Le Pouvoir de Décision...

L'épineuse question de la prise de décision...

Une notion fondamentale...

Voici le deuxième article de notre collaborateur Bladjorn Wispingem. Il traite d'un problème fondamental qui est celui du pouvoir de décision. La décision est une notion très importante. On dit d'elle qu'elle est une aptitude héritée de la vision héroïque et solaire de nos lointains ancêtres Indo-Européens. Elle implique des éléments philosophiques qui sont propres à une volonté d'acier, car comme le dit si bien le dicton: "là où il y a une volonté, il y a un chemin"... Cette capacité de décider est malheureusement de plus en plus en déclin, car le moins qu'on puisse dire, c'est que nos sociétés modernes souffrent d'une terrible maladie qui est celle de l'absence totale du vrai pouvoir de décision. Pour conclure cette petite introduction, je citerai ici Ernst Jünger, qui dans le "Mur du temps" disait la chose suivante: 

"Là où il faut prendre de graves décisions et accomplr des sacrifices, dans la conduite d'une armée par exemple, le caractère prend le pas sur l'intellect".

 

À toi l'honneur, ami Bladjorn :

 

La langue Française est riche de synonymes, mais chacun porte un sens légèrement différent. Pour exprimer l’idée de séparer un élément d’un groupe, il existe quatre termes fréquemment employés : choisir, opter, élire et sélectionner. Voyons ce que nous apporte l’étymologie quand aux valeurs que portent ces mots :

Commençons par le terme le plus employé: « choisir ». Ce verbe vient du vieux français « coisir » qui signifie voir distinctement. Son origine probable est le francique/gothique *kausjan, que l’on peut traduire par « examiner, percevoir », basé sur la racine indo-européenne *ǵews- qui voudrait dire « gouter, essayer ». 

De même, on trouve que « opter » et « option » viennent eux du latin « opto », qui à également une racine proche de celle de « ὄψομαι », (opsomai) qui donne « voir » en grec et d’où est dérivé « optique ».

 

On observe dans ces deux termes une oscillation du sens entre « percevoir quelque-chose » (via le nez, la langue ou l’œil suivant les peuples) et « faire un choix ». Ainsi on peut penser que nos ancêtres, confrontés à une situation où ils auraient manqué de critère pour prendre une décision rationnelle, se seraient fiés d’une manière ou d’une autre à leur intuition.

 

Voyons maintenant « sélectionner » et « élire ». Ces deux termes partagent la même origine latine : « lego », lui-même issu de la racine indo-européenne *leĝ- qui porte le sens de « cueillir, choisir et dire » On peut remarquer un double-sens présent dès le bas-latin pour lego, qui porte d’un côté l’idée de loi et de l’autre l’idée de perception (qu’on retrouve respectivement dans « déléguer » et « lire », deux termes issus de la même racine).

 

Plus précisément, « sélectionner » vient de « selectio » (qui a aussi donné « select » en angais), qui se compose de « lego » auquel on adjoint le préfixe « se- » qui réfère à soi. Ainsi ce terme porte la valeur d’un choix pour soi. On sort du lot ce qui nous intéresse, suivant des critères objectifs ou subjectifs le cas échéant. Inversement « élire » vient du latin eligo , construit avec le préfixe « ex- », qui porte l’idée du dehors, du refus. Ainsi, « élire » revient à enlever ce qui ne nous plait pas.

 

Pour ce qui est des langues étrangères, l’Espagnol et l’Italien reprennent en grande partie les origines déjà exprimées. On trouve un peu moins de variété dans les langues du nord, où beaucoup de termes sont dérivés de « wahl » qui veut dire « décision ». Un point intéressant tout de même, tiré de l’Anglais : "to vote", qui est passé sans modification dans le Français, vient du latin « voveō » qui a donné « ex-voto » et « vœu », mais qui n’a curieusement pas de racine commune avec « voix » malgré la proximité des sons. Étymologiquement parlant, un vote est donc l’expression d’un désir, non pas d’une opinion. 

 

A l’issu de cette étude, on peut voir qu’un grand nombre de termes signifiant une prise de décision restent profondément liés à l’expression d’une intuition ou d’un sentiment. Ainsi, apprendre à être à l’écoute de ses sentiments et intuitions (et donc à se connaitre soi-même) permet, sinon de faire les bons choix, au moins de comprendre ceux que nous faisons...

 

Bladjorn Wispingem

 

Mercredi 21 Mars 2018