afin de reprendre l’Irlande par la force. Elathan lui rétorqua qu’il n’avait aucun droit de prendre de manière injuste ce qu’il n’avait point su garder de manière juste. Bres demanda : «quel conseil as-tu pour moi alors?» Elathan lui recommanda de demander de l’aide à Balor-au-mauvais-œil, le grand chef des rois fomoires. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • Complete Irish Mythology
  • Celtic Myths and Legends

 

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Lundi 5 Février 2018


La venue du Dieu Lugh...

Ce texte de la mythologie irlandaise nous fait découvrir le Dieu Lugh, un Dieu incontournable dans la tradition païenne des Celtes. Il est un Dieu pan-celtique, c'est-à-dire qu’il fut vénéré chez tous les peuples celtes, que ce soit chez les Gaulois, les Irlandais, les Brittons, ou encore les Celtibères. Ce Dieu se caractérise par son profil multifonctionnel, il est capable d’assumer toutes les fonctions du panthéon. Mais malgré cet aspect polyvalent, le Dieu Lugh se distingue surtout par l’utilisation de la magie et par son aspect très solaire. Au même titre que le Dieu Óðin du panthéon nordique, le Dieu celte Lugh occupe dans le panthéon la place de la fonction souveraine, celle qui est liée à l’aspect magico-religieux. Il est en cela le digne représentant de la 1è fonction selon la tripartition héritée de la tradition indo-européenne. Voyons à présent la première apparition que fit Lugh dans la tradition irlandaise. 

 

Après qu’il ait été à nouveau nommé roi des Dieux, la race des Tuatha-Dé-Danann, Nuada à la Main d’Argent avait organisé une fête à Teamhair. Deux gardiens veillaient à l’entrée de Teamhair lorsqu’un jeune homme se présenta. Il demanda à l’un d’eux de bien vouloir le laisser entrer et de le mener jusqu’au roi. 

  • «Qui es-tu ?» demanda le gardien.
  • «Je suis Lugh, fils de Cian des Tuatha-Dé-Danann et d’Ethlinn, fille de Balor, roi des Fomoires».
  • «Quelles sont tes compétences ? Car celui qui ne domine aucun art ne peut entrer.»
  • « Je suis charpentier» répondit Lugh.
  • «Nous ne voulons pas de toi alors, car nous avons déjà un charpentier du nom de Luchtar fils de Luachaid» dit le gardien.
  • «Alors je suis un forgeron».
  • «Nous avons déjà un forgeron qui répond au nom de Colum Cuaillemech des Trois Nouvelles Voies».
  • «Alors je suis un héros, un champion».
  • «Ça ne nous sert à rien, car nous en avons déjà un avec Ogma le frère du roi».
  • «Je suis un joueur de harpe».
  • «Inutile car nous en avons un du nom de Abhean fils de Bicelmos, que les gens des Trois Dieux apportèrent des collines».
  • «Je suis un poète» rétorqua Lugh, «et un conteur d’histoires».
  • «Nous en avons un, il s’appelle Erc fils d’Ethaman».
  • «Je suis un magicien».
  • «À quoi bon ? Nous avons déjà tellement de magiciens et d’hommes de pouvoir» répondit le gardien.
  • «Je suis un médecin».
  • «Nous avons Diancecht, notre Dieu-Médecin».
  • «Laissez-moi être alors un porteur de coupes».
  • «Nous ne voulons pas de toi, car nous en avons déjà 9».
  • «Je travaille très bien le cuivre» dit Lugh.
  • «Nous avons Credne Cerd qui travaille très bien le cuivre» dit le gardien.
  • «Et bien demandez au roi si vous avez quelqu’un qui soit compétent dans tous ces domaines à la fois. Si oui, je ne demanderai plus à entrer à Teamhair. 

 

Le gardien se rendit auprès du roi Nuada, et lui dit :

  • «Au portail d’entrée se trouve un jeune homme que l’on devrait nommer Ildánach, le Maître de tous les Arts, car il est capable de remplir toutes les fonctions des gens de votre maison».
  • «Mettez-le à l’épreuve avec le jeu d’échecs» répondit Nuada.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Lugh gagna sans détour au jeu d’échecs. Nuada décida ainsi de le laisser entrer. Il alla se présenter au roi et s’assit sur le siège de la connaissance. Il y avait à cet endroit une énorme pierre que seuls 4 fois 20 bœufs pouvaient bouger. Le Dieu Ogma souleva cette pierre et la lança hors de la maison, si fort qu’elle retomba en dehors de Teamhair. Le Dieu Lugh releva le défi et la lança à son tour de telle manière qu’elle retomba à nouveau au milieu de la maison du roi. Ensuite Lugh joua de la harpe. Ses mélodies divines envoûtèrent toute l’audience qui se mit tour à tour à rire et à pleurer, jusqu’à ce qu’ils sombrèrent dans un sommeil magique. Lorsque Nuada vit toutes ces choses, il pensa que Lugh pourrait être d’une aide précieuse afin de se libérer de la tyrannie des Fomoires et de leurs lourdes taxes. Au commencement était l’action, et c’est ainsi que Nuada prit aussitôt la décision de laisser régner Lugh pour une période de 13 jours, car ainsi les Tuatha-Dé-Danann écouteraient ses sages conseils. 

