*Ma - Maman...

Une Étymologie Païenne du Fond des Âges...

Il est toujours intéressant, instructif, et même magique, de s’attarder sur l’origine de certains mots, car elle nous enseigne de manière magistrale comment sont nés certains concepts. De nombreux termes que nous utilisons dans nos langues modernes ont parfois de très anciennes racines et révèlent des relations très étroites avec la vision dela vie qu’avaient nos ancêtres païens. Les relations avec la mythologie sont dans certains cas clairs et nets comme c’est par exemple le cas avec les noms des jours de la semaine. À présent nous allons voir l’étymologie du mot “Maman”, un mot tellement simple au premier abord, mais qui va nous plonger au plus profond de notre culture païenne.

 

Le mot “maman” vient à l’origine d’une onomatopée infantile, celle du bébé qui tente d’articuler ses premiers mots en disant “ma-ma-ma…”. C’est donc cette onomatopée qui forma la racine même du mot maman. Les études linguistiques ont pu remonter à l’origine de nos langues indo-européennes, car en indo-européen, langue qui a dû se former autour du 3è millénaire avant notre ère, le terme de “Mère” se transcrivait par la racine *MA. 

La racine *MA liée à la notion de "Maman" se retrouve ainsi dans de nombreuses langues indo-européennes dont voici quelques exemples :

  • Mã (sanscrit)
  • ãm (perse ancien)
  • Mam (arménien)
  • μάμμα [mámma] (grec ancien)
  • mëmë (albanais)
  • mam (langues celtiques : irlandais, breton, gallois, corn.)
  • mamme (vieux-haut-allemand), mamma (hittite), …

La connexion linguistique entre l’indo-européen *MA et le concept de mère est présent dans bien des langues modernes comme par exemple en français «mamelle», mot qui désigne le sein. Le verbe espagnol «mamar» veut dire «téter un sein». Cette connexion nous renvoie évidemment à l’image du bébé qui tète le sein de sa mère, image très courante dans l’iconographie sacrée de toutes les traditions païennes. C’est cette racine également qui est à la base du mot «mammifère». 

 

Cette racine étymologique de *MA (Maman) est celle qui composera le nom de plusieurs grandes Déesses ayant un lien avec la Terre-Mère. Ceci est fondamental car on touche à ce niveau la nature même de ce mot, celle qui le relie à la Grande Déesse, notre Terre-Mère. Un peu plus loin ci-dessous, nous allons voir quelques exemples étymologiques liés à des Déesses. Le culte à la Grande Déesse remonte aux origines mêmes de la civilisation humaine, et l’archéologie a pu démontrer à quel point ce culte était important dans toutes les traditions païennes d’Europe depuis la plus lointaine époque du paléolithique supérieur. Même si avec l’arrivée des Indo-Européens ce culte eut tendance à avoir légèrement moins d’importance, il continua cependant à jouer un rôle fondamental jusqu’à l’âge du fer. On peut même affirmer que le culte à la Grande Déesse continua d’une certaine manière au travers de la christianisation forcée de nos ancêtres, étant donné que le culte à leur vierge marie a récupéré plus d’un aspect de cette ancienne tradition polythéiste. 

 

La racine *MA est aussi celle qui désigne la terre, en particulier la terre humide ou la tourbière, une notion qui a bien-sûr un lien symbolique très étroit avec la Terre-Mère et son aspect de fertilité. Ce lien avec la terre humide peut se constater dans des mots comme mawn (gallois) qui signifie tourbière, comme mõin (irlandais médiéval) qui désigne un marais ou encore la boue. La racine indo-européenne *MA se retrouve aussi dans des mots désignant l’idée de croissance, de quelque chose qui arrive à «maturation», «madurar» en espagnol, ou «maturus» en latin. 

