Mari

La Déesse-Mère des Basques…

Racines Païennes du Néolithique...

Mari est la Déesse-Mère de la tradition païenne des Basques. Son origine, comme la plupart des mythes basques, remonte à la nuit des temps de notre histoire européenne. La tradition basque prend sa source dans la culture européenne d’avant les Indo-Européens. Elle est donc un de nos héritages les plus anciens d’Europe, si ce n’est le plus ancien. La mythologie basque est une chance pour nous, car elle est la seule qui nous ait transmis à travers les âges cette tradition issue du néolithique ancien. Le reste de l’Europe est principalement un héritage indo-européen qui n’a laissé que peu de traces des cultures du néolithique, alors qu’avec les Basques, nous pouvons étudier les structures d’un polythéisme bien antérieur aux Indo-Européens. 

 

Dans les traditions païennes indo-européennes, la figure de la Déesse-Mère est surtout chtonienne, c’est-à-dire liée aux forces de la terre et monde souterrain. Il existe aussi une Déesse-Mère céleste à part, qui est en général l’épouse du roi des Dieux, c’est le cas de Héra, Junon, ou encore Frigg. Chez les Indo-Européens, ces deux aspects de la Déesse-Mère sont bien distincts. Nous allons voir que chez les Basques, c’est différent, car Mari, la Déesse-Mère, occupe les deux aspects, terrestre et céleste. Symbolismes chtonien et ouranien fusionnent en la figure de Mari. Et c’est là justement que nous pouvons parler d’un héritage du néolithique ancien, car tout porte à croire que le culte féminin de la Déesse-Mère était largement plus représenté à cette lointaine époque de notre histoire européenne. 

 

Mari, dans les textes basques tardifs, est présentée comme un génie de sexe féminin, mais il est clair qu’elle est en fait l’ancienne Déesse-Mère des Basques. Certains ont voulu croire que son nom aurait pu être influencé par la Marie des chrétiens, mais étant donné que son archétype est très antérieur au christianisme, ceci est peu probable. D’ailleurs, les chrétiens n’ont pas hésité à attribuer à Mari un aspect diabolique, fidèles à leur habitude de diaboliser ce qu’ils ne pouvaient christianiser. Les linguistes pensent que son nom viendrait plutôt du basque «Amari», terme qui se traduirait par «le rôle d’être mère». Il se pourrait aussi que son nom vienne d’«Emari», ce qui se traduit par «Don, Cadeau». Ces deux dernières étymologies semblent logiques car elles correspondent bien au profil de la Déesse-Mère. 

 

Voici un petit résumé qui met en évidence certaines représentations communes de la Déesse Mari dans les mythes basques. Chaque description relève l’aspect chtonien (terrestre) ou ouranien (céleste).

Mari est parée de manière élégante.

Elle porte en ses mains un palais en or - (ouranien – or=symbole solaire).

Elle est vue parfois dans les airs assise sur un char tiré par quatre chevaux – (ouranien – 4 chevaux des 4 saisons du cycle solaire).

Elle est vue comme une femme mûre, une mère – (chtonien – Terre-Mère).

Mari a été observée lançant des flammes – (ouranien et chtonien – le feu céleste ou le feu souterrain).

Elle vole dans les airs en position horizontale entourée de feu – (ouranien – feu céleste).

Elle vole avec un balai à la main (chtonien – symbole phallique du balai, bien connu plus tard comme attribut des sorcières du moyen âge).

Elle chevauche un bélier (ouranien et chtonien – le bélier symbolise l’agressivité guerrière des forces célestes, mais aussi la fécondité liée au monde souterrain). 

Elle est représentée comme une grande Dame dont la tête est entourée de la pleine lune (chtonien – symbolisme lunaire).

Elle a parfois des pieds d’oiseau (ouranien – volatile dominant les airs).

Parfois on la voit avec des pieds de chèvre (chtonien – la chèvre comme symbole de fertilité et fécondité).

Elle apparaît parfois comme une jument (chtonien et ouranien). 

Elle fut observée comme un corbeau dans la grotte d’Aketegi (ouranien).

…Comme un vautour dans la grotte d’Itxiñe (chtonien).

…Comme un arbre dont la partie frontale figure une femme (l’arbre comme pilier du monde, comme trait d’union entre monde terrestre et monde céleste).

…Comme une rafale de vent (ouranien).

…Comme arc-en-ciel (trait d’union entre ciel et terre).

…Comme nuage (ouranien).

…Comme boule de feu dans le ciel (ouranien – symbolisme typiquement solaire).

…Comme une stalagmite à figure humaine dans la grotte de Zelharburu (chtonien).

…Comme un taureau (chtonien).

…Comme un serpent (chtonien).

 

Les lieux de résidence de Mari sont eux aussi révélateurs de ce double aspect chtonien-ouranien, car elle vit en général dans une grotte (aspect terrestre) située près des cimes des montagnes (aspect céleste). Le mari de Mari (lol) se nomme Sugaar ou bien Sugoi, c’est le grand serpent des puissances souterraines. Mari tisse des fils en or, une image que l’on retrouve avec la tradition indo-européenne des Nornes, Moires, ou Parques. Dans sa grotte, elle est assise sur un trône en or, ce qui encore une fois joint les deux facettes de la Déesse (chtonien pour la grotte, et ouranien pour l’or). Mari est connue pour changer son lieu de résidence régulièrement, 7 ans à Amboto, 7 ans à Oiz, 7 ans à Mugarra, … Le 7 relève du symbolisme lunaire, donc d’un aspect lié à la fécondité et fertilité du monde chtonien. Le cycle lunaire est défini par 4x7=28, ce dernier chiffre représentant un cycle lunaire complet, tout comme la menstruation de la femme. 

À Oñate et Arechavaleta, on dit que lorsque Mari se rend à sa grotte, il pleut abondamment, ce qui rejoint l’aspect lié à la fécondité de la Terre par les forces célestes. La Déesse serait également responsable de certaines tempêtes, ce qui est une fonction normalement réservée au Dieu de la guerre et de la foudre chez les Indo-Européens. 

À Orozco, il est coutume de croire que la présence de Mari permet d’avoir d’abondantes récoltes. Celui qui fait régulièrement une offrande à la Déesse est assuré de bonnes récoltes. On lui sacrifie en général un mouton à l’entrée de sa grotte. 

Il est souvent fait appel à Mari pour ses sages oracles, car en effet les couloirs du temps ne semblent pas avoir de secret pour elle. On se doit de tutoyer Mari, et de ressortir de sa grotte dans la même posture que lorsqu’on y est entré. On ne doit pas s’asseoir en présence de la Déesse. Selon les divers contes, Mari n’aime pas que l’on mente, vole, ou que l’on manque à la parole donnée.

Son culte est également associé aux nombreux dolmens qui parsèment les paysages basques. Ceci met la Déesse en rapport direct avec le culte aux ancêtres. Avec les dolmens, nous avons une belle évidence du lien entre Mari et le néolithique ancien des cultures antérieures aux Indo-Européens. 

 

Avec ce bref survol des représentations et des fonctions de Mari, nous pouvons saisir à quel point la Déesse est polyvalente. Elle réunit en sa figure presque toutes les fonctions, celle de reine terrestre et céleste, celle de guerrière défensive, et celle qui la conçoit comme une artisane de l’abondance et de la richesse. Cette grande multiplicité de Mari semble ainsi être l’héritage de la Grande Déesse issue de notre plus ancienne mémoire collective en tant qu’Européens.

 

Hathuwolf Harson

 

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Samedi 18 Novembre 2017

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