 

C’est à un endroit tranquille nommé Grellach Dollaid où se réunirent Lugh, Nuada, le Dagda, Ogma, Goibniu et Diancecht. Ils y restèrent finalement toute une année pour forger les plans secrets contre les Fomoires. Quelques temps après, Nuada, redevenu roi, tint une assemblée à la colline d’Uisenech, à l’Ouest de Teamhair. C’est là, au-delà des plaines, qu’apparut une troupe armée venant de l’Est, avec à leur tête un jeune homme dont le visage rayonnant comme le soleil couchant empêchait qu’on puisse le regarder de manière fixe tellement la lumière était intense. Lorsqu’il se rapprocha, tout le monde put reconnaître le Dieu Lugh Lamhfada, à la Longue Main. Il venait ainsi avec les cavaliers du sidhe de la terre des promesses. Avec lui vinrent aussi les fils du Dieu Manannan. Lugh portait l’armure de Manannan qui empêchait toute blessure. Il portait aussi un superbe casque orné de pierres précieuses, et lorsque Lugh retirait ce casque, son front brillait comme le soleil d’une aride journée d’été. Il brandissait également l’épée de Manannan nommée Freagartach, terme que l’on peut traduire par «le Répondeur». Quiconque était blessé par cette épée ne s’en sortait pas vivant. Quiconque se dressait contre cette épée, perdait toute sa force. 

Peu de temps après, vint à leur rencontre une troupe de messagers des Fomoires au nombre de 9 fois 9. Ils venaient pour encaisser leurs taxes. Lugh se précipita sur eux. La bataille fut brève et très intense. Il tua huit-neuvième de cette troupe de Fomoires. Neuf Fomoires furent épargnés afin qu’ils transmettent un message à leur roi. Et c’est ce qu’ils firent. Balor au Mauvais-Œil, le roi des Fomoires, leur demanda s’ils connaissaient ce jeune homme. Ils lui expliquèrent que c’était le fils de sa fille, et que l’on avait prédit qu’avec l’arrivée de Lugh en Irlande, les Fomoires perdraient leur pouvoir à tout jamais. C’était justement l’époque à laquelle Bres et son père Elathan étaient venus demander conseil afin de faire la guerre aux Tuatha-Dé-Dannan (voir l’article «le règne de Bres»). Bres dit à Balor : «J’irai moi-même en Irlande avec 7 grands bataillons de cavaliers fomoires, et je ferai la guerre à ce Ildánach, Maître de tous les Arts (Lugh). Je lui couperai la tête et te l’apporterai ici. Faites préparer les navires et les provisions afin que nous puissions partir le plus tôt possible avec nos armes». Balor les accompagna jusqu’au rivage et leur dit : «Fais la guerre à ce Ildánach et décapite-le. Accroche à tes navires cette île qu’on appelle Irlande, de telle manière que les eaux destructrices remplacent cette terre». Bres et les siens partirent ainsi vers l’Irlande où ils commencèrent par ravager toute la partie Ouest du conté de Connacht. À cette époque, le roi de Connacht était Bodb Dearg, fils du Dieu Dagda.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Lundi 5 Février 2018


Les Fils de Tuireann…

La première Queste du Graal…

1ère Partie

Voici la 4è partie concernant l’arrivée des Dieux en Irlande selon la mythologie celtique. Pour les 3 premières parties, voir les liens à la fin. L’épisode suivant est particulièrement intéressant car il présente un des archétypes païens de la quête du graal. Ce passage est chargé en symbolisme et nous rappelle au passage que le pardon n’est pas une valeur païenne, car le principe de la vengeance est une valeur sacrée pour toute tradition païenne. Ce texte nous montre également les connaissances géographiques de l’époque, des connaissances très étendues et vastes, puisque les Celtes peuplèrent une grande partie de l’Europe, et même au-delà. Voyons donc ce passage que les textes anciens ont intitulé «Les Fils de Tuireann». Le texte original est bien plus long que mon article, j’ai dû le résumer quelque peu afin de raccourcir mon exposé. Et malgré cela, mon article est encore de taille, ce qui m’oblige à le diviser en deux parties…

 