 

Il existe enfin une relation également avec l’idée de l’aurore, le moment où le soleil se lève après s’être uni avec la Terre. L’aurore est ici à comprendre comme une phase primordiale de l’éveil des forces vives et par là nous rejoignons une fois de plus la notion de croissance. En indo-européen deux termes étymologiques formés sur la base de la racine *MA et d’un suffixe désignent l’aurore et le matin en général : ce sont les termes *MA-TU et *MA-NI. Le premier terme indo-européen (*ma-tu) donna par exemple le mot latin «Matuta», mot relié à une Déesse romaine qui est justement Aurora, la Déesse de l’aube. «Matuta» donna des noms modernes comme matin, matines, matutino (en espagnol – mot qui se traduit par «de bonne heure le matin»), ou encore matina (en italien). Le deuxième terme, celui de *ma-ni, se retrouve quant à lui dans le mot latin «Mane», mot qui veut dire «le matin», «à l’aube». Nous retrouvons ce mot en espagnol avec «la mañana», mot qui signifie le «matin», ou encore avec «el amanecer», mot qui se traduit par «l’aube». 

 

Par ailleurs le latin «manis», qui signifie «bon», compose le nom des esprits des morts : les Manes. Cette lien avec les morts a une explication en relation avec les cycles de la vie, car cette racine indo-européenne de *MA nous parle en fait de manière à peine voilée du grand principe païen, celui de la loi des cycles naturels. Un symbole cyclique lié à la Terre-Mère est celui du triskel, symbole qui exprime entre autre la notion de Vie-Mort-Renaissance. Le triple aspect de ce cycle peut aussi être mis en relation avec la roue solaire et son principe cyclique liée aux quatre saisons. Le triple aspect avec la racine indo-européenne *MA se cache donc derrière les notions de croissance, maturation, et mort (cette dernière s’ouvrant à une autre vie). 

 

Pour finir ici, il faut savoir que cette racine *MA a donné le mot indo-européen *MATER (prononcer «matair»). C’est ce mot indo-européen qui est à l’origine du mot «Mère». *MATER se retrouve dans presque toutes les langues d’origine indo-européenne, voici quelques exemples : Mother (anglais), Mutter (allemand), Mère (français), Madre (espagnol), μητηρ (grec), Meter (latin), Mati (vieux slave), Mathir (vieil irlandais), Muotar (vieil-haut-allemand), Meter (sanskrit), Matar (avestique), Mayr (arménien),… Ce mot *Mater (Meter dans sa version grecque) a aussi servi pour la formation de mots composés comme par exemple celui de «Metropolis», mot qui se traduirait par «ville-mère». Cette racine est clairement visible dans le nom de la Déesse grecque Déméter. Selon Diodore de Sicile, l’ancien nom de cette Déesse était celui de Gé-méter (prononcer «gué»). Le préfixe Gé désigne la Terre-Mère, la Déesse Gaïa. Nous retrouvons donc ici une relation directe entre les notions de Mère et de terre comme Déesse. C’est cette même Déesse qui porte également les noms de Tellus Mater ou encore de Terra Mater. Dans le panthéon germano-nordique, le terme pour désigner la Déesse a plutôt retenu la notion de «terre» que celui de «mère», même si à la fin du compte le concept reste le même. 

 

Quant à la racine ie *Mere, on peut la retrouver dans des mots qui ont une relation symbolique avec celui de la mère, la Déesse-Mère. «Meros» et «Moira» en grec signifient «le sort», le latin «merere» veut dire «mériter» et «memoria» la mémoire. Le terme grec de «meiromai» exprime l’idée de «diviser ou partager en lots», c’est ce qui est reçu par le sort. 

 

Ainsi, après ce survol concernant l’étymologie de «maman-mère», il est fort probable que ce mot si usuel de maman ne soit plus perçu de la même manière. Il était temps de lui redonner toute sa valeur sacrée qu’il possède depuis l’origine des temps.

 

Hathuwolf Harson

 

Sources :

  • «Diccionario etimológico indoeuropeo de la lengua española», Edward A. Roberts, Bárbara Pastor.
  • https://sites.google.com/site/etymologielatingrec/home/m/mere-telomere

 

Mercredi 21 mars 2018