Áine

La Déesse de Knockainey

Une très Ancienne Déesse et sa Légende...

Dans le comté de Limerick en Irlande, près de la localité de Knockainey, se trouve un grand cromlech du nom de Lough Gur que l’on peut voir sur le bas de la photo. La région proche fourmille d’anciens lieux de cultes païens de différentes époques (néolithique, âge du bronze, période celte). Dans cette localité irlandaise existent de nombreuses légendes qui tournent autour d’une Déesse en particulier, c’est la Déesse Áine, c’est elle qui donna son nom à la localité de KnockAINEY (“Cnoc Áine” en gaélique). Il semblerait que nous soyons en présence d’une Déesse très ancienne, peut-être antérieure aux Indo-Européens venus avec l’âge du bronze. Áine désignait à l’origine le Dieu du soleil dans ses deux aspects, masculin et féminin. Dans son aspect masculin, il représentait la force fécondante et vitale du soleil, tandis que dans son aspect féminin, Áine représentait la lumière du soleil. La christianisation de l’Irlande fit disparaître l’aspect masculin, mais ne vint pas à bout de l’aspect féminin. C’est ainsi que le culte à la Déesse put survivre jusqu’à des dates très récentes, étant donné qu’à la fin du 19è siècle on célébrait encore des rites en son honneur. Il faut tout de même noter que sous la pression de l’obscurantisme chrétien, la Déesse Áine fut réduite à une reine des fées, lui ôtant ainsi une part de sa divinité originelle. Au moment du solstice d’été et de Lughnasadh, les paysans du coin portaient de grandes torches enflammées avec lesquelles ils faisaient 3 fois le tour du cromlech et de l’ancien sidh de la Déesse. Sur le chemin de retour, ils partageaient la flamme sacrée avec les habitants des alentours. Le culte de la Déesse était réparti dans tout le pays, mais son royaume, son sidh central était celui de la localité de Knockainey. La tribu celte de Eóganacht se disait desendant de cette Déesse. 

 

Le nom Áine signifie “brillante”, ce qui bien-sûr fait directement référence à son aspect solaire. L’ancien sidh de la Déesse fut malheureusement détruit, mais il reste encore de manière visible des cercles dans la topographie qui permettent de situer l’ancien lieu de résidence de la Déesse. Jusqu’au 20è siècle, nombreux sont les témoignages de gens qui disent avoir vu la Déesse près d’une rivière en train de peigner ses longs cheveux blonds. Les voyageurs évitaient de se rendre la nuit près des lacs avoisinants par crainte d’y rencontrer la Déesse et de la déranger, ce qui occasionnerait sa colère. Elle fut d’ailleurs souvent observée près de ces lacs montée sur son cheval blanc. Non loin de là, plus à l’Ouest se trouvait le sidh du Dieu de la mort, le Dieu Donn, et il n’était pas rare de voir ses terribles chiens parcourir les collines de la région.

 

Voyons à présent une des légendes qui entourent le site de Knockainey. C’est durant une de Samhain que le roi local du nom d’Ailill se rend près du sidh enchanté. Il s’y rend avec son cheval qu’il laisse paître sur le pré entourant la colline (le sidh). Il craint cet endroit mais tente de surmonter sa peur. La nuit de Samhain (le futur Halloween) est connue pour être un moment terrible de l’année, car les portes des autres mondes s’ouvrent sur celui des hommes, laissant le libre accès à toutes les créatures surnaturelles. C’est une nuit où les gens préfèrent s’enfermer chez eux par crainte de faire de mauvaises rencontres. Le roi Ailill se sent soudain pris d’un lourd sommeil, chose qu’il attribue à un quelconque enchantement magique car il put percevoir le son mélodieux d’une harpe. Il ne se réveillera qu’à l’aube, et constate alors que la colline et son cheval ont disparu. Il aperçoit ensuite venant vers lui un homme d’âge mûr et sa fille aux beaux cheveux blonds jouant de la harpe. Ailill fut soudain pris d’un désir énorme pour cette magnifique jeune dame. Il ne put pas résister et tenta de l’empoigner afin de l’attirer vers elle. Son père s’interposa. Le roi Ailill, comme pris de rage incontrôlable, tua d’un coup de lance l’homme qui s’était mis en travers de son chemin. Sa fille se jeta sur le corps sans vie de son père, folle de rage et de désespoir. Puis, elle se redressa, et dit au roi: “Tu seras maudit pour les générations à venir. Tu perdras ton royaume et ton honneur. Le poison empliera ta bouche, et tu ne pourras plus jamais entendre le doux son de la musique. À partir de maintenant les hommes se moqueront de toi et les femmes rieront à ton passage. Tu n’auras plus jamais de repos ni de plaisir”. Le roi Ailill prit alors sa lance afin de transpercer également la fille. Mais c’est à ce moment que cette dernière se transforma et changea son apparence en une femme mûre d’une taille gigantesque entourée d’une lumière glorieuse et resplendissante. Elle se mit à rire et dit au roi: “Crois-tu vraiment pouvoir me tuer et m’empêcher de me lever sur l’horizon chaque matin? Et même si j’ai l’air de m’affaiblir chaque hiver, je reprends toute ma force et vigueur durant l’été suivant. Stupide mortel, ne m’as-tu donc toujours pas reconnu?!?” Derrière cette immense et belle créature, les oiseaux venaient chanter. Et bien que ce début d’hiver lui donnait un visage quelque peu blême, froid comme la glace d’un mois de Novembre, le roi Ailill n’eut plus aucun doute. Il était face à la grande Dame Áine, la Déesse des lieux et de la clarté du soleil.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

 

Samedi 30 Décembre 2017