Le Dieu Lugh se rendit auprès de Nuada pour lui faire part de l’arrivée des Fomoires en Irlande et de leurs premières exactions avec les destructions causées dans le conté de Connacht, conté régi par le roi Bodb Dearg, fils du Dagda. Nuada n’était pas enclin à venger cette destruction par les Fomoires, ce qui déplut à Lugh. Ce dernier partit de Teamhair en direction de l’Ouest (le soleil couchant qui annonce une mort prochaine). En chemin il rencontra son père Cian accompagné de ses frères Cu et Ceithen, tous trois fils de Cainte. Ils firent la promesse de se joindre à la bataille qui s’annonçait inévitablement contre les Fomoires, une guerre qui sera connue dans les annales comme la seconde bataille de Magh Tuireadh. Le Dieu Lugh leur demanda de partir chercher les Cavaliers du Sidhe et de les réunir pour la bataille prochaine. Cu et Ceithen partirent en direction du Sud tandis que Cian, le père de Lugh, s’en alla en direction du Nord. C’est là que Cian rencontra les 3 fils de Tuireann, lui-même fils du Dieu Ogma. On ne sait plus pour quelle raison les deux clans des Tuatha-Dé-Danann étaient en froid, mais les fils de Tuireann avaient juré de tuer tout fils de Cainte si l’un d’eux croisait leur chemin. Voyant les fils de Tuireann, et se sachant seul contre trois, Cian décida de leur échapper. Un troupeau de cochons se trouvait tout près, ce qui lui permettrait peut-être de passer inaperçu. Il prit un vêtement de druide, qui, par magie, le fit se transformer en cochon. Il se mélangea ainsi au troupeau. Ceci relève d’un type de magie chamanique fortement présent dans les rites druidiques. Mais Brian, un des fils de Tuireann, avait remarqué auparavant la présence de Cian, et se doutait de sa ruse. Il transforma à son tour ses deux frères en chiens pour qu’ils puissent lever le cochon enchanté. Se voyant acculé, Cian demanda à Brian qu’il l’épargna. Mais ce dernier refusa et dit : «Je jure par les Dieux des airs que si la vie revient en toi 7 fois, je te la reprendrais à chaque fois». Brian lui accorda toutefois de pouvoir se transformer à nouveau en homme afin de pouvoir mourir dignement. Cian leur dit que pour sa mort, ils devront payer un lourd tribut. Brian et ses frères lapidèrent alors le père de Lugh. Ils le mirent en terre, mais cette dernière rejeta par 6 fois le corps. Ce n’est qu’à la 7è fois que la terre conserva en son sein le corps de Cian. Sur ce, les fils de Tuireann rejoignirent Lugh afin de se préparer pour la bataille.

 

Lugh quant à lui, avait continué son chemin vers l’Ouest, lorsqu’il parvint en vue des Fomoires. Parmi ces derniers, Bres fils d’Elathan s’écria : 

  • «Quel est cet enchantement étrange ? Il me semble que le soleil se lève à l’Ouest». 
  • «Il serait préférable que ce soit le soleil» lui répondirent ses druides, «mais ça ne l’est point, car voici la face rayonnante et lumineuse de Lugh, fils d’Ethlinn». 

(Cette mention confirme une fois de plus l’aspect solaire de Lugh, mais un aspect solaire très souvent lié avec le soleil au crépuscule, ce qui est à mettre en relation avec le même aspect quelque peu obscur du Dieu Óðin de la tradition nordique. Rappelons que ces deux Dieux partagent la fonction souveraine liée à l’aspect magico-religieux dans le cadre de la tripartition indo-européenne). 

Lugh salua les Fomoires, et leur fit une offre en leur proposant de rendre le butin de leur saccage. Ces derniers refusèrent. Au bout de 3 jours et 3 nuits, Lugh fut rejoint par les Cavaliers du Sidhe et par 2900 guerriers menés par Bodb Dearg. Une première lutte s’engagea au lieu connu sous le nom de Magh Mor an Aonaigh. Dans leur charge, Lugh et les siens exterminèrent d’un trait 200 Fomoires. Bres demanda à Lugh de l’épargner, car il voulait que la guerre se fasse sur un pied d’égalité. Bres jura de revenir avec comme armée toute la race des Fomoires. Lugh accepta sa demande. C’est ainsi que s’amorcèrent les préparations pour la bataille définitive entre les deux races. 

 

Après cette lutte, Lugh s’inquiéta de ne pas avoir vu son père avec les Cavaliers du Sidhe. Il ne tarda pas à apprendre la vérité et la manière par laquelle les fils de Tuireann avaient tué son père. Il jura de le venger, et voici ce qu’il dit : «La mort de Cian, la mort d’un grand champion, m’a laissé comme un corps sans âme, sans force et sans puissance, sans sensation pour la vie. Les fils de Tuireann l’ont tué. Ma haine se dirigera contre eux et les poursuivra jusqu’au bout du monde». Puis, vint une réunion à Teamhair, où Lugh put confondre les fils de Tuireann qui durent admettre leur crime. Brian, Iuchar, et Iucharba, les trois frères, acceptèrent de payer tribut. Ils demandèrent à Lugh en quoi allait consister ce tribut. Lugh leur dit :

  • «Votre tribut est de ramener 3 pommes, une peau de cochon, une lance, 2 chevaux, un chariot, 7 cochons, un chiot, un chaudron, et 3 cris que vous devrez pousser sur une colline. Si vous accomplissez votre mission, je vous garantie la vie, sinon c’est la mort qui vous attend». 

Les fils de Tuireann se réjouirent car cela ne leur parut pas grand-chose. Ils jurèrent donc d’accomplir leur devoir et de payer ce tribut. Mais, après avoir prêté serment, Lugh leur expliqua en quoi consistait exactement ce tribut. Et là, leur surprise fut de taille, car le tribut était lui-même de taille. Lugh leur dit : 

  • «Les 3 pommes sont des pommes du jardin à l’Est du monde, que certains connaissent comme le jardin des Hespérides. Ce sont les pommes de l’éternelle jouvence qui ôtent les effets des blessures et de la souffrance. La peau de cochon est celle que possède Tuis le roi de Grèce, une peau qui soigne magiquement toute blessure ou maladie. (Le nom de Tuis rappelle quelque peu celui de Zeus, et la peau de cochon pourrait être mise en parallèle avec la célèbre toison d’or de la tradition grecque). La lance que vous devez rapporter est la lance magique du roi de Perse. Cette lance est conservée dans un bain de sang car sinon son pouvoir est tellement grand qu’il peut en devenir incontrôlable. Le chariot et les deux chevaux sont ceux de Dobar, le roi de Siogair. Il n’y a pas de cheval plus rapide et plus agile, car ils chevauchent aussi bien sur terre qu’au-dessus des eaux. Les 7 cochons sont ceux d’Easal, roi des Pilliers d’or. On peut les tuer chaque soir, car au matin ils sont à nouveau en vie. Aucune maladie n’affecte les personnes qui en mangent. Le chiot est celui du roi d’Ioruaidh, le pays du froid. Toute bête sauvage tombe comme terrassée à la vue de ce chiot, car sa force magique est immense. Le chaudron est un de ceux que possèdent les Dames d’Inis Cenn-fhinne, l’île de Caer (chaudron qui n’est pas sans rappeler celui de la tradiiton païenne du graal). Quant aux trois cris, ils doivent être poussés sur la colline de Miochaoin au Nord de Lochlann. Miochaoin et ses trois fils protègent cette colline, et interdisent sous peine de mort à quiconque d’y pousser des cris. Si vous réussissez à passer toutes les épreuves précédentes, je pense que cette dernière vous donnera la mort que vous méritez». 

 

En écoutant les révélations de Lugh, une grande angoisse emplit le cœur des fils de Tuireann, car tous ces objectifs relèvent d’une quête pour ainsi dire impossible à réaliser. Cette quête sera le grand tournant de leur vie, et ils n’auront de cesse tant que le tribut divin ne sera pas payé. Ils auraient besoin pour cela de posséder au moins un atout, une aide à caractère magique, car une quête divine ne peut être accomplie sans une aide divine. Ils pensèrent aussitôt au navire enchanté de Manannan connu sous le nom de Scuabtuinne, le balayeur des vagues. Mais pour que Lugh leur accorde ce navire magique qui vogue automatiquement vers la destination souhaitée, ils allaient devoir user de ruse. Ils demanderont autre chose en premier, afin que Lugh ne puisse refuser la seconde requête. Et c’est ce qu’ils firent en demandant d’abord le droit d’avoir Aonbharr le cheval magique de Manannan. Lugh leur refusa le cheval, mais ensuite il ne put leur refuser le droit d’avoir le navire magique, le balayeur des vagues. C’est ainsi, qu’après avoir fait les adieux à leur père et à leur sœur, ils s’en allèrent à bord de leur navire magique. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Lundi 5 Février 2018


Les Fils de Tuireann…

La première Queste du Graal…

2ème Partie

Commença la grande quête des fils de Tuireann. Le tribut que le Dieu Lugh leur imposa pour l’assassinat de son père était lourd, mais en bons guerriers qu’étaient les 3 frères, ils partirent quand-même la confiance dans le cœur. Ils décidèrent de voguer vers l’île à l’Est du monde, l’île aux pommes de l’éternelle jouvence qui guérissent tout. Les pommes étant gardées par de redoutables archers, Brian proposa d’utiliser la magie pour dérober les 3 pommes du tribut. Arrivés en vue de l’île, Brian prit la baguette de son druide et transforma ses deux frères ainsi que lui-même en faucons. Ils volèrent très haut, puis, se précipitèrent sur les pommes sans trop de difficulté. Chacun des faucons prit une pomme dans ses griffes et s’envola vers le navire. Le roi de l’île enchantée envoya ses trois sages filles sous forme de balbuzards à la poursuite des 3 voleurs. Il envoya aussi des éclairs, ce qui les mit grandement en danger. Brian prit à nouveau la baguette de son druide et transforma leur apparence en cygnes, ce qui leur permit de se poser sur l’eau avant d’être brûlés par les éclairs. Les balbuzards cessèrent la poursuite et s’en retournèrent vers l’île de leur père. Brian et ses frères purent rejoindre leur navire magique. 

 

Les fils de Tuireann mirent alors cap vers la Grèce en quête de la peau de cochon, propriété du roi Tuis, une peau magique qui soigne toute blessure et toute maladie. Arrivés aux portes du palais, les 3 frères se présentèrent comme 3 poètes venus de la lointaine Irlande. Ils expliquèrent qu’ils étaient venus offrir un poème enchanté au roi de Grèce, raison pour laquelle ils demandaient une audience auprès du roi. Après quelques hésitations, Brian conta au roi un poème inventé sur le tas:

  • «O Tuis, nous ne voulons point voiler ta célébrité ; nous te célébrons comme le chêne parmi les rois. La peau d’un cochon, prime sans dureté, ceci est la récompense que je demande.» Après deux autres vers, le roi s’exclama :
  • «Voilà un très bon poème, mais je ne comprends point son sens». 

Brian lui répondit :

  • «Tu possèdes une peau de cochon, une peau magique que nous désirons avoir comme prime pour notre poème».

Le roi lui dit :

  • «Tu n’es pas très sensé de me demander ainsi la peau de cochon. Tu n’auras pas cette peau. Mais en échange je te donnerai de l’or. Par 3 fois je remplirai la peau du cochon avec de l’or, et cet or sera votre bien».

Lorsque les serviteurs apportèrent la peau, Brian avec son épée, dans un geste rapide comme l’éclair, réussit à dérober la peau du cochon. Une lutte acharnée s’en suivit entre la garde du roi et les 3 frères. La lutte tourna rapidement en faveur des fils de Tuireann. Le roi tomba sous les coups d’épée de Brian.

 

Après s’être reposés quelques temps, en quête de leur prochain tribut, ils prirent la décision de se rendre auprès du roi Pisear, le roi de Perse. Tout comme ils le firent avec le roi de Grèce, ils se présentèrent auprès du roi de Perse comme 3 poètes irlandais. Ils lui offrirent un poème qui s’achevait comme suit :

  • «Un if, le plus beau des bois, est appelé roi, il n’est pas encombrant. Puisse la lance diriger toute la foule vers leurs blessures mortelles». 

Brian lui expliqua qu’il voulait la lance sacrée comme récompense pour ce poème qui plut au roi. Offusqué par cette demande incongrue, le roi de Perse menaça avec sa garde les 3 frères. Brian prit alors une des pommes de l’île enchantée, la lança à la tête du roi qui explosa littéralement sous l’impact. Ensuite quelques coups d’épée suffirent pour réduire au silence la garde du roi. Les fils de Tuireann ne tardèrent pas à trouver la lance magique dont la pointe baignait dans un chaudron afin qu’elle n’embrasa point tout l’espace autour d’elle.

 

De Perse les 3 frères s’en allèrent avec leur navire magique en direction de la très lointaine Islande, auprès du roi Siogair. Là, Ildánach le Dieu Lugh, leur avait demandé de s’approprier les deux chevaux et le chariot du tribut, l’attelage le plus rapide du monde. Pour cela, ils décidèrent de prendre l’apparence de soldats-mercenaires voulant se mettre au service du roi. Après quelques formalités, le roi accepta de les prendre à son service. Au bout d’un mois, les frères n’avaient toujours pas eu l’occasion de s’approcher des chevaux et du chariot. C’est alors qu’ils demandèrent au roi la possibilité de les voir. Le roi leur dit :

  • «Si j’avais su cela avant, vous auriez pu les voir dès le premier jour de votre arrivée ici».

Siogair fit venir l’attelage, et, dès qu’il fut à portée de main, les 3 frères en prirent possession. Brian prit la lance du roi de Perse et transperça le cœur du roi d’Islande qui mourut sur le coup.

 

Brian dit alors à ses frères :

  • «Rendons-nous à présent auprès d’Easal, le roi des Colonnes d’or, et rapportons les 7 cochons que Lugh veut en tribut». Ces cochons sacrés, on peut les tuer chaque soir, car au matin ils sont à nouveau en vie. Aucune maladie n’affecte les personnes qui en mangent. À leur arrivée, les fils de Tuireann virent de nombreux hommes rassemblés sur le rivage. Leur réputation les avait précédés, car c’est le roi en personne qui vint à leur rencontre. Il fut consterné d’apprendre que le roi de chaque pays visité par les 3 frères, fut tué. Mis à part celui de l’île aux pommes enchantées, aucun roi n’en réchappa. Les fils de Tuireann expliquèrent à Easal qu’ils lui laisseraient la vie sauve s’il leurs donnait les 7 cochons sacrés. Après avoir pris conseil auprès de son peuple, le roi finit par accepter. Il leurs donna les 7 cochons. En remerciement, Brian lui composa un poème par lequel il loua la sagesse du roi. Ce dernier demanda quelle serait leur prochaine destination. Brian répondit qu’ils allaient se rendre à présent au royaume d’Ioruaidh afin d’y prendre possession d’un chiot sacré, dont la seule vue suffit pour terrasser n’importe quelle bête sauvage. Easal demanda une faveur aux fils de Tuireann, il leur demanda de bien vouloir le laisser les accompagner. Une de ses filles s’était mariée avec Ioruaidh, ce qui faisait du roi son gendre. Il avait ainsi l’espoir de servir d’intermédiaire et de convaincre le roi Ioruaidh de donner le chiot sans autre forme de procès, évitant ainsi un bain de sang inutile. 

 

Mais, contrairement aux espoirs d’Easal, le roi Ioruaidh ne se laissa point convaincre et refusa catégoriquement. Une lutte sans merci opposa alors les 3 frères et les hommes d’Ioruaidh. La bataille fut sévère et bien menée des deux côtés. Et encore une fois, les fils de Tuireann furent vainqueurs. Ni Brian, ni Iuchar, ni Iucharba, ne tuèrent le roi. Ils s’efforcèrent de le laisser en vie par respect pour son beau-père Easal. Ils durent admettre que la lutte fut bien plus dure qu’ils ne l’avaient pensé au début. C’est ainsi que le chiot fut offert aux fils de Tuireann.

 

Se préparant de son côté à la grande guerre qui allait avoir lieu entre les lumineux Tuatha-Dé-Danann et les sombres Fomoires, le Dieu Lugh eut vent des exploits des fils de Tuireann. Ce qui d’une part était une bonne chose car il allait pouvoir posséder pour le bien de tous, les éléments magiques composant le fameux tribut, mais une mauvaise chose d’autre part, car ce qu’il souhaitait évidemment le plus, c’était de voir les 3 frères morts une fois pour toutes. La vengeance est une démarche sacrée mettant en jeu l’honneur et la fidélité à la promesse faite. On ne plaisante pas avec la vengeance dans la tradition des anciens. Ainsi, le Dieu Lugh prononça un charme magique, le charme druidique de l’oubli, qu’il envoya sur les fils de Tuireann. Ceux-ci, envoûtés par le charme, oublièrent de continuer leur quête, car il leurs manquait encore deux éléments. Ils rentrèrent heureux auprès de leur père. Mais leur joie retomba très vite lorsqu’ils comprirent qu’ils avaient rompu les termes de l’accord, qui les obligeait à rentrer avec tous les éléments du tribut. Lorsque Lugh décida enfin de se montrer, il rappela aux 3 frères que leur quête n’était point terminée, qu’il n’y avait pas de motif pour crier victoire, et que leur vie en dépendait. À contre cœur, les fils de Tuireann durent repartir encore une fois en laissant derrière eux leur terre aimée. 

 

Ils se mirent en quête du chaudron sacré, un de ceux que possèdent les Dames d’Inis Cenn-fhinne, sur l’île de Caer. Les 3 frères, dépourvus à présent de leur navire magique, cherchèrent longtemps l’île sans la trouver. Ils finirent par comprendre que ces Dames étaient des fées et que l’île se trouvait au fond de l’océan. Brian parcourut le fond des océans jusqu’à trouver l’île de Caer. Là, il tomba sur tout un groupe de fées aux beaux cheveux en train de coudre. Au milieu de leur assemblée se dressait le chaudron tant recherché. En voyant que Brian tentait de dérober le chaudron, les fées se mirent à rire. Elles lui dirent qu’elles avaient de nombreux autres chaudrons, et qu’il pouvait emmener celui-ci si tel était son souhait. C’est ce que fit Brian, puis il rejoignit ses deux frères.

 

Leur quête suivante les mena après de longues recherches sur la colline de Miochaoin. Là, ils devaient pousser trois cris. Mais Miochaoin s’interposa et leur refusa le droit de pousser les 3 cris. Les 3 frères durent lutter contre Miochaoin, une terrible lutte dont l’issue resta incertaine jusqu’au bout. Finalement les 3 frères furent vainqueurs, mais durent s’affronter à présent aux 3 fils de Miochain, Corc, Conn, et Aedh, des guerriers emplis d’une puissance brutale. Pour la première fois, les fils de Tuireann allaient être abandonnés par leur bonne étoile. Ils furent tous trois transpercés par les lourdes lances. Ils tombèrent, sans pour autant mourir aussitôt. Ils leur fut possible avec leurs propres lances de tuer les trois fils de Miochaoin. 

 

Sentant la vie qui les abandonnait petit à petit, les fils de Tuireann eurent encore la force de pousser les 3 cris, et de retourner auprès de leur père. Ce dernier se rendit alors le plus vite possible auprès du Dieu Lugh pour le supplier de lui donner la peau de cochon qui guérit tout. Il pourrait ainsi sauver la vie de ses fils. Le Dieu Lugh, savourant cet instant tant attendu, refusa catégoriquement. Rien ne le ferait plier. La vie abandonna les fils de Tuireann, et peu de temps après, rongé par la peine, Tuireann lui-même mourut. Grande fut la satisfaction pour Lugh, car il avait enfin atteint son but, en honorant sa parole qui était de venger l’assassinat de son père. 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  

Lundi 5 Février 2018


La Grande Bataille de Magh Tuireadh...

Voici la 5è partie de l’arrivée des Dieux en Irlande. Cette partie est elle aussi divisée en deux sous-partie en raison de la longueur du sujet. 

 

Cet épisode de la mythologie irlandaise nous présente un évènement-clé qui est la seconde bataille de Magh Tuireadh. On peut constater encore une fois le conflit entre les diverses races divines et les valeurs guerrières qui sont mises en avant. Le monde des Dieux n’est pas un monde de bisounours, mais bien un monde rude où les conflits se règlent par les armes, et où la notion de vengeance tient un rôle éminent.

 

Peu après que le Dieu Lugh ait obtenu son tribut des fils de Tuireann, arrivèrent les Fomoires, ces créatures divines de la première génération équivalentes aux Géants du chaos. C’est une race obscure qui s’affronte aux Dieux solaires que sont les Tuatha-Dé-Danann. Contrairement à la première bataille de Magh Tuireadh, cette fois-ci vinrent tous les représentants de la race des Fomoires. Entres autres étaient présents Balor leur roi, Bres, Indech, Elathan, Goll, Ingol, et Octriallach. Parmi les Tuatha-Dé-Danann fut prise la décision d’envoyer le Dieu Dagda pour espionner les Fomoires. Lorsque le Dagda arriva dans le campement des Fomoires, ceux-ci lui offrirent une énorme soupe car ils savaient qu’il en était très friand. Ils remplirent le chaudron du roi avec une grande quantité de lait, de viande, de lard, du cochon, de la chèvre, et du mouton. Les Fomoires dirent au Dagda d’honorer leur hospitalité en mangeant tout le contenu du chaudron, sinon il le tuerait. Le Dieu Dagda fit honneur à cette immense soupe et la termina. Son ventre était du coup aussi gros qu’un chaudron, ce qui fit rire les Fomoires. Le Dagda se leva tant bien que mal tellement il se sentait lourd, et s’en retourna auprès des siens. En chemin il rencontra Corbeau-des-Batailles, la Déesse Morrigu, qui se baignait dans la rivière Unius de Connacht. Un de ses pieds se trouvait au Sud à Ullad Echne, et l’autre se trouvait au Nord, tandis que ses cheveux lui tombaient sur le dos en formant 9 boucles. [Ceci donne symboliquement à la Déesse guerrière Morrigu une dimension verticale Nord-Sud, la verticalité étant une valeur typiquement ouranienne et solaire. Les 9 boucles déterminent la force d’un nouveau cycle]. Morrigu dit au Dagda qu’elle lui apporterait le cœur du Fomoire Indech qui l’avait menacé. 

 

Lugh organisa une réunion avec les druides, les médecins, les législateurs et les conducteurs de chariot, en vue de préparer les termes de la guerre qui s’annonçait imminente. Le Dieu Lugh s’adressa ensuite à la grande armée au complet des Tuatha-Dé-Danann, il galvanisa ses troupes en leur insufflant la force d’un roi ou d’un seigneur. [À remarquer au passage, que la plus grande force vient d’en haut, des rois et des seigneurs, point de ridicules valeurs égalitaristes]. Puis, un jour de Samhain, arriva enfin le moment du grand affrontement belliqueux. Sur la plaine de Magh Tuireadh, la grande armée des Tuatha-Dé-Danannn marcha en direction de celle des terribles Fomoires. Dans un premier temps, ils se lancèrent mutuellement des menaces en tentant d’impressionner l’ennemi. Les Tuatha-Dé-Danann avaient décidé de ne pas laisser Lugh s’engager dans la bataille, car sa mort serait une trop grande perte pour leur race. Ils postèrent 9 gardiens pour garder Lugh. Le premier jour, seule la troupe engagea la bataille, les rois et les princes organisèrent les grands mouvements de troupe. Pendant plusieurs jours la bataille fit rage, d’une violence inouïe, sans qu’aucune des races aient vraiment le dessus. Les Fomoires furent surpris de constater que parmi les Tuatha-Dé-Danann aucune arme brisée ni aucun blessé ni gisaient au sol. Apparaissaient à nouveau sur le champ de bataille ceux qui avaient été blessés la veille. 

 

C’est que non loin de là, au puits de Slaine, se trouvaient Diancecht le Dieu-médecin, son fils Octruil et sa fille Airmed qui avaient mis dans le puits des herbes et chanté des charmes magiques. Les hommes blessés gravement et même les morts étaient plongés dans le puits, ce qui leurs redonnait toute la santé nécessaire pour retourner le lendemain au combat, et même mieux encore car cela leurs insufflait dans le cœur le feu du guerrier invincible. Quant aux armes, c’est le Dieu-forgeron Goibniu qui réparait en deux temps trois mouvements les épées et les lances, le travail du bois était sous la responsabilité de Luchta le charpentier, tandis que les rivets et autres anneaux étaient arrangés par le gardien du feu Credne. Les Fomoires envoyèrent un espion du nom de Ruadan parmi les Tuatha-Dé-Danann étant donné que celui-ci était de sang mélangé. Il vit la magie utilisée et le conta aux Fomoires. Ruadan retourna ensuite chez les Tuatha-Dé-Danann et se rendit auprès de Goibniu pour lui demander une lance. Il en reçu une qu’il prit aussitôt et la planta dans le corps de Goibniu. Ce dernier put retirer la lance de son corpos, et la projeta sur Ruadan qui tomba mort transpercé par la lance. Bres, le père de Ruadan vit son fils mourir, et ainsi le virent tous les Fomoires. Goibniu s’en alla au puits magique de Slaine et fut immédiatement guéri. Un véritable commando des Fomoires se rendit au puits en question et y jetèrent une telle quantité de pierres qu’à la fin le puits fut asséché et perdit toute sa magie. À continuation une terrible bataille s’engagea dans laquelle les Tuatha-Dé-Danann perdirent au début du terrain. Leur roi Nuada à la main d’argent et Macha fille d’Emmass tombèrent sous les coups de Balor le roi des Fomoires. Une lance jetée par Ceithlenn, l’épouse de Balor, blessa profondément le Dieu Dagda. 

 

Alors que la bataille faisait rage et qu’elle ne tournait pas en faveur des Tuatha-Dé-Danann, le Dieu Lugh se libéra de ses gardiens et alla rejoindre promptement le front. Dès son arrivée, Lugh motiva les siens et leur insuffla le courage du guerrier. Il leur dit qu’il était mieux de mourir pour protéger son pays que de vivre sous le joug des étrangers, [dit en passant, on est bien loin ici des bêtises humanistes proférées par les pseudos païens que sont les bisounours, car à leurs yeux Lugh ne pourrait être qu’un vil facho…Vive le fascisme alors !]. Lugh chanta ensuite une mélodie magique qui redonna encore plus de courage aux guerriers. Il y eut de grands massacres durant cette guerre. Peine et fierté furent les rançons des deux côtés. La peau blanche des combattants se couvrit de rouge sang. La terre également se gorgea du sang des guerriers. Le bruit des cris de guerre, le choc des épées contre les boucliers, le sifflement des lances perçant les airs, firent qu’un terrible vacarme emplissait la plaine de Magh Tuireadh. La rivière charriait en grande quantité les corps des guerriers tombés durant le combat. 

 

C’est alors que se firent face le Dieu Lugh et Balor, le grand roi des Fomoires. Ce dernier ne possédait qu’un seul œil au milieu du front, un œil qui pulvérisait quiconque tombait sous son regard. Cet œil de géant était si énorme qu’il fallait plusieurs personnes pour soulever sa paupière. À la demande de Balor, et avec l’aide de crochets, on commença à lever sa paupière. Lugh n’attendit point que soit terminée la tache car il connaissait les pouvoirs exterminateurs de l’œil du roi des Fomoires. Il s’élança sur Balor avec sa puissante lance, et transperça l’œil avec une telle violence que le cerveau de Balor fut éjecté hors de la tête du Fomoire. Si Lugh n’avait pas réussi ce coup de maître, l’œil de Balor aurait très certainement foudroyé en un éclair toute l’Irlande. Sur ce, le Dieu Lugh réalisa une coutume guerrière typiquement celte en décapitant le roi des Fomoires. La mort de Balor marqua le commencement de la déroute des Fomoires.

 

Indech, un des fils de Dé-Domnann (autre nom pour les Fomoires), tomba sous les coups des Tuatha-Dé-Danann. Sa bouche se remplit de son sang. Il appela son poète-magicien pour de l’aide mais ce dernier ne put rien faire pour le sauver. Arriva à ce moment la Déesse de la guerre Morrigu, nommée le corbeau des batailles, et insuffla elle aussi à sa race solaire la force du guerrier. Elle en appela à la victoire, et réalisa la promesse faite au Dieu Dagda en apportant la tête d’Indech qui s’était moqué de lui. Après ceci, on ne pouvait plus parler de bataille, car la déroute pour les Fomoires fut complète. Ils furent repoussés jusqu'à la mer. Lugh rattrapa Bres fils d’Elathan qui supplia pour qu’on l’épargnât. Il promit aux Tuatha-Dé-Danann abondance et richesse dans les champs si on lui laissait la vie sauve. Après leur avoir révélé un secret pour cultiver de manière plus efficace, Lugh le laissa partir. Le Dieu Ogma prit possession de l’épée de Tethra, un des rois Fomoires. Cette épée avait la réputation d’avoir de grands pouvoirs magiques. En chemin, Lugh, le Dagda, et Ogma trouvèrent dans une maison des Fomoires la harpe du Dagda accrochée au mur. Cette harpe ne répondait qu’à son maître Dagda. Ce dernier entonna le charme suivant:

  • «Viens l’été ! Viens l’hiver ! De la bouche des harpes et du ventre des cornemuses».

La harpe se décrocha par enchantement et s’envola vers les mains du Dagda. Au passage elle tua 9 Fomoires, un chiffre magique qui symbolise le renouveau cyclique marqué par cette guerre mythique de Magh Tuireadh. 

Cé, le druide de Nuada, mortellement blessé, put rejoindre une grande plaine fleurie avant de mourir. Cet endroit porte depuis le nom de Loch Cé. Après la bataille, seuls 4 Fomoires étaient restés sur l’île. Ils tentèrent de survivre en volant de la nourriture dans les champs. Mais une nuit de Samhain, la Déesse Morrigu et le Dieu Angus Og finirent par les chasser. Ils firent la promesse que plus aucun Fomoire ne foulerait la terre d’Irlande. 

 

Cette bataille, connue dans les annales comme la seconde bataille de Magh Tuireadh, fut la grande victoire des Tuatha-Dé-Danann. Les enfants de Dana, fils de la lumière, avaient ainsi vaincu les forces obscures des enfants de Domnann, les Fomoires. La lumière céleste reprenait alors tous ses droits dans un véritable hymne à la puissance des cycles. Morrigu chanta le refrain de la victoire qui fut entendu aux 4 coins du pays.

  • «Paix sous les cieux, les cieux et la terre, la terre sous les cieux ! Que la force soit avec vous tous !».

Elle dédia cet hymne à la mère de tous les Dieux, la Déesse Dana, qui fut très touchée par ce grand honneur. On ne saura jamais combien de guerriers et guerrières tombèrent pendant cette grande guerre, mais il est dit qu’ils sont aussi nombreux que les étoiles dans le ciel nocturne, que les flocons de neige lors d’une tempête, ou que les herbes sous les pattes du bétail. Après cette grande victoire, Lugh fut désigné roi des Tuatha-Dé-Danann. Il régna longtemps. Puis un jour c’est le Dieu Dagda qui fut nommé roi à sa place. Lugh se retira à Uisnech où certains prétendent qu’il serait mort. Mais à la vérité, il ne mourut point, car il apparut par la suite à plusieurs héros légendaires comme Cuchulainn ou Conn-des-cent-batailles, à qui il révéla être le grand Lugh-à-la-longue-main, fils d’Ethlinn.

 

Ainsi s’achève le grand récit de l’arrivée des Dieux en terre irlandaise. Ce règne des Tuatha-Dé-Danann connaîtra lui aussi une fin, car un jour arriveront les Gaëls, et alors commencera l’histoire des hommes… Mais ça, c’est une autre histoire… 

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  

Lundi 5 Février 